Les météorites disparaissent, englouties par le changement climatique
Les zones de glace bleue (ici en 2015) en Antarctique sont de bons terrains de chasse pour les météorites, mais les échantillons provenant de l’espace sont mélangés à de nombreuses roches terrestres. - Wikimedia Commons/CC0/Nasa/Cindy Evans
Les zones de glace bleue (ici en 2015) en Antarctique sont de bons terrains de chasse pour les météorites, mais les échantillons provenant de l’espace sont mélangés à de nombreuses roches terrestres. - Wikimedia Commons/CC0/Nasa/Cindy Evans
Durée de lecture : 3 minutes
60 % des météorites retrouvées sur Terre le sont en Antarctique. Sous l’effet du réchauffement, elles s’enfoncent inexorablement dans les glaces.
Les météorites, archives précieuses pour la connaissance du système solaire, disparaissent sous l’effet du réchauffement climatique. C’est l’alerte d’une étude parue le 8 avril dans Nature Climate Change, conduite par une équipe internationale de glaciologues et climatologues.
Leurs résultats montrent que le réchauffement actuel provoque la perte de 5 000 météorites par an, soit cinq fois plus que la quantité trouvée chaque année. D’ici la fin du siècle, 30 % des météorites quantifiées aujourd’hui en Antarctique pourraient disparaître, selon l’étude, si la planète suit la trajectoire actuelle de réchauffement.
Une proportion qui grimperait à 75 % dans le scénario climatique le plus pessimiste (SPP5-8,5). « Ces proportions sont des moyennes pour l’Antarctique. Pour les zones les plus à risque, plus de la moitié des météorites pourraient disparaître d’ici 2050 », précise Harry Zekollari, glaciologue à l’Université libre de Bruxelles et auteur de l’étude.
Les zones de glace bleue
Les météorites se concentrent dans une partie très particulière de l’Antarctique, explique à Reporterre Harry Zekollari, les zones de glace bleue. Ces secteurs concentrent à eux seuls 60 % des météorites retrouvées sur la planète, même si elles ne couvrent que 1 % de la calotte glaciaire antarctique.
Dans ces zones sans neige, la glace affleure et rend — par contraste — la météorite très visible grâce à sa croute noire formée par la combustion lors de l’entrée dans l’atmosphère. Le froid explique aussi le très bon état de conservation des roches pendant des centaines de milliers d’années. « Des écoulements de glace convergent aussi dans ces zones et y concentrent les éclats de météorites », complète le chercheur.
Comment les météorites peuvent-elles s’enfoncer dans des glaces antarctiques où les températures moyennes restent polaires, entre -10 et -40 °C ? Les glaciologues se sont aperçus que dans les zones où les températures avoisinent les -10 °C, plus de traces de météorites. En effet, les morceaux noirs chauffent et font fondre la glace qui les entoure, une fonte très localisée mais suffisante pour les enfouir et les rendre invisibles aux prospecteurs.
Sous l’effet du réchauffement, avec des vagues de chaleur plus fréquentes qui peuvent faire monter ponctuellement la température au-dessus des -10 °C, le phénomène va se multiplier. Sachant aussi que l’Antarctique se réchauffe trois fois plus vite que la moyenne planétaire.
« Des morceaux de Saturne ou de Venus »
« On espère que notre article alertera sur le risque de disparition de ces archives exceptionnelles », dit Harry Zekollari. Kevin Righter, conservateur de météorites pour la Nasa, publie le même jour une réaction à cette étude, toujours dans Nature Climate Change, soulignant l’importance de ces archives pour comprendre la formation du système solaire, en particulier celle de la Terre. Et sa crainte de voir disparaître « peut-être des morceaux de Saturne ou de Vénus ».
Le changement climatique met à mal d’autres archives terrestres prises dans les glaces. Avec la fonte des glaciers qui s’accélère, c’est toute une information sur les climats passés qui disparaît. « Pour un glacier tropical comme le Kilimandjaro, extraire et conserver des carottes de glace est devenu une course contre la montre, car il aura disparu d’ici vingt ans », soupire Harry Zekollari.