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ReportageLuttes

Sur l’ex-zad de Notre-Dame-des-Landes, on fête 10 ans d’occupation

Margaux et Elsa, lors de l'atelier d'initiation à la fabrication du pain destiné aux enfants, sur l'ex-zad de Notre-Dames-des-Landes.

Le 10 octobre 2015, des opposants à l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes occupaient le hameau de la Noé verte. Dix ans plus tard, ils célèbrent leur vie sur place, ouverte sur l’extérieur.

Grandchamps-des-Fontaines (Loire-Atlantique), reportage

De plain-pied, entourée de champs et de haies, la maison la Noé verte, en Loire-Atlantique, tient encore debout. Il y a dix ans pourtant, il aurait été difficile de parier sur son avenir. Celle-ci était inoccupée, après avoir été rachetée par Aéroports du Grand Ouest (filiale de Vinci), chargés de déplacer l’aéroport de Nantes Atlantique vers ce territoire de bocage, situé à une trentaine de kilomètres au nord de Nantes.

C’était sans compter sur la mobilisation des opposants à ce projet d’aéroport. Les militants ont très vite vu autre chose dans cette bâtisse, située entre les communes de Notre-Dame-des-Landes, Vigneux-de-Bretagne et Grandchamps-des-Fontaines. Un moyen de lutter d’abord, puis un outil pour construire un autre avenir à ce paysage. Le 10 octobre 2015, à 10 h 10, une dizaine de personnes « ouvraient » la Noé Verte, dont les fenêtres et portes de la maison étaient barricadées, pour y établir un nouveau lieu de contestation.

Dix ans plus tard, le lieu est toujours habité par d’anciens opposants et est devenu l’un des cœurs battants de l’ex-zad, alors que le projet d’aéroport a été abandonné en 2018. Pour fêter cette décennie sur place, le collectif en charge du lieu, épaulé par des dizaines de voisins et camarades de passage, a préparé une fête d’anniversaire étalée du 3 au 12 octobre, avec conférences, ateliers, concerts et spectacles.

Spectacles, concerts, débats... La Noé verte fête ses 10 ans. © Mathilde Doiezie / Reporterre

Ferme, conserverie...

De quoi animer le hameau dans lequel la maison occupe désormais le rôle de lieu de vie collective, tandis qu’une dizaine de personnes loge autour, dans des yourtes, caravanes et autres habitats légers. Une famille de trois Soudanais vit aussi sur place. Une ferme a aussi poussé, ainsi qu’une conserverie.

L’inauguration de cette dernière, le 4 octobre lors d’un grand banquet, était d’ailleurs l’un des rendez-vous marquants : ils en rêvaient depuis les premières heures de l’occupation pour transformer les fruits et les légumes produits sur la zad. Dix ans plus tard et après plusieurs années d’expérimentations, le bâtiment est sur pied et équipé de matériel professionnel. La Noé verte a même bénéficié d’une subvention de la région Pays de la Loire. L’objectif, encore en rodage sur l’organisation, est de mettre ce lieu à disposition du grand public pour réaliser des compotes, conserves, tofu, etc.

Elsa anime l’atelier d’initiation à la fabrication du pain au levain. © Mathilde Doiezie / Reporterre

Mercredi matin, dans une ambiance plus posée et sous un soleil rappelant les températures estivales, une dizaine de personnes participaient à un atelier d’initiation à la fabrication du pain, dispensé par Elsa, de la boulangerie itinérante Les Dépavées. Tablier autour du cou, quatre amis ont covoituré depuis Saint-Herblain, à l’ouest de Nantes, pour découvrir le hameau. Auparavant, ils n’étaient venus qu’une fois sur l’ex-zad. Anna, une Anglaise qui étudie la permaculture à Bristol, est également de la partie, curieuse de découvrir ce lieu mentionné par l’un de ses professeurs.

Ailleurs, d’autres personnes s’activent au reste des préparatifs de la semaine. Dans la maison, Katy, 44 ans, cheveux bruns remontés en chignon et frange courte sur le front, prépare de la ginger beer. Elle vit ici depuis 2015. Sous l’un des chapiteaux, Mik, 35 ans, prépare « l’espace mal-être » des festivités, pour s’y réfugier « au cas où les gens se sentent trop bien lors de la fête », ironise-t-il, dans un grand sourire complice.

