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Politique

Les Hauts-de-France, pionniers du rassemblement de la gauche et des écologistes

« Nous pourrions devenir un exemple d’union dans toute la France ! » s’est réjouie Karima Delli, prochaine tête de liste aux élections régionales des Hauts-de-France. Les Verts, la France insoumise, le Parti socialiste et le Parti communiste ont trouvé un accord pour faire liste commune.

« C’est fait ! » Quelques mots simples pour dévoiler une alliance aussi complexe qu’inattendue. Jeudi 11 mars, les quatre principaux partis de gauche ont annoncé la formation d’une grande union dans les Hauts-de-France en vue des élections régionales des 13 et 20 juin prochains. La France insoumise, historiquement plus réticente à ces fusions, se battra donc aux côtés du Parti socialiste, d’Europe Écologie — Les Verts (EELV) et du Parti communiste.

Pour guider la gauche dans ces élections, la députée européenne Karima Delli (EELV) a été choisie comme tête de liste. Elle entend ainsi rebattre les cartes du paysage politique de sa région. « Je me suis lancée dans la perspective d’offrir une vie meilleure aux habitants des Hauts-de-France, dit-elle à Reporterre. Or, la seule manière de se défaire de l’emprise actuelle de la droite et de l’extrême droite, c’était de réunir nos forces et d’y aller tous ensemble ! » Derrière elle, prendront place l’insoumis Ugo Bernalicis, le socialiste Patrick Kanner et le communiste Fabien Roussel.

Faire bloc contre la droite et l’extrême droite

Lors du premier tour de la dernière élection présidentielle, en 2017, Marine Le Pen avait empoché plus de 31 % des suffrages de la région, loin devant Jean-Luc Mélenchon (LFI) et Emmanuel Macron. Ces résultats venaient alors entériner l’ancrage du Rassemblement national dans les Hauts-de-France, déjà observé deux ans auparavant lors des régionales de 2015. Marine Le Pen s’était alors imposée au premier tour avant de finalement s’incliner au second face au Républicain Xavier Bertrand… grâce au retrait d’une gauche divisée. Cette année, Karima Delli refuse pareil renoncement :

Nous n’allons plus nous laisser terrasser par une extrême-droite galopante, ni redonner les clefs de la région à Xavier Bertrand et à sa politique de casse sociale et de retard coupable dans la transition écologique. Nous ferons tout pour que la droite ne soit pas réélue ! »

Tête de liste il y a six ans, Marine Le Pen laisse cette fois sa place à Sébastien Chenu afin de se consacrer pleinement à la présidentielle. Ancien membre de l’UMP, M. Chenu défendra donc en juin les couleurs du Rassemblement national, dont il est devenu porte-parole en 2017. Le président sortant, le Républicain Xavier Bertrand a annoncé être candidat à sa succession. Côté majorité présidentielle, c’est le secrétaire d’État en charge des retraites Laurent Pietraszewski qui se présentera.

« Ce ne sont pas des accords tièdes mais des accords de convictions »

Les discussions pour l’union de la gauche et des écologistes ont commencé en septembre 2020, autour d’un comité de partenaires, avant de fortement s’accélérer ces dernières semaines. Au téléphone, la future tête de liste, Karima Delli, assure à Reporterre que cette alliance ne s’est pas construite sur des concessions : « Ce ne sont pas des accords tièdes mais des accords de convictions. Chacun a été traité avec respect et surtout beaucoup d’écoute. Je ne suis pas sectaire : il n’y a pas de grand ou petit partenaire, il n’y a que des partenaires pour remporter la victoire. »

De son côté, Ugo Bernalicis (député la France insoumise) dit à Reporterre trois priorités du programme régional : « D’abord l’effort sur les transports en commun, notamment ferroviaire en privilégiant le service public dans les appels d’offre, et en visant la gratuité des TER ; ensuite, empêcher les délocalisations et aider les salariés à la reprise de leurs entreprises ; troisième point, la démocratie : soumettre des questions majeures, par exemple sur la transition écologique, au référendum local. »

Pour s’unir, des divergences de fond ont été mises de côté. Président du groupe socialiste au Sénat, Patrick Kanner a déclaré au Figaro : « Bien sûr, il peut y avoir des points de désaccords. La question du nucléaire n’est pas appréciée de la même manière par le Parti communiste que par le Parti socialiste ou par les Verts. Mais ce que nous voulons, c’est d’abord mettre en commun ce qui nous rassemble. »

Tous semblent ainsi bien décidés à mettre en place un programme rassembleur : « Nous faisons union pour la justice sociale et climatique, union pour la défense du service public et de l’emploi, union pour la transition écologique et la réinvention de notre modèle industriel, union pour la refondation de notre modèle démocratique. »

« Nous pourrions devenir un exemple d’union dans toute la France ! »

Une telle initiative de rassemblement de la gauche est inédite dans cette course aux régionales. Si les Hauts-de-France restent sa principale préoccupation, Karima Delli ne cache pas son espoir de provoquer un électrochoc à plus grande échelle : « Si nous remportons cette victoire, nous pourrions devenir un exemple d’union dans toute la France ! »

Faut-il y voir les prémices d’un grand rassemblement de la gauche pour la présidentielle 2022 ? Rien n’est moins sûr au vu de la difficulté des autres régions de l’Hexagone à constituer semblable formation. Dans les Pays-de-la-Loire par exemple, l’écologiste Matthieu Orphelin et le candidat déclaré et investi par le Parti Socialiste, Guillaume Garot militent tous deux pour une liste commune depuis plusieurs mois. Chacun veut la même chose, mais personne ne fait le premier pas. Résultat : rien ne bouge.

L’annonce de l’alliance du Nord a malgré tout provoqué un certain enthousiasme du côté des politiques. Matthieu Orphelin, le député de Maine-et-Loire, a justement réagi sur Twitter, en félicitant ses camarades « cht’is ». Le député de la France insoumise, François Ruffin s’est aussi ravi de la nouvelle : « Miracle ! La gauche rassemblée ! Et ça arrive chez moi, dans notre région ! Les Verts, les Insoumis, les cocos, les socialios, qui se mettent ensemble. Et qui se donnent une chance. »

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