Les détails du projet gigantesque d’enfouissement des déchets nucléaires

Durée de lecture : 3 minutes

24 septembre 2011 / Fédération Grand-Est STOP déchets nucléaires

L’ANDRA dévoile peu à peu les détails du projet d’enfouissement des déchets nucléaires à Bure, en Haute-Marne. On est passé d’un « laboratoire » à un immense site industriel de 1.500 hectares en sous-sol.

L’Agence nationale des déchets nucléaires (Andra) organise ce samedi 24
septembre ses ’portes ouvertes’ annuelles. Volonté de transparence ou ’’opération séduction’’ ? La question se pose, tant la gestion des différents sites de l’Andra cause de virulentes polémiques et que le projet de Bure prend des dimensions singulières.

C’est nouveau, le secteur de Bure (Lorraine/Champagne) va devoir s’habituer à un barbarisme supplémentaire : CIGÉO. Traduit par ’iCIGÉOnte’ pour les plus perspicaces, l’Andra, son promoteur, en fait un ’’centre industriel de stockage géologique’’. Industriel ! Le mot est lâché, pour la première fois.

Pour les déchets nucléaires de moyenne et haute radioactivité (et à vie très, très longue), on en était resté aux affirmations lénifiantes de Areva, Edf, Andra et autres élus : ils ne représentent que 20 g par an et par habitant, et seulement 4% du volume total des déchets nucléaires. Madame Lauvergeon-Areva affirmait même que le tout tiendrait dans une malheureuse piscine olympique. Vraiment ? Aujourd’hui, après des décennies de mythe du nucléaire propre, le voile se lève sur l’ampleur du problème, symbolisé par ce monstre CIGÉO qui cumulerait :

- Un immense dépotoir nucléaire souterrain, de plus de 1.500 ha (à comparer à la ’piscine olympique’). Près de 100.000 m3 à enfouir (1). Plus de 300 km de galeries, entre les tunnels de circulation et ceux de stockage.

Quelles seraient les conséquences, la nature ayant horreur du vide et les
Vosges sismiques étant toutes proches ?

- Un site d’une emprise de 200 ha (1,4 km de côté) à l’aplomb du dépotoir, dont 130 ha (!) pour stocker les déblais du creusement.

- Un site d’une emprise de 100 ha (dont 30 ha pour là aussi des déblais de creusement), à quelques km du précédent, destiné au départ d’un tunnel qui alimentera le dépotoir (5 km de descente, pour une pente à 10%) et SURTOUT à l’installation d’une INB (Installation nucléaire de base). Un site nucléaire qui préparerait les fûts avant descente et qui en stockerait d’autres durant les décennies nécessaires à ce qu’ils perdent un peu de leur très forte température.

- Ce monstrueux projet c’est aussi des milliers de transports (240.000
containeurs se sont accumulés sur 40 ans de production nucléaire), mais
aussi des besoins énormes en électricité ainsi qu’en eau (à quelles fins ?),
cette eau à présent si rare et recherchée (cf le scandaleux contrat passé
par l’Andra avec la commune de Thonnance-lès-Joinville [entre autres ?] afin de puiser dans sa nappe phréatique).

Mais, ce projet c’est aussi une discrète demande de ’ventilation’’ de la part de l’Andra car, oui, l’Andra rejettera des gaz radioactifs, non pas dans des milliers d’années dixit l’Andra lorsque l’enfouissement sera défectueux mais bien dès que les premiers fût arriveront sur place, sur cette INB !

Enfin, ce monstrueux projet c’est l’engloutissement de sommes faramineuses, si nécessaires ailleurs : 15 milliards d’euros annoncés hier, 25 milliards aujourd’hui (1), et demain ?

Ainsi donc, le projet BURE présenté depuis 18 années comme un ’’laboratoire’’, non seulement cachait bien une méga poubelle radioactive
souterraine mais en plus il cumulerait les tares d’un stockage en surface
(cf Soulaines, La Hague.). L’éventuelle confiance accordée au promoteur
Andra, notamment par les élus qui soutiennent ce projet fou, ou laissent
faire, se trouve là bien trahie.

Quant à la justification d’un enfouissement, et donc du projet CIGÉO, la
voici radicalement remise en cause. Alors que par le débat public de fin
2005/début 2006, les populations exigeaient un stockage en surface afin de
pouvoir surveiller les containeurs, les pouvoirs publics refusaient sous
prétexte que les risques étaient trop élevés : chute d’avions, sismicité,
terrorisme. Et bien CIGÉO c’est la peste et le choléra : enfouissement ET
stockage en surface, pour des décennies..

............................................

Note :

(1) Audition de MC.Dupuis, directrice de l’Andra, devant l’Assemblée
nationale le 19 janvier dernier


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Lire aussi : Les députés s’inquiètent de la gestion des déchets nucléaires

Source : Communiqué de presse.

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