Les paillettes « écolos » le sont-elles vraiment ?
Marche mondiale pour le climat à Paris, le 24 mai 2019. - © Karine Pierre / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP
Marche mondiale pour le climat à Paris, le 24 mai 2019. - © Karine Pierre / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP
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Tandis que les paillettes en plastique vont peu à peu être interdites, on trouve désormais des alternatives dites sans plastique et biodégradables. Sauf qu’elles ne sont pas toutes aussi vertueuses qu’elles le prétendent.
« Effet féerique garanti », « Habillez votre regard de mille feux »… Les paillettes sont de toutes les fêtes, d’Halloween aux réveillons en passant par les festivals et même les courses à pied. Mais derrière leur éclat, se cache une face moins brillante : le polyéthylène téréphtalate (PET), une matière plastique avec laquelle elles sont fabriquées. Quand la soirée est finie, elles vont polluer les eaux, le sol ou l’air, à l’image de tous les microplastiques.
À ce titre, elles font partie des produits que l’Union européenne a décidé d’interdire très progressivement. Face à cette fin annoncée, des marques commercialisent désormais des paillettes présentées comme « sans plastique » et « biodégradables ». Différentes méthodes existent pour obtenir des microparticules brillantes sans PET. Pour autant, très peu sont satisfaisantes à 100 %. Atouts, défauts : Reporterre a scruté la liste d’ingrédients de ces paillettes « écolos ».
Pulpe d’eucalyptus, sucres fermentés...
Une grande partie de ces nouvelles paillettes sont fabriquées à partir de pulpe de bois, également appelée cellulose régénérée de bois ou rayonne. C’est la technologie proposée par l’un des rares fabricants en Europe, Bioglitter, installé en Allemagne et auprès de qui se fournissent des marques comme Si Si La Paillette, Paillettes Pompettes ou encore Ma Paillette.
Il utilise principalement un bois réputé pour sa dureté, l’eucalyptus, et provenant de plantations gérées et certifiées PEFC, explique à Reporterre Lorène Pernet, fondatrice de Si Si La Paillette. « Il privilégie l’Europe si possible, mais le bois peut parfois venir du Brésil. » Celle-ci décrit le processus : « Une feuille très fine est fabriquée à partir de ce bois qu’on va ensuite traiter pour la faire briller, soit avec de la gomme aluminium, soit avec de la gomme-laque, puis broyer en fines paillettes de forme hexagonale. »
La gomme-laque (aussi appelée shellac) est issue des sécrétions résineuses d’une cochenille asiatique. « Notre fournisseur nous a indiqué que sa gomme-laque provenait d’insectes élevés dans des fermes en Inde », précise la marque. Bioglitter certifie que le processus de récolte « ne cause aucun dommage, aucune détresse ni aucune interruption du cycle de vie de ces insectes. Il s’agit d’un processus naturel et respectueux de l’environnement ». Mais pas vraiment végane, pour celles et ceux qui se soucient du bien-être animal.
Plutôt que la cellulose de bois, certaines marques comme Bys Maquillage optent pour l’acide polylactique (PLA), un composé très rigide issu de la fermentation des sucres alimentaires de la betterave, du maïs ou encore de la canne à sucre. Comme pour la rayonne, à cette base biosourcée sont ajoutés des colorants pour proposer une large gamme de couleurs et des vernis. C’est là que le bât blesse : les paillettes dernière génération contiennent très souvent des substances pas si naturelles comme des styrènes, des acrylates copolymer ou des polyuréthanes.
Un colorant sous forme de nanomatériau
« Certains polymères sont encore autorisés, reconnaît Lorène Pernet. Certes, ce n’est pas le produit parfait, mais au global, il est beaucoup mieux que les paillettes d’avant. »
Pour Anne Dubost, rédactrice du site La Vérité sur les cosmétiques, « la base en cellulose de bois est bien, mais si on remet des polymères de synthèse à la place du PET, ça n’a pas de sens ». Celle-ci pointe, par ailleurs, la présence du colorant noir de carbone sous forme nano (CI 77266) dans certaines références, comme les paillettes Mercredisco de Si Si La Pailettte ou les paillettes noires de Bys Maquillage. Elle considère qu’on pourrait facilement s’en passer dans ce type de produits, compte tenu des incertitudes qui existent autour de l’innocuité des nanomatériaux : « Personnellement, je conseillerais plutôt de choisir un produit sans nanoparticules. »
Parmi les autres composés, on trouve souvent du dioxyde de titane, élément qui fait l’objet de nombreuses controverses. « Tant qu’il n’est pas sous forme de poussière microscopique ou nano, cela ne pose pas de problème particulier, estime Anne Dubost. C’est un minéral largement utilisé comme colorant dans les cosmétiques bio, et qui reste une base indispensable pour le moment. »
Pas toujours biodégradables
Au-delà de la composition se pose la question de la biodégradabilité de ces microparticules. Bioglitter assure que ses paillettes se dégradent « à 90 % en moins de 56 jours dans un environnement naturel d’eau douce, avec des variations dépendant de la chaleur, de l’humidité ou de la concentration de microbes ». Ses produits sont certifiés à ce titre par l’organisme allemand TÜV.
