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Édito — Politique

Hulot : Une décision utile

Nicolas Hulot a tiré de manière sage la conséquence d’une contradiction insoluble : on ne peut pas mener en même temps une politique de croissance néo-libérale et une politique écologique.

Une décision grave, sage, responsable. En un mot, une décision utile. En posant, dès le premier jour de la rentrée, sa démission sur la place publique, Nicolas Hulot a bien agi. Il a concrétisé de manière éclatante le contraste énorme entre la gravité de la situation écologique — en fait, de la situation de l’humanité — et la médiocrité de la politique suivie.

L’encouragement donné aux chasseurs par le président de la République, lundi 27 août, en augmentant le nombre d’espèces chassables — alors que les espèces d’oiseaux subissent une érosion dramatique — a peut-être été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase de la déception et de la tristesse. Mais c’est surtout et à juste titre l’événement majeur de l’été qui a poussé M. Hulot à franchir le pas : une canicule massive, mondiale, et surtout, dont il est pour la première fois possible de dire qu’elle est une manifestation du changement climatique, et le présage de ce qui pourrait se multiplier. Sans doute Nicolas Hulot a-t-il aussi lu cette étude glaçante parue en juillet dans la revue scientifique PNAS et dans laquelle Will Steffen, Johan Rockström et leurs collègues expliquent que, si la planète dépasse 2 °C de réchauffement par rapport l’ère pré-industrielle, nous basculerons dans un état incontrôlable, où les rétro-actions positives de la biosphère pousseront à un réchauffement sans cesse accru.

« Nous avons dix ans pour agir », a dit M. Hulot. Dix ans pour éviter le basculement dans l’irréparable, alors les émissions des gaz à effet de serre continuent à augmenter et l’érosion de la biodiversité à se poursuivre.

Pourrait-il être entendu par ceux qu’il quitte ? On peut en douter : dans son explication ce mardi, M. Hulot a évoqué les logiques de la croissance et de l’économie libérale, en regrettant qu’elles n’évoluent pas. Là était la faiblesse d’analyse de l’ex-ministre, qui pensait que M. Macron pourrait « en même temps » mener une politique écologique et une politique néolibérale. Reporterre avait pointé dès le début, il y a un an, cette contradiction. Un an de faible action écologique aura montré que « l’en même temps » est ici impossible : sortir du désastre écologique — qui implique de réduire les inégalités, comme l’a évoqué Nicolas Hulot — n’est pas possible dans le cadre de l’économie capitaliste. C’est un des principaux enseignements du départ courageux du ministre.

Il reste l’action, la société, la lutte, les mouvements citoyens, la résistance, le travail constant et tenace de gens de plus en plus nombreux pour empêcher le désastre. Nul doute qu’en levant l’ambiguïté que signifiait sa présence dans un gouvernement qui néglige l’enjeu biosphérique, Nicolas Hulot aide les écologistes.

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