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Notre-Dame-des-Landes

« Forêt rouge », un film sur la forêt, la zad et le rêve d’un autre monde

La réalisatrice a vécu et filmé en immersion avec celles et ceux qui continuent d’habiter et d’occuper la forêt.

Le documentaire « Forêt rouge » de Laurie Lassale, tourné à partir de 2017, restitue avec poésie l’atmosphère si particulière de la zad de Notre-Dame-des-Landes et la douceur de la forêt de Rohanne. En salles le 14 janvier.

On marche dans une forêt humide. Il pleut. Deux hommes en Kway noir regardent les arbres, ils entourent un pin avec un bout de ficelle. Leurs mains manipulent un petit branchage, qu’ils observent. On marche. Une voix douce murmure, au long du bruit des pas sur les feuilles craquantes : « La forêt pourrait demeurer ce désordre charmant, mais nous venons y chercher un front, nous voulons avancer, prendre du terrain, n’importe lequel, il sera terre libérée... Nous découvrons les pièges, les murmures et les sortilèges, l’ombre et l’invisibilité. Ce n’est pas un refuge que nous avons trouvé, mais une arme, un territoire. »

Avec Forêt rouge (1 h 45), ce n’est pas un film documentaire qu’a voulu faire Laurie Lassalle, si l’on entend par documentaire la relation précise, journalistique, d’une situation et d’une histoire. C’est un ressenti poétique, une élégie, c’est-à-dire un poème mélancolique, qui restitue l’atmosphère si particulière de la zad de Notre-Dame-des-Landes.

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Car ce que l’on nous montre s’éloigne déjà dans le passé — il y a huit ans, déjà — et l’histoire devient un conte, un mythe, la légende d’une autre vie possible. Voilà sans doute pourquoi le film, tourné à partir de 2017, nous touche, alors que les forces obscures semblent aujourd’hui présider au fracas du monde et nous préparer un avenir de catastrophe et de violence : il nous montre qu’il reste possible de faire autrement, parce que cela s’est vécu et sans doute se vit encore, sur la zad et dans d’autres lieux ignorés.

La vie après l’abandon de l’aéroport

Notre-Dame-des-Landes, la zad, début 2018. Le Premier ministre annonce la fin du projet d’aéroport. La joie explose, c’est la fête, des dragons colorés s’affrontent dans un champ tandis que dans la froideur de janvier, les rires, les danses, la chaleur de la victoire partagée rassemblent les âmes et les êtres.

Et puis la vie continue, dans l’œuvre commune de fabriquer des charpentes et des cabanes, dans l’attention au temps qui passe, à la nuit peuplée de lumières lointaines et de chouettes dont le vol ample surprend soudain, dans la curiosité pour les salamandres et les étranges insectes cohabitant avec ces humains à qui ils importent, dans les discussions sur l’attitude à adopter face à l’État qui signifie sa puissance, dans la forêt où des chevaux emportent un tronc abattu, sur un arbre où l’on monte pieds nus et où l’on rit, à califourchon sur une branche, comme un gamin heureux.

« Soin du vivant et du collectif »

Dans une longueur jamais lassante, la caméra glisse d’une scène à l’autre, sans commentaire, pour nous conter au fil des images ce lieu étrange où quelques centaines de (jeunes) gens ont choisi de vivre et de lutter, animés par « l’idée de bien commun, de partage solidaire, de soin du vivant et du collectif ». Même l’irruption de la police, en avril 2018, des gendarmes armés et carapaçonnés, ces semaines intenses de bataille et de douleur, sont évoquées en douceur, plus par les larmes — quand une tractopelle insensible abat une maison qui semble se défaire, fragile « comme les cabanes de nos enfances » — que par les projectiles et l’énergie de la résistance. Le désarroi s’exprime, quand un zadiste s’adresse à des soldats impassibles qu’il voudrait convaincre de leur propre humanité : « On a une vie joyeuse, une vie qui a du sens. »

« On a une vie joyeuse, une vie qui a du sens »

Peu de films montrent autant la nuit, et ici la nuit est vibrante, elle palpite, elle respire, elle est le lieu de la lune, des sortilèges, de la surprise. Il y a un envers du monde présent, et cet envers est réalité. Dans une scène signifiante, on voit dans un champ avancer des silhouettes qui portent des lettres dressées. Elles forment un attendu NO FUTUR, et puis deux autres lettres se lèvent et viennent tout changer : NOS FUTURS. Nous allons les écrire, ces futurs, ceux du bien commun et du vivant, et Forêt rouge nous y aide, avec sa tendre sensibilité. Allez le voir, tiens, cela vous réchauffera le cœur, s’il en était besoin.

Forêt rouge, de Laurie Lassalle, produit par Les Films de l’œil sauvage & les Alchimistes, 2025, 105 minutes.

Le film est dorénavant disponible en DVD
Distribution :
LES ALCHIMISTES
Spécifications :
Format : DVD 9 – PAL – Multizone
Langues : VF – 5.1
Durée : 105 min
Prix : 19,99 €
Bonus :
Entretien avec la réalisatrice (13’)
No(s) futur(s) de Laurie Lassalle (42’, 2026)

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