La maison de la Noé verte, qui sert de lieu de vie collectif. Les habitants vivent un peu aux alentours dans des habitats légers. © Mathilde Doiezie / Reporterre

Lui est arrivé ici en novembre 2015, après avoir participé à la lutte contre le barrage de Sivens, dans le Tarn. Il s’est un temps installé en tant qu’agriculteur dans le sud du Finistère, puis est revenu l’hiver dernier, de manière provisoire. « Même si on se connaît, j’ai quand même dû écrire une lettre au collectif, pour expliquer mes intentions et mes projets », explique-t-il.

Pour bien fonctionner, le collectif a effectivement établi plusieurs règles de fonctionnement. « Nous avons une réunion toutes les deux semaines, puis des temps chaque trimestre pour aborder des sujets de fond. Puis il y a toute la vie collective sur la zad aussi, par exemple pour participer à la coupe du bois de chauffe, à des chantiers de maraîchage ou à des AG. Cela demande du temps », décrit Margaux, 37 ans, habillée d’une marinière.

Elle a rejoint la Noé verte en 2017, pour fuir Nantes et s’investir davantage dans la zad. Si elle a bien quelques « petits boulots » à l’extérieur, l’essentiel de ses journées est consacré à la conserverie et à la vie collective.

L’habitat agricole, une question épidermique

De l’autre côté du chemin, là où se déploie la ferme de la Noé verte, une scène résume à elle seule ce qui s’est passé en un peu plus de dix ans. Ancien agriculteur installé à Vigneux-de-Bretagne, Jean-Luc, qui passait à vélo, s’est arrêté pour prêter un coup de main à celui que tout le monde surnomme Gibier, cogérant avec sa compagne du Gaec Aux Petits oignons. « C’est grâce à Jean-Luc que je me suis installé en tant qu’agriculteur », dit-il. Le tracteur de Jean-Luc est d’ailleurs le premier à avoir foulé les terres du hameau de la Noé verte pour l’aménager, alors qu’il n’y avait pas de ferme avant.

Ici, Gibier cultive des légumes et des céréales. Il élève aussi des poules pondeuses et des moutons. Pour lui, la cohabitation de sa ferme et du collectif sur les terres du hameau incarne « le modèle type de voisinage qui s’est discuté avec le département ». Ce dernier, qui a racheté en 2019 les terres de l’ex-emprise de l’aéroport, a mené de longs échanges avec les opposants à l’aéroport souhaitant rester sur place.

Gibier et Jean-Luc, agriculteur formé sur la zad et agriculteur à la retraite de Vigneux-de-Bretagne. © Mathilde Doiezie / Reporterre

Des premiers baux ruraux ont été signés en 2019, mais la question de l’habitat de celles et ceux souhaitant vivre sur place est longtemps restée indécise. Début 2025, une solution a enfin émergé avec la signature de premiers baux emphytéotiques (des contrats immobiliers de longue durée) d’au moins vingt ans. La Noé verte en a bénéficié. Reste encore la question de l’habitat agricole. Gibier, qui vit dans un HLM du bourg de Grandchamp-des-Fontaines, aimerait bénéficier d’un habitat social paysan, sur place. Comme d’autres ex-zadistes, devenus paysans. Mais le sujet est épidermique. Surtout pour certains élus.

Fin juillet, le maire (sans étiquette) de Notre-Dame-des-Landes, Jean-Paul Naud, a d’ailleurs créé la surprise en annonçant sa démission, après dix-sept ans passés à la tête de la commune, en mettant sur le haut de sa pile de justification « l’acharnement du département de la Loire-Atlantique » à faire accepter ce type d’habitat.

Du côté de Grandchamps-des-Fontaines, la commune où est située la Noé verte, la situation semble beaucoup plus apaisée. S’il n’a pas prévu de se déplacer lors de la fête d’anniversaire, le maire (divers droite), François Ouvrard, décrit des « relations normales » avec le hameau et déclare que la municipalité a prêté des équipements pour l’occasion. Il estime que le collectif « propose des choses pour les gens qui ont la fibre écolo ou souhaitent un mode de vie différent ». Il veille seulement au respect de la réglementation. Et s’il concède que la question de l’habitat léger n’est pas évidente d’un point de vue d’équité vis-à-vis du reste des habitants de la commune, il espère que cela se réglera avec apaisement lors du prochain plan local d’urbanisme.

En attendant, à la Noé verte, qu’il s’agisse d’une fête ou d’autres rendez-vous ouverts au grand public, on espère être là encore pour longtemps. Mercredi, Margaux dégainait son téléphone portable pour immortaliser l’atelier boulangerie : « Je prends une photo souvenir, pour les 20 ans de la Noé ! »


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