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Reportage — Politique

Les militants communistes ne sont pas prêts à l’union avec les écologistes

Et si écologistes et les communistes s’unissaient ? Caroline de Haas a lancé le débat. Mais qu’en pensent les militants communistes de base ? Reporterre est allé les interroger à la Fête de l’Humanité. Eh bien, l’union, ce n’est pas gagné...

-  La Courneuve, reportage

Il y a des choses qui ne changent pas, à la Fête de l’Huma. Le réconfort de la saucisse grillée après le voyage pour rejoindre les allées du parc de la Courneuve, le rock poussiéreux craché par une sono qui ne l’est pas moins couvrant les joutes politiques du stand d’à-côté, la diversité générationnelle et socio-professionnelle d’un public qui partage le temps d’un week-end un même espace de vie, vite transformé en une sorte de huitième continent de plastiques… La grande fête politique de la rentrée cultive cette convivialité populaire qui fait son charme.

Pourtant, les temps sont durs pour l’union des gauches qui s’y retrouvent toutes. La divergence est manifeste entre Pierre Laurent, Parti communiste, et Jean-Luc Mélenchon, du Parti de gauche, qui ont mis en scène pendant la fête leur désaccord sur la Grèce et sur les élections régionales.

C’est dans ce contexte que Caroline de Haas a lancé, samedi dans Reporterre, un appel au rassemblement le plus large possible à la gauche du PS. Avec comme principale pierre angulaire, l’alliance des écologistes et des communistes : « Leurs divergences ne sont pas insurmontables », assure-t-elle.

« Mais quels écologistes ? »

Mais que pensent les militants et sympathisants communistes de cette idée originale ? Reporterre a arpenté les allées pour le savoir. « Les écologistes sont des socio-démocrates, que proposent-ils sur l’austérité ? » demande J.-B., au stand des Jeunes Communistes 44. Entre deux verres de shooter qu’il vend 1 euro, ce partisan de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes reproche l’entêtement d’EELV sur ce dossier : « Ils ne veulent pas d’accord politique si on ne se met pas d’accord sur le sujet. Mais il n’y a pas que l’aéroport en politique. »

Venue des Ardennes, Christine critique également EELV : « Ce n’est pas un parti politique. Tout le monde fait de l’écologie, dans n’importe quel parti. Par contre, eux, sur l’économie, ce n’est pas prouvé ce qu’ils proposent ! » Sa voisine Corinne, la cinquantaine fringante, acquiesce : « On a du mal à les comprendre les écologistes. Avec les histoires de De Rugy et Placé, on ne voit pas trop leur stratégie… »

Au stand bordelais, on surenchérit. S’allier avec les écologistes ? « Mais quels écologistes ? Vous avez vu comme ils sont éclatés ! » résume Jean-Claude, qui ne se dit pas militant communiste mais « lecteur de l’Huma » depuis des dizaines d’années. « Ça dépend lesquels : si c’est Nicolas Hulot qui a fricoté avec Sarkozy dont on parle… », dit Nicolas, instituteur et militant communiste de Bonneuil. Prenant exemple sur le Portugal où écologistes et communistes sont alliés, il défend un schéma similaire en France : « Plus on sera soudés, plus on sera forts. » D’autant plus que Notre-Dame-des-Landes ne constitue pas un obstacle, pour lui : « C’est une erreur, je ne comprends pas ce projet pour lequel il n’y a pas de besoin », explique-t-il en rappelant l’existence du triton protégé.

D’autres évacuent la question : « Le mariage pourrait être une idée, mais les écologistes se regardent tous un peu trop le nombril pour cela », estime Nicolas. Le sympathisant communiste préfère cultiver son potager dans les Hautes-Pyrénées, faire attention au tri sélectif et à sa consommation – bio, autant que possible. Pourquoi militer au PCF ? « Parce que j’ai baigné là-dedans depuis tout petit, et cela ne m’empêche pas de me sentir écolo. Et puis les Verts, ils ne font pas vraiment bouger les lignes. »

« Qui parle des ouvriers ? Les écolos, c’est 80 % de bobos »

Face à la grande scène, point stratégique et le plus fréquenté du site, le stand de la Marne arbore une large banderole appelant à un « Front Populaire du XXIe siècle ». A l’intérieur, les militants de la fédération 51 débattent de la possible participation des écologistes à ce projet. « C’est difficile, il y a trop de sujets sur lesquels nous ne sommes pas d’accord », dit Antoine, 26 ans, travailleur du nucléaire qu’il reconnaît comme « une énergie pas propre » - « mais que propose-t-on concrètement en remplacement aujourd’hui ? » Le « cuistot Titi » se montre plus optimiste : « Ils ont leur place avec nous, moi j’aime la nature. » Antoine conteste : « Ça ne ramènera pas de voix ! » Damien, un sympathisant normand, tranche le débat : « Non, pas pour l’instant. Les écologistes ne pensent qu’à une chose, c’est l’écologie, mais il est où l’humain là-dedans ? Qui parle des ouvriers ? Les militants d’EELV, ce sont 80 % de bobos, c’est statistique ! »

