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Les primaires à gauche, mal en point, sont dépassées par Nuit debout

19 avril 2016 / par Barnabé Binctin (Reporterre)



Les initiateurs de la primaire de gauche organisaient samedi 16 avril au théâtre de la Porte Saint-Martin, à Paris, une journée de débats. Sans grand espoir de relance du processus, et singulièrement déphasés par rapport au mouvement Nuit debout, à quelques centaines de mètres du théâtre.

- Paris, reportage

« Il est possible que ce soit impossible. » Sur l’estrade, Daniel Cohn-Bendit concluait la journée organisée à Paris par Alternatives économiques et Libération dans le cadre de la « primaire de gauche et des écologistes ». Il a confirmé son « pessimisme », au sujet du processus des primaires à gauche. En janvier, il avait été l’un des initiateurs de cette démarche.

Il s’agissait de permettre aux partis de gauche et écologistes de désigner un candidat unique pour les représenter lors du premier tour de l’élection présidentielle de 2017. Mais depuis, le projet capote. D’abord sur le périmètre de la primaire : certains souhaitent en exclure le Parti socialiste et les candidatures de MM. Hollande ou Valls, telle Clémentine Autain. D’autres, comme Daniel Cohn-Bendit, pensent au contraire que la participation du parti de gouvernement actuel est la condition sine qua non pour porter une candidature solide face à la droite et à l’extrême-droite. « Si Hollande vient à la primaire, il la perdra ! » a ainsi dit Julia Cagé, économiste également à l’origine de cet appel. Mais l’accord ne se trouve pas.

De surcroît, la candidature à la présidentielle de Jean-Luc Mélenchon, annoncée le 10 février, a torpillé le processus.

Non-signataire car reprochant à la primaire de « surprésidentialiser » la séquence politique, Thierry Pech, directeur du think tank Terra Nova, proche du Parti socialiste, était néanmoins présent ce samedi et a rappelé l’enjeu : «  Si les différentes familles de gauche ne s’entendent pas, on est au seuil d’une profonde recomposition du paysage politique. »

Dans ce contexte, les appels se sont multipliés ces dernières semaines pour maintenir cet espace de réflexion et en faire « une primaire des idées », selon l’appel publié dans le JDD au début du mois d’avril.

Le vivre-ensemble, l’Europe, le modèle social… Plusieurs conférences thématiques étaient ainsi organisées tout au long de la journée, au théâtre de la Porte Saint-Martin. En début d’après-midi, l’une était entièrement consacrée à la question écologique. À la question « Que faire face à la crise écologique ? » Yannick Jadot, eurodéputé EELV et l’un des signataires à l’origine de ces primaires, a souligné la prise de conscience citoyenne de ces enjeux : « En Allemagne, 50 % des énergies renouvelables sont possédés par les citoyens dans des coopératives. Ce faire-ensemble est au cœur d’un nouveau modèle qui s’oppose au système centralisé détenu par un oligopole de géants du pétrole. »

Aurélie Trouvé, chercheuse sur les politiques agricoles et ancienne présidente d’Attac, a jugé que l’État avait encore de larges possibilités d’agir : « Sur une problématique comme l’environnement, il y a une grande responsabilité du gouvernement. » Prenant exemple sur le secteur agricole, elle a estimé que les solutions sont connues : « La ferme des 1.000 vaches crée dix fois mois d’emplois par litre de lait produit qu’une exploitation bio. Ce n’est pas un problème technique, c’est un problème de courage politique. »

« Répondre à l’urgence écologique, c’est remettre en cause profondément le système »

Pour Guillaume Duval, rédacteur en chef d’Alternatives économiques, « en matière de politique environnementale, nous avons beaucoup de retard sur nos voisins européens » ; et de citer le mauvais classement de la France sur la fiscalité environnementale (26e sur… 27), l’étalement urbain, le retard sur la lutte contre les pesticides. En cause ? « Une gauche encore très productiviste », dixit Guillaume Duval, tandis qu’Aurélie Trouvé exhorte la gauche à ne plus considérer l’écologie « comme un supplément d’âme » : « Au contraire, l’écologie est centrale dans la réflexion sur les conditions de production. […] Répondre à l’urgence écologique, c’est remettre en cause profondément le système. »

« Les primaires sont l’occasion de faire mesurer à la gauche l’ampleur du retard français sur l’écologie », dit Guillaume Duval, qui en appelle à la fin de projets comme Europa City qui « gaspillent les terres agricoles » : « Nous avons un atout formidable : nous sommes un pays rural. Pendant trois siècles, ça a été considéré comme un handicap dans le développement économique du pays. C’est désormais une ressource rare qu’il faut valoriser. »

Un sujet semble faire consensus : le nucléaire, sur lequel « la gauche doit abandonner une vision techniciste et encore largement partagée », selon Aurélie Trouvé. « La question de la sortie du nucléaire n’est pas du tout réglée. Ça devrait nous occuper pour ces primaires », avance de son côté Guillaume Duval. Une femme appelle directement les candidats de la primaire à prendre une vraie position antinucléaire, « sinon, on en sortira jamais ». Salve d’applaudissements.

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A la tribune, les sachants, en bas, les écoutants...

Mais le sujet qui est revenu tout au long de la journée, c’est Nuit debout. Sur l’estrade ou dans le public, le mouvement semble interpeller aussi bien les cadres que les militants des partis. « Il faut regarder du côté de Nuit debout, qui restitue une des valeurs fondamentales de notre génération : la liberté de parole », dit au micro une « ancienne soixante huitarde ». Le déroulement des échanges de ce débat magistral, avec un public râlant à voix haute et coupant la parole pour pouvoir poser des questions, a éclairé, par contraste, l’intérêt de la méthode de prise de parole pratiquée place de la République.

« Nous avons un problème d’image, constate un jeune socialiste lyonnais, à la tribune. Allez à Nuit debout demander ce que sont les primaires qu’on organise, personne ne s’y intéresse. » C’est exactement la raison pour laquelle Nuit debout constitue « une excellente nouvelle », selon Aurélie Trouvé : « Ce sont plein de gens qui s’interrogent sur le modèle de développement. Les politiques ne le font pas, mais les citoyens, oui ! »




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Lire aussi : Yannick Jadot invite Christiane Taubira à se présenter aux primaires de gauche

Source : Barnabé Binctin pour Reporterre

Photos : © Barnabé Binctin/Reporterre

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