Les Center Parcs ne créent pas d’emplois

25 février 2015 / Nadia Donati



Pour imposer leurs projets, les promoteurs de Center Parcs mettent en avant les emplois. Mais ces projets ne créent pas ex nihilo des emplois, ils remplacent et détruisent les emplois du secteur. Ils ont les mêmes effets sur le tourisme doux et rural que les sites Amazon sur les librairies, ou que les hypermarchés sur les petits commerces de proximité : plus de chômage.

Un Center Parc ne crée par d’emplois, il ne fait, au mieux, que les concentrer au même endroit. En effet, l’implantation d’un Center Parc à Roybon n’aura pas pour effet de générer ex nihilo 5.000 touristes supplémentaires par an en Isère. Si 5.000 touristes logent et consomment toute l’année dans le Center Parc, c’est qu’ils ne vont pas ailleurs.

Comme Amazon, les hypermarchés ou le maïs OGM...

Le Center Parc aura les mêmes effets sur le tourisme doux et rural que les sites Amazon sur les librairies, que les hypermarchés sur les petits commerces de proximité et que le maïs OGM américain sur les petits paysans mexicains après les accords de libre-échange (ALENA) : loin des nombreux emplois promis, ils ont aggravé le chômage et la précarité au sein de populations qui perdent leur autonomie et leurs racines culturelles.

Avec sa logique industrielle, sa puissance financière et commerciale, ses économies d’échelle permettant de réduire les coûts en pressurant le petit personnel (sans parler de ses généreuses subventions publiques [Lire : Derrière Center Parcs, un groupe en difficulté qui survit grâce aux cadeaux de l’Etat, NDRL]), le Center Parc va offrir des séjours à prix compétitifs dans un univers factice mais symbolisant les « vacances de riches » pour beaucoup d’urbains déracinés.

Le vide autour de lui

Par conséquent, il va capter en peu d’années une population de touristes qui jusque-là logeait dans des gîtes ruraux et dînait dans des restaurants indépendants. Ces derniers ne pourront s’aligner ni sur les prix (locations de chalets bradées au détriment des petits investisseurs), ni sur l’image commerciale (bulle tropicale, voisins homogènes socialement). Rapidement, ils mettront la clef sous la porte et le Center Parc va faire le vide autour de lui.

Aussi, en quelques années, le Center Parc ne sera plus un « choix supplémentaire » pour les touristes de classe moyenne (les plus riches auront toujours accès à une forme d’authenticité modernisée via les Relais et Châteaux), ce sera le seul hébergement accessible financièrement, les autres hébergements ayant fait faillite.


- Capture d’écran du site Pierre et Vacances -

Les touristes n’auront donc plus le choix, mais les professionnels du tourisme non plus. Les agriculteurs qui complétaient leurs petits revenus par un gîte rural n’auront plus les moyens de l’entretenir et devront tenter d’aller vendre leurs heures de ménage à Pierre et Vacances, à vil prix en raison d’une concurrence de main-d’œuvre mobile prête à accepter des conditions de travail encore plus désastreuses.

Les petits restaurateurs n’auront même pas la possibilité de mendier un emploi à Pierre et Vacances puisque les restaurants du Center Parc ne livrent que de la nourriture industrielle toute préparée. Deviendront-ils serveurs ou caissiers ?

Simplement grâce aux économies d’échelle permises par la concentration des touristes dans un camp unique, Pierre et Vacances va d’emblée détruire le double du nombre d’emplois de ceux « créés » par le Center Parc.

Le tour est joué

Mais cette évolution n’est-elle pas logique ? Comment des grands groupes immobiliers peuvent-ils accepter que tant de gens, en manque de nature, aillent dépenser leur argent auprès de concurrents si faibles et si mal organisés ?

Il était temps pour eux de mettre de l’ordre dans le tourisme rural comme cela a été fait avec les stations de montagne. Place au tourisme industriel, place à la loi du plus fort, aux groupes transnationaux qui vont enfin s’arroger cette manne financière trop longtemps restée dans des mains de gens inadaptés au monde moderne.

Et pour les irrécupérables nostalgiques du contact avec l’habitant et du monde rural, Pierre et Vacances mettra en scène des « zoos paysans » avec quelques chèvres dans un enclos et un écran sur lequel un agriculteur d’opérette soulèvera des bottes de paille et conduira son tracteur toute l’année. Le tour est joué.




Vous avez aimé cet article ? Soutenez Reporterre.

Lire aussi : À Notre Dame des Landes et ailleurs, la fausse promesse de l’emploi pour pouvoir tout saccager

Source : Courriel à Reporterre de Nadia Donati

Nadia Donati est docteure en économie et consultante.

Photo :
. capture d’écran sur le site de Pierre et Vacances

Dessin : Patrick Redon pour Reporterre

DOSSIER    Grands projets inutiles imposés

THEMATIQUE    Economie
27 avril 2017
Surplombant les politiques, le lourd et discret poids des multinationales
Tribune
25 avril 2017
La politique agricole dépend... de vous. Cinq questions pour agir
Info
10 avril 2017
Le programme Environnement de Marine Le Pen : pour les voitures et pour le nucléaire
Info


Vous avez aimé cet article ? Soutenez Reporterre

Dans les mêmes dossiers       Grands projets inutiles imposés



Sur les mêmes thèmes       Economie