Les marques utilisant du PLA mettent également en avant la dégradation de leurs produits. Mais il faut apporter un gros bémol au terme biodégradabilité, le PLA ne pouvant se dégrader que dans des conditions de compostage industriel où la température doit atteindre les 60 °C, comme l’expliquait à Reporterre Nathalie Gontard, chercheuse à l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae), en 2023.
Par ailleurs, des chercheuses brésiliennes ont publié en septembre 2024 dans Environmental Quality Management les résultats d’une revue d’études sur les paillettes conventionnelles et biodégradables. Leur conclusion est sans appel : « Nous avons observé que plusieurs produits à paillettes sont incorrectement classés comme biodégradables, ce qui démontre la nécessité d’une terminologie normalisée qui reflète avec précision la composition des particules de paillettes. »
Un débat scientifique émerge également sur l’innocuité de ces paillettes dans les milieux aquatiques. Une étude publiée en 2023 dans la revue Ecotoxicology and Environmental Safety a montré que des concentrations élevées de paillettes en cellulose régénérée modifiée pouvaient influer sur la physiologie d’une plante d’eau douce.
Quand les brillants proviennent du travail des enfants
Il existe une troisième alternative sans plastique : le mica, un minéral qu’on trouve déjà dans la nature. Selon Anne Dubost, un seul produit avec paillettes bénéficie actuellement de la certification bio Cosmos Organic et il est justement à base de mica. Il s’agit de paillettes sous forme d’huile de la marque Comme avant. « Tant qu’on n’a pas plus de produits certifiés bio, c’est au consommateur d’être vigilant et de trouver les produits intermédiaires les moins nocifs possible. C’est important qu’il vérifie la composition des paillettes qu’il achète et fasse son choix au cas par cas », juge Anne Dubost.
Toutefois, elle alerte sur le fait que le mica, souvent issu de mines en Inde, peut impliquer le travail des enfants. « Parce que l’exploitation du mica naturel est malheureusement souvent associée au problème du travail des enfants, nous avons décidé de supprimer cet ingrédient de l’ensemble de notre chaîne de production », écrit ainsi la marque Lush sur son site. Elle a décidé de recourir à un mica de synthèse : le fluorphlogopite synthétique, composé de feuilles de silicate de magnésium et d’aluminium ainsi que de potassium.
Bioglitter, lui, assure à ses clients que les micas qu’il leur fournit « sont extraits et transformés en Amérique du Nord selon des critères responsables en matière de santé et de sécurité, de travail et d’environnement ».
Que choisir, donc ? « Pour les personnes très puristes, les paillettes les plus propres aujourd’hui sont celles qui sont certifiées Cosmos Organic, explique Anne Dubost. Quant aux autres alternatives, il faut accepter les limites de leur formulation, et la présence de certains ingrédients moins écolos. »
Les paillettes en plastique ont encore de beaux jours devant elles
Depuis le 17 octobre 2023, les paillettes en vrac (on parle de paillettes « libres ») intégrant du plastique ne peuvent plus être mises sur le marché. Cette interdiction est inscrite dans un règlement européen publié en 2023. Mais on en trouve encore très facilement, notamment sur des sites en ligne. Et pour cause : le règlement européen autorise les distributeurs à vendre leurs stocks… sans aucune date limite !
Quant aux paillettes intégrées dans les cosmétiques — et qui représentent la plus grande part du marché —, elles bénéficient d’une période transitoire. Les gels douche et shampoings pourront ainsi continuer à contenir ces microplastiques jusqu’en octobre 2027, les crèmes et huiles jusqu’en octobre 2029 et le maquillage, le rouge à lèvres et le vernis à ongles jusqu’en 2035. Soit un délai de douze années après l’entrée en vigueur de la réglementation, pour que les fabricants puissent « disposer de suffisamment de temps pour mettre au point des solutions de remplacement appropriées et limiter les coûts pour l’industrie », selon les autorités européennes.
Anne Dubost déplore ces délais à rallonge : « L’interdiction ne fait plus vraiment sens. On va continuer à trouver des microplastiques polluants dans énormément de cosmétiques jusqu’en 2035. » Quant à la mention « Ce produit contient des microplastiques », elle ne sera obligatoire sur les emballages qu’à compter d’octobre 2031. Soit huit années pour que le secteur soit enfin obligé d’informer les consommateurs.