Si les militants ne semblent guère séduits par l’idée d’un rapprochement avec les écologistes, la direction du Parti communiste, de son côté, donne quelques gages en faveur du rapprochement. De petits signes laissent penser que le parti communiste opère une mue sur la question de l’écologie, à l’image de l’affiche de cette édition qui met la planète Terre au cœur de l’iconographie.

Au menu des conférences politiques, l’écologie jouissait également d’un espace intéressant avec trois heures de débat organisées samedi soir au sujet de la COP 21. Autour d’activistes comme Maxime Combes ou Txetx Etcheverry venus présenter l’état des négociations et les alternatives citoyennes qui fleurissent en parallèle, Vandana Shiva était l’invitée vedette. Et quand Alix Mazounie, porte-parole du Réseau action climat, dénonce les tabous du pétrole et du charbon ou remet en cause le nucléaire, le chapiteau reste comble et les applaudissements nourris.

La conférence avec Maxime Combes et Txetx Etcheverry

"Raisons politiciennes"

En public, les responsables de section du parti tiennent également un discours plus enclin vers l’alliance avec les écologistes : « C’est vital, si on ne le fait pas, on meurt », juge André de Ubeda, candidat du PCF lors des deux dernières élections municipales de Toulon. Il prône « une écologie bien comprise, qui doit s’attaquer aux causes plutôt qu’aux effets, et donc en premier lieu au capitalisme ». Mais le nucléaire est un sujet de désaccord pour celui qui ne se dit pas opposé au projet de réacteur à fusion ITER, dans sa région : « Le plus gros problème du nucléaire, ce sont les déchets ; là, avec le principe de la fusion, on les supprime. Et le problème du fossile est réglé, puisqu’il n’y a plus d’uranium dans le projet. » Cependant, assure-t-il, il y a aujourd’hui entre communistes et écologistes plus de convergences que de divergences. Pourquoi, alors, l’alliance peine-t-elle tant à se mettre en place ?

Pour des raisons « politiciennes », selon André de Ubeda : « D’un côté, le PCF est un véritable paquebot, qu’on ne change pas comme ça, d’un coup. De l’autre, une organisation décentralisée et plutôt anarchique des Verts, dont l’atomisation rend compliquée les discussions à l’échelle nationale. » Dans sa région de Provence-Alpes-Côte d’Azur, les discussions quant à une alliance pour les prochaines régionales sont encore en cours, comme dans trois ou quatre autres régions de France.

Seule une Région aurait aujourd’hui validé l’idée d’une candidature unie entre EELV et le PCF, aux côtés des autres composantes du Front de Gauche : Midi-Pyrénées-Languedoc-Roussillon. Au stand de l’Aveyron, Martine Pérez, actuelle conseillère régionale, se montre volontariste : « Il faut se parler. Dans la période actuelle, on n’a pas le droit de rester chacun dans son camp et de se compter. Il y a tellement de problèmes plus importants qu’on ne peut pas se fixer sur ceux qui nous divisent, il faut voir l’essentiel de ce qui nous unit. » La recette consiste à trouver des compromis : « Sur le nucléaire, on est d’accord pour dire qu’on ne peut pas tout miser là-dessus, et les écologistes reconnaissent qu’on ne peut pas fermer toutes les centrales d’un coup. Sur le projet de LGV Paris-Toulouse, on s’est mis d’accord pour demander un débat public au niveau régional. »

Martine Pérez

D’autres nourrissent l’espoir de voir une telle alliance se présenter également en Rhône-Alpes-Auvergne, dans la foulée de la dynamique grenobloise. Mais pour l’heure, le PCF n’en fait pas partie : « Il faudrait que leur position soit claire. Des fois, ils font alliance avec le PS, des fois ils partent tout seuls… Il y a une politique à géométrie variable », regrette Eric, militant du Parti de Gauche dans l’Ain et impliqué sur la campagne de rassemblement. S’il milite en faveur d’une union politique la plus large possible, il dénonce la violence des attaques personnelles du côté du PCF et un manque de réflexion sur l’éco-socialisme.

De l’autre côté, on répond que le Parti de Gauche se caractérise par des pratiques politiques radicalement différentes, en mal de démocratie participative… « Je me sens aujourd’hui beaucoup plus proche de mes camarades d’EELV que de ceux du Parti de Gauche », confie même une élue municipale de Castres.

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