Les infos majeures que vous avez (peut-être) manquées pendant le mois d’août

30 août 2018 / Lorène Lavocat (Reporterre)

Si, comme nous, vous avez profité du mois d’août pour vous déconnecter, voici un résumé des épisodes estivaux sur le front de l’écologie. Bonne rentrée sur Reporterre !

Le 28 août, il y a eu le cyclone Hulot. Mais avant la tempête, le mois écoulé n’a rien eu de calme. Victoire judiciaire contre Monsanto, températures record, mort de Kofi Annan et celle, suspecte, d’un défenseur de l’Amazonie, interdiction de néonicotinoïdes… Reporterre fait le point.

2018, le 2e été le plus chaud

Marqué par de nombreuses périodes de fortes chaleurs, voire de canicule, l’été 2018 s’est établi au 2e rang des étés les plus chauds depuis 1900, entre 2003, en tête, et 2015 et 2017, d’après Météo France.

L’été 2003 avait connu une température moyenne de 23,1 °C, soit une anomalie de 3,2 degrés au-dessus de la normale saisonnière, établie à 19,9 °C. En moyenne sur la saison et sur la France en 2018, la température a été supérieure à la normale de près de 2 °C.

Et le thermomètre n’est pas près de redescendre, si l’on en croit le chercheur Florian Sévellec. Publiée le 14 août dans Nature Communications, son étude montre que la période 2018-2022 risque d’être encore plus chaude que ce que laissait présager le réchauffement climatique en cours.

Près de 90 % de la plus grande colonie de manchots royaux au monde a disparu

Sur l’île aux Cochons, située dans la réserve naturelle des Terres australes françaises, se trouve la plus grande colonie de manchots royaux au monde. Enfin… se trouvait. Des chercheurs du Centre d’études biologiques de Chizé ont constaté, grâce à des images satellites de haute résolution, un déclin massif de 88 % de cette colonie. Ces résultats ont été publiés dans Antarctic Science le 25 juillet.

Lors de la dernière visite de l’île par une équipe scientifique, en 1982, la colonie comptait 500.000 couples reproducteurs, soit une population de plus de 2 millions d’individus.

Parmi les causes possibles de cette disparition, un épisode climatique majeur dans l’océan Austral lié au phénomène El Niño survenu à la fin des années 1990 a pu affecter les capacités de recherche de nourriture de la colonie. La présence de maladies comme le choléra fait partie des hypothèses envisagées. Néanmoins, tous ces facteurs semblent insuffisants pour expliquer une réduction d’une telle ampleur ; de nouvelles recherches devraient permettre de mieux comprendre ce déclin sans précédent.

Le « jour du dépassement » des ressources de la Terre est de plus en plus précoce

En 2018, le « jour du dépassement » est tombé le 1er août. Cette date est la plus précoce jamais enregistrée depuis le lancement de cette journée en 1970.

Ce jour correspond à la date de l’année où l’humanité est supposée avoir consommé l’ensemble des ressources que la planète est capable de régénérer en un an. Autrement dit, depuis le 1er août, les humains vivent « à crédit » : nous avons utilisé plus d’arbres, d’eau, de sols, de poissons que ce que la Terre peut nous fournir en un an pour nous alimenter, nous loger et nous déplacer et émis plus de carbone que les océans et les forêts peuvent absorber.

Au début des années 1970, ce jour du dépassement survenait autour du 29 décembre. En 2017, il était tombé le 3 août.

Cinq néonicotinoïdes seront interdits à partir du 1er septembre

La liste de cinq néonicotinoïdes interdits à partir du 1er septembre a été publiée le 1er août par le gouvernement, au grand dam des agriculteurs qui estiment ne pas pouvoir s’en passer, et des associations de défense de l’environnement qui jugent la liste insuffisante.

La loi sur la biodiversité de 2016 prévoyait en effet l’interdiction au 1er septembre de l’utilisation de ces substances qui s’attaquent au système nerveux des insectes, avec des dérogations au cas par cas jusqu’au 1er juillet 2020.

Pour les ONG, « une véritable interdiction des néonicotinoïdes ne sera efficace que si l’ensemble de ces derniers sont interdits » : « Même en très faible quantité, les néonicotinoïdes restent hautement toxiques pour les abeilles. Il faut donc les interdire complètement », souligne dans un communiqué, François Veillerette, directeur et porte-parole de Générations futures.

La liste publiée ne comprend pas tous les pesticides tueurs d’abeilles, en particulier le sulfoxaflor et la flupyradifurone. Reporterre vous en reparlera dans quelques jours...

