À la zad de Notre-Dame-des-Landes, l’effervescence politique continue
Plusieurs centaines de personnes étaient attendues par les organisateurs de ces rencontres, dimanche 6 juillet 2025. - © Evaine Merle / Reporterre
Plusieurs centaines de personnes étaient attendues par les organisateurs de ces rencontres, dimanche 6 juillet 2025. - © Evaine Merle / Reporterre
Durée de lecture : 4 minutes
L’ancienne zad accueillait ce weekend ses huitièmes Rencontres intergalactiques. Avec le but de favoriser les liens entre des luttes régionales, nationales et internationales, elles s’en prenaient cette année aux « empires ».
Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique), reportage
Des drapeaux irlandais, palestinien et des forces kurdes syriennes (YPG) prennent le vent en plein milieu d’un champ. À quelques mètres, sous un grand chapiteau blanc, un grand Gwenn ha du, le drapeau breton, est lui aussi déployé. Bienvenue aux huitièmes Rencontres intergalactiques qui se sont tenues du 4 au 6 juillet sur l’ancienne zad de Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique), où le projet d’aéroport du Grand Ouest a officiellement été abandonné en 2018, après plus d’une décennie de lutte.
Les Rencontres intergalactiques donnent le ton des événements qui se déroulent aujourd’hui sur l’ex-zad. Soit un weekend de rencontres, de réflexions militantes, de fêtes et de balades, sur un lieu ami désormais ouvert au soutien à d’autres luttes. Organisé depuis huit ans, l’événement a cette fois confié une carte blanche pour la programmation au collectif indépendantiste breton Dispac’h, engagé dans des luttes anticapitalistes, féministes, écologistes, antifascistes et internationalistes.
La thématique choisie ? « En finir avec les empires ». L’affiche pastiche d’ailleurs celle d’une saga bien connue qui se passe dans les étoiles... « À la base, avec Dispac’h, nous nous battons contre l’État français — ou l’empire français — mais, nous souhaitions aussi parler à travers ces rencontres des luttes contre tous les empires, y compris médiatiques ou agro-industriels », nous décrit dans un large sourire Ewan Thébaud, membre du collectif, alors que le soleil vient mettre fin à une matinée dominicale de crachin.
Ces luttes contre les « empires » sont variées, à l’image de la programmation. Et si elles sont réparties sur différents territoires, elles partagent souvent des points communs. À l’image des membres du réseau Les Peuples veulent, qui illustrent parfaitement le concept de l’internationalisme des luttes, grand mot d’ordre du weekend. Créé en 2019 à partir de la Cantine syrienne de Montreuil (Seine-Saint-Denis), le réseau fédère des collectifs et des personnes du monde entier qui luttent pour l’intérêt des peuples plus que celui des États. Il vient de publier un ouvrage pour décrire son « manifeste internationaliste » : Révolutions de notre temps (La Découverte).
Rivolala, Syrienne exilée en France, raconte sa genèse, dans les sillages des nombreux soulèvements de 2018, au Liban, en Irak, en Algérie, en Iran et à Hong Kong : « Nous venons de vivre une époque forte, avec le plus grand nombre de soulèvements populaires de l’histoire depuis 2011, en plein dans une période de montée de l’autoritarisme et du militarisme. Nous avons tendance à l’oublier. » Or s’en rappeler est une nécessité, décrit-elle, pour penser plus large et ne plus seulement subir la « sidération permanente » dans laquelle nous plongent « tous les régimes autoritaires ».
« Les questions d’accès aux terres se retrouvent dans toutes les luttes internationales »
Avec ce réseau et depuis l’ex-zad, l’idée est de s’organiser pour résister à des forces souvent plus grandes, qui voudraient tuer toute opposition. « C’est logique que la zad devienne ce lieu d’accueil des autres luttes, dit Benjamin, du Syndicat de la montagne limousine. Nous faisons face aux mêmes problématiques structurelles, qui dépassent les frontières locales et nationales. »
« Comme ici, les questions d’accès aux terres et de défense de la paysannerie se retrouvent dans toutes les luttes internationales. Cela permet d’en parler sous un autre angle que celui de la géopolitique », commente Pauline Poupin, sociologue et membre des Peuples veulent.
Les pesticides se trouvent par exemple partout dans le monde. Un autre des « empires » à combattre pris en exemple à Notre-Dame-des-Landes. Des liens se sont créés entre des agriculteurs malades et des riverains inquiets ou déjà intoxiqués, à travers le Collectif de soutien aux victimes des pesticides de l’Ouest. Des échanges fusent avec l’audience autour d’une prochaine action visant à détourner les panneaux « villes fleuries » des communes qui consomment beaucoup de pesticides.
Au cours de ce weekend à l’ambiance bienveillante, les conférences et projections auront aussi mené les participants à réfléchir aux phénomènes d’extraction des mines, à la croisade de « l’empire Bolloré », aux répressions de l’État français en Martinique et contre les Kanaks ou encore au génocide ouïghour. De quoi puiser des forces, pour devenir les rebelles capables de lutter contre les multiples facettes des empires contemporains.