Les ports européens sont devenus un problème environnemental

4 juin 2014 / Lorène Lavocat (Reporterre)

Les ports, devenus pour beaucoup des complexes industriels, sont des « points noirs » sur le plan environnemental. Pourtant, à force de réglementation et de labels, ils tentent d’opérer une mutation verte. Mais la croissance du commerce international rend toujours plus lourde leur empreinte environnementale.


Loin de l’image d’Épinal des voiles qui claquent au vent et des étals de pêcheurs, les ports sont aujourd’hui devenus des zones industrielles. Les raffineries s’installent près des docks. Les entreprises agroalimentaires côtoient les marchés de poissons. Les conteneurs remplacent les chalutiers.

La mondialisation se cristallise dans nos ports, traits d’union entre le global et le local. D’après un rapport de la Commission européenne (2013), près des deux tiers des marchandises produites à l’extérieur de l’Union arrivent par voie maritime. Soit 3,7 milliards de tonnes en 2011, qui s’écoulent sur le continent à partir des quelques 1200 ports commerciaux. Ceux d’Europe du Nord, Rotterdam, Anvers, Hambourg, constituent la deuxième façade maritime mondiale (INSEE).

Les villes côtières d’Asie du Sud-Est, Singapour en tête, mènent la danse et imposent une cadence effrénée à notre vieux continent. Pour rester dans la course mondiale, il faut s’étendre, afin d’accueillir au mieux les nouveaux géants des mers et leurs conteneurs démesurés.

Quitte à se retrouver sur-dimensionné, comme l’explique l’Institut supérieur d’économie maritime Nantes-Saint-Nazaire (Isemar) : « il y a en Europe une surcapacité, due à un développement trop rapide ». Pourtant, les prévisions de la Commission européenne promettent un avenir radieux : le trafic maritime devrait augmenter de plus de 50% d’ici à 2030.


- Après une forte croissance, les marchandises affrétées par conteneurs arrivent aujourd’hui au ralenti. (source : Isemar) -

Mais cette croissance n’est pas sans incidence sur le milieu marin. Selon un rapport du programme PISTE (Port-industrie-société-territoire-environnement), à paraître prochainement, « les ports de commerce sont aujourd’hui sous la double contrainte d’un accroissement des échanges mondiaux et de nouvelles exigences relatives à l’environnement et à la qualité de vie ».

De fait, les résistances locales se multiplient, comme en Italie à Fiumicino. « Les ports sont les points noirs du littoral sur le plan environnemental », conclut le rapport.

Le port « point noir sur le plan environnemental »

Artificialisation du littoral, pollutions des eaux et de l’air, dégradation des écosystèmes... la liste des griefs à l’encontre de l’industrie portuaire est longue. Il y a d’abord bien sûr les impacts liés directement à l’activité de stockage, d’entretien ou de déchargement des navires.

« Les émissions de poussière, la gestion des déchets, et le déversement souvent accidentel de produits toxiques comme des hydrocarbures sont les principaux risques », constate Delphine Dréan, animatrice Qualité, sécurité et environnement à la Chambre de commerce et de l’industrie du Morbihan (CCI), qui gère la rade de Lorient.


- Une trémie permettant la cargaison et le déchargement de ciment à Lorient. Lors des échanges de marchandises à quai, des déversements peuvent produire des pollutions -

Autre pratique souvent pointée du doigt, le dragage, une opération qui consiste à extraire les sédiments déposés au fond de l’eau. En plus de bouleverser l’écosystème sous-marin, les boues prélevées peuvent contenir des métaux lourds ou du pétrole. La peinture antifouling, qui recouvre la plupart des bateaux, est également connue pour sa toxicité.