Changement climatique meurtrier en montagne

Dans les Alpes, quatre personnes ont trouvé la mort pour le seul mois d’août à cause d’effondrements de pans entiers de roches. Le 3 août, Olivier Bonnet est mort tandis qu’il pratiquait l’alpinisme accompagné d’un guide renommé dans le massif du Mont-Blanc. Partis le 7 août, trois Italiens, deux frères et la compagne de l’un des deux, ont aussi trouvé la mort dans le couloir Chevalier, le sol s’étant, semble-t-il, dérobé sous leurs pieds.

En cause dans ces effondrements, la dégradation du pergélisol, une des traductions dramatiques du réchauffement climatique sur les hauts sommets. Le pergélisol désigne un sol ou une roche dont la température se maintient au-dessous de zéro degré sur de très longues périodes. En haute montagne, il permet la création de glace, qui joue le rôle de ciment dans les fissures des parois. Or, depuis plus d’une quinzaine d’années, le pergélisol se réchauffe et déstabilise les parois, qui se décrochent.

Un jardinier étasunien remporte une victoire judiciaire contre Monsanto

Un tribunal de San Francisco (Californie, États-Unis) a condamné vendredi 11 août Monsanto à payer près de 290 millions de dollars de dommages pour ne pas avoir informé de la dangerosité de son herbicide Roundup à l’origine du cancer de Dewayne Johnson, un jardinier étasunien.

Pour les jurés, Monsanto a agi avec « malveillance » et son herbicide Roundup ainsi que sa version professionnelle RangerPro ont « considérablement » contribué à la maladie du plaignant, Dewayne Johnson. Le géant de l’agrochimie a immédiatement annoncé son intention de faire appel de cette décision.

« La décision d’aujourd’hui ne change pas le fait que 800 études scientifiques et les conclusions de l’agence américaine de la protection de l’environnement (EPA), des instituts nationaux pour la santé et des autres autorités de régulation à travers le monde soutiennent que le glyphosate ne cause pas de cancer et n’a pas causé le cancer de M. Johnson », a affirmé le groupe.

Des milliers de procédures contre Monsanto sont en cours aux États-Unis, à des degrés divers d’avancement.

Le verdict de vendredi pourrait provoquer « une cascade de nouvelles affaires », selon un des avocats du plaignant.

Un défenseur de l’Amazonie est retrouvé mort au Brésil

Dimanche 12 août, le corps de Jorginho Guajajara, 55 ans, a été retrouvé sous le pont du fleuve Zutiwa à l’entrée de la ville d’Arame, dans l’État du Maranhao, dans le nord du Brésil.

Si l’expertise a conclu à une noyade sans marque de violence, la tribu des Guajajara, à laquelle il appartenait, ainsi que l’ONG Survival International suspectent un acte criminel. Les proches du défunt ont assuré que son cou était brisé et que, s’il s’agit bien d’une noyade, on a pu le pousser dans l’eau. « À maintes reprises déjà, une puissante mafia forestière a pris ce peuple pour cible en raison de son travail de protection de la forêt amazonienne », a rappelé l’ONG.

Face à l’inaction des autorités pour préserver la forêt des coupes illégales, le peuple Guajajara a en effet formé une équipe de protection de l’environnement, appelée les Gardiens de l’Amazonie, chargée d’expulser les bûcherons. Selon certaines estimations, jusqu’à 80 membres de la tribu auraient été tués depuis l’an 2000.

L’effondrement du pont de Gênes doit nous alerter sur l’état des infrastructures en France

Mardi 14 août, l’effondrement du pont autoroutier Morandi a provoqué la mort d’au moins 38 personnes. Long de 1.182 mètres, ce pont avait à peine plus de 50 ans et permettait de traverser la rivière Polcevera, à Gênes, en Italie.

Un tel drame pourrait-il se produire en France ? Oui, répondent des experts dans un audit consacré à l’état du réseau routier national non concédé. Commandée par le ministère des Transports, cette étude est particulièrement inquiétante quant à l’état des ponts routiers : « Aucun scénario ne permet le maintien de l’état actuel du parc d’ici vingt ans. » À l’heure actuelle, sur les 12.000 ponts que compte le réseau national non concédé, un tiers nécessite des réparations. Un pont par jour disparaît de la liste des ponts sécurisés.

