Les enjeux de Notre Dame des Landes

Durée de lecture : 4 minutes

30 novembre 2011 / Jean Clémancey et Geneviève Lebouteux (lemonde.fr)

« Un effort d’optimisation de la plate-forme serait bien plus intelligent que le projet actuel qui multipliera les kilomètres parcourus en voiture. »


Jean Clemancey réagit à la chronique « Avion PS, le crash ? » (Le Monde, 5 octobre).

(...)

Quant à la localisation de l’aéroport à Notre-Dame-des-Landes, je ne partage pas votre opposition. Ma femme et moi allons depuis plusieurs années à Nantes pour la « folle journée » consacrée à la musique. J’ai donc eu l’occasion de lire dans la presse locale l’argumentation pour le déplacement de cet aéroport.

D’une part, je pense que les villes de Nantes, Rennes sont justifiées à se doter d’un aéroport international tout comme Lyon, Bordeaux, Lille, Toulouse, Nice, Marseille ou bien on considère que l’avion est un mode de transport anti-écologique et alors on ne se déplace qu’en train et en bateaux mais il faudrait en débattre.

D’autre part je crois savoir que l’espace libéré par les départs des deux aéroports sera utilisé à des aménagements urbains attendus. Je souhaite que, dans votre prochaine chronique écologique, vous mettiez en garde nos concitoyens contre leur envie d’une maison individuelle dont les conséquences sont le gaspillage du terrain et l’augmentation de la circulation automobile sur de courtes distances en milieu urbain.

Jean Clémancey (Grenoble)


Geneviève Lebouteux, revient sur les propos de Jean Clémancey au sujet du projet de nouvel aéroport Notre-Dame-des-Landes et précise certains points.

Nantes dispose déjà d’un aéroport international, il s’appelle Nantes Atlantique, il est situé au sud de l’agglomération, il fonctionne plutôt bien, il vient d’ailleurs de recevoir le prix du meilleur aéroport européen attribué par les compagnies aériennes régionales !

Sur cette plate-forme, le nombre de passagers a connu une croissance importante depuis 2004 avec l’ouverture aux compagnies Low cost (3 millions dans l’année aujourd’hui). Mais comme les avions sont plus gros et mieux remplis, il y a aujourd’hui moins d’avions (environ 40.000 dans l’année) qu’il y a dix ans (43.200 en 2000). Et la marge de progression de l’emport moyen (nombre de passagers par avion) reste importante. Comparativement à certains aéroports à une piste dans le monde (Genève, Gatwick, San Diego-USA…), le trafic sur Nantes Atlantique est extrêmement modeste. Il a encore des marges de progression.

En tant qu’écologiste, je ne souhaite pas bien sûr un développement important du trafic aérien : un aller-retour Paris-New York correspond à l’empreinte écologique moyenne d’un habitant de la planète sur une année. Mais je sais que tout le monde ne partage pas cette vision des choses. A ceux qui souhaitent le développement de ce trafic sur l’Ouest, je dis que celui-ci est possible avec le maintien de la plate-forme actuelle.

Non seulement il est possible mais il est beaucoup moins coûteux en argent public, en terres agricoles, en biodiversité, en dégâts sociaux. Je rappelle en outre qu’une bonne partie des émissions de CO2 du secteur aérien est émise par les voitures des passagers qui se rendent à l’aéroport. Nantes Atlantique est desservi par une voie ferrée qui le relie à la gare de Nantes… mais celle-ci ne sert que pour les marchandises ! Un effort d’optimisation de la plate-forme serait bien plus intelligent que le projet actuel qui multipliera les kilomètres parcourus en voiture. En effet, des dessertes ferroviaires sont prévues mais très incertaines car non budgétées et aucune collectivité ne se bouscule pour payer !

Dernier point, les deux plates-formes aéroportuaires actuelles de Loire-Atlantique, Nantes Atlantique et Saint-Nazaire, vont demeurer si l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes se crée. En effet, leur disparition fragiliserait la société Airbus implantée sur ces deux sites. Il y aurait alors quelques bénéfices d’urbanisation autour de Nantes Atlantique mais nettement réduits. Sans parler du coût de gestion des trois plates-formes : qui paiera ?

Il est temps de redescendre sur terre : le projet de Notre-Dame-des-Landes est inutile, ruineux et destructeur. Il doit être abandonné. Le collectif des 1000 élus opposé à ce projet a rendu publics fin octobre les résultats d’une étude sur la pertinence économique du projet, réalisée par un cabinet européen indépendant. De nouveaux éléments pour nous aider collectivement à revenir à la raison.

Geneviève Lebouteux (La Chapelle-sur-Erdre, Loire-Atlantique)




Source : http://mediateur.blog.lemonde.fr/20...

Photo : Actusquat

Lire aussi : Notre-Dame-des-Landes : 3.000 manifestants à Paris

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