- Le dragage permet d’entretenir les chenaux du port -

Les défis environnementaux ne sont pas l’apanage de Rotterdam ou du Havre. Les ports de plaisance sont aussi confrontés à la gestion des déchets et des eaux usées. Mais comme le rappelle Véronique Tourrel, responsable Environnement à la Fédération française des ports de plaisance, « le problème n’est pas tant au niveau des bateaux qui sont à quai. Le port est le point bas d’un territoire, il recueille toutes les saletés produites en amont. »

Ainsi, 80% des pollutions marines sont d’origine terrestre, et parviennent à l’océan via le ruissellement. « Beaucoup de dégâts sont provoqués par des entreprises qui travaillent sur le port, comme les industries agroalimentaires, précise Delphine Dréan. L’activité portuaire stricto sensu n’est pas ce qui pollue le plus. »

Vers des ports durables ?

« Le port se préoccupe du milieu fragile dans lequel il se situe », affirme Véronique Tourrel. Elle est à l’origine, en tant que déléguée générale de l’Union des ports de plaisance de Provence-Alpes-Côte d’Azur (Upaca), du label européen « Ports propres », qui certifie « l’excellence environnementale ». Lutte contre les pollutions chroniques et accidentelles, formation du personnel, sensibilisation des usagers. « Il s’agit d’une gestion draconienne ».

Plus connue, la campagne Pavillon bleu, créé en 1985, est le premier écolabel du monde. En France, plus de 90 stations sur 300 arborent le fanion. « Nous voulons développer une pédagogie par l’exemple, explique Thomas Joly, responsable du label. Le but est de promouvoir des démarches irréprochables ». Comme la mise en place de cuve de récupération des eaux usées dans les ports.


- Le port de Paimpol est labellisé Pavillon Bleu -

Symbole d’une nature vulnérable qu’il faut sauvegarder, la mer est protégée par une barrière de corail législative et réglementaire. Grenelle de la mer, convention OSPAR pour la protection du milieu marin de l’Atlantique Nord-Est, ou convention Marpol (Marine pollution) de l’Organisation maritime internationale...

La multiplication des normes témoigne d’une prise de conscience globale de la nécessité de choyer nos côtes et nos fonds marins. Mais c’est avant tout l’argument marketing qui fait mouche. « La gestion environnementale est un atout commercial dans un contexte de compétition pour le tourisme », explique Thomas Joly. « La mer doit rester attractive », poursuit Véronique Tourrel.

Côté ports industriels, il s’agit moins de marketing que d’une pression croissante des habitants et des associations. « Il est aujourd’hui difficile de ne pas se montrer proactif en matière d’environnement », confirme Delphine Dréan. Cette prise en compte croissante de la protection du milieu marin semble en tous cas porter ces fruits. « Des progrès considérables ont été faits », assure Mme Dréan.


- Le port de commerce de Lorient a mis en place des règles environnementales comme la norme ISO 14001 -

Surtout, le port s’inscrit dans un territoire plus large. Le programme PISTE insiste ainsi sur la nécessité d’un « triptyque portuaire durable » : « au centre du triptyque, le territoire portuaire lui-même, et les espaces industriels associés ; le volet marin, avec les chenaux d’approche ; et le volet terrestre, avec les voies de communication vers ou depuis l’arrière-pays. »

Développer des modes de transport plus responsables pour acheminer les marchandises, réduire l’empreinte carbone du transport maritime... Sur tous ces aspects, note le rapport, la France accuse « un certain retard », en comparaison avec ses voisins d’Europe du Nord. Parmi les préconisations, favoriser le transport fluvial et ferroviaire, comme alternative aux camions.

Rotterdam et Paimpol, Marseille et Amfilokhia (Grèce)... chaque port a sa particularité, et il semble difficile de comparer des complexes industriels à des petites stations balnéaires. Pourtant, tous sont des points d’échanges entre la terre et la mer, des ponts entre l’homme et son milieu, et à ce titre, ils ont un défi commun à relever : celui de la préservation du littoral.



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Source : Lorène Lavocat pour Reporterre

Photos : Wikimedia commons, sauf trémie et port de Lorient : CCI du Morbihan.

Lire aussi : En Italie, un projet de port inutile dégrade la côte romaine


Cet article a été rédigé par une journaliste professionnelle et a entrainé des frais. Merci de soutenir Reporterre :

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