Plus globalement, les auteurs de l’audit constatent « un sous-investissement chronique en matière d’entretien routier ». « Seul le scénario prévoyant une hausse substantielle des ressources financières permet de garantir la pérennité des niveaux de service », précisent-ils. En clair, pour que les routes restent praticables, l’État va devoir payer environ un milliard d’euros par an, jusqu’en 2037.

Sur le dérèglement climatique, Kofi Annan fustigeait la « démission des dirigeants »

Prix Nobel de la paix et ancien secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan est mort samedi 18 août à 80 ans. Venu à Paris en décembre 2017 pour le sommet sur la finance verte, Kofi Annan avait alors mis en garde contre « la démission des dirigeants actuels » face aux grands défis mondiaux, dans un entretien à l’AFP.

Parlant notamment du dérèglement climatique, il avait indiqué : « Par le passé, quand nous traversions cette sorte de crise, nous avions des dirigeants qui avaient le courage et la vision du monde nécessaires pour vouloir agir, pour comprendre qu’il leur fallait travailler avec les autres […] Aujourd’hui, les dirigeants vont dans la mauvaise direction, [ils] abandonnent. »

L’Australie renonce à inscrire l’accord de Paris sur le climat dans la loi

L’Australie — un des pires émetteurs de carbone par tête d’habitant au monde — a renoncé, lundi 20 août, à inscrire dans la loi ses objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre auxquels elle s’était engagée lors de l’accord de Paris en décembre 2015.

Dans un contexte préélectoral, le Premier ministre, Malcom Turnbull, a capitulé face à une fronde des élus de sa majorité qui ont refusé d’inscrire dans la loi une réduction de 26 % des émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030 par rapport à son niveau de 2005.

Plutôt qu’une loi, le gouvernement a donc opté pour un simple arrêté ministériel rappelant les objectifs climatiques, mais permettant de les modifier en fonction des risques pesant sur les prix de l’électricité.

Tout l’été, les luttes ont continué !

Du côté des mouvements sociaux et citoyens, le combat ne s’est pas arrêté en août, bien au contraire. Comme nous l’avions annoncé dans notre agenda estival, de nombreux événements — tours à vélo, universités d’été, marches, camps — sont venus renforcer les collectifs et les territoires en lutte.

Parti le 9 juin de Paris, le Tour Alternatiba rejoint désormais le Sud-Est avant de se diriger vers Bayonne, où il arrivera le 6 octobre. Sur son trajet, de nombreuses étapes sont annoncées : village des alternatives et opposition à l’importation d’huile de palme pour la raffinerie de la Mède à Marseille (14 et 15 septembre), village des alternatives et résistance contre le projet de gazoduc Step à Perpignan (23 septembre), mise à l’honneur de l’alternative incarnée par le village Emmaüs Lescar-Pau (1er octobre).

Quant à l’Université d’été « solidaire et rebelle » des mouvements sociaux et citoyens, elle s’est terminée le 26 août sur le campus de Grenoble. Pendant 5 jours, plus de 2.200 participants et 300 organisations ont participé à des dizaines d’activités. Prochaine mobilisation, la semaine organisée du 8 au 15 septembre pour « prendre le contrôle sur la finance et notre avenir ».

Monsieur Hulot prend des vacances

Alors que chacun s’apprêtait tranquillement à faire sa rentrée, Nicolas Hulot a donc décidé, mardi 29 août, de partir en longues vacances. Il a ainsi annoncé sa démission du poste de ministre de la Transition écologique et solidaire, provoquant un séisme politique. Reporterre a donc fait sa reprise sur les chapeaux de roues, en vous concoctant un dossier spécial :

  • Le verbatim de sa déclaration, lors de son entretien à France Inter ;
  • L’édito d’Hervé Kempf ;
  • Les réactions du monde politique ;
  • L’analyse des ONG écolos ;
  • Le bilan de son année passée au ministère de l’Écologie.
  • Le regard incisif de notre chroniqueuse Isabelle Attard.

Une actualité qui vient confirmer — s’il le fallait — la gravité de la crise écologique, et l’importance d’un média libre et indépendant sur ce sujet.

Bonne rentrée sur Reporterre  !



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Lire aussi : Retour sur 2017 : le climat chauffe, la politique recule

Source : Lorène Lavocat pour Reporterre

Photos :
. chapô : en juillet 2018, en France. © Maud Boulay
. carte : © Météo France
. Monsanto : Wikimedia (Karen Eliot/CC BY-SA 2.0)
. dépassement : PxHere (CC0)
. Alpes : Pixabay (CC0)
. Kofi Annan : Wikimedia (US Mission in Geneva/CC0)

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