Lionel Jospin, défenseur d’une union de la gauche, est mort
L'ancien Premier ministre Lionel Jospin à Paris, le 3 octobre 2023. - © Sarah Meyssonnier / Pool / AFP
L'ancien Premier ministre Lionel Jospin à Paris, le 3 octobre 2023. - © Sarah Meyssonnier / Pool / AFP
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Figure du Parti socialiste (PS), Lionel Jospin est mort le 22 mars à l’âge de 88 ans, a annoncé sa famille à l’Agence France-Presse. Durant sa longue carrière politique, il a notamment été Premier ministre de 1997 à 2002, sous la présidence de Jacques Chirac.
Il s’agissait d’une période dite de « cohabitation », Lionel Jospin étant de gauche, tandis que le chef de l’État appartenait à la droite. Elle faisait suite à la victoire de la « gauche plurielle » (alliance entre le Parti socialiste, les Verts, les communistes, le Mouvement des citoyens et le Parti radical de gauche) aux élections législatives anticipées de 1997, après la dissolution de l’Assemblée nationale par Jacques Chirac.
C’est cette période qui a permis, pour la première fois en France, l’entrée de personnalités écologistes au gouvernement : la membre des Verts Dominique Voynet a été nommée ministre de l’Aménagement du territoire et de l’Environnement en 1997, un poste qu’elle a conservé jusqu’en 2001 avant de céder sa place à Yves Cochet, lui aussi adhérent des Verts. Ces ministres ont notamment permis l’adoption du protocole de Kyoto (visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre), l’abandon du réacteur nucléaire Superphénix, la « loi Voynet » sur « le développement durable du territoire », la loi sur la chasse ou encore la création de l’Agence bio.
Lionel Jospin était pourtant par ailleurs très ami avec Claude Allègre (le socialiste l’a nommé ministre de l’Éducation nationale en 1997), figure de proue du climatoscepticisme. À partir des années 2000, Claude Allègre s’est opposé à une communauté scientifique unanime sur la réalité du changement climatique et son origine anthropique. Il a propagé une rhétorique qui a freiné les efforts de sensibilisation et d’action face à l’urgence climatique.
Lionel Jospin s’était retiré de la vie politique en 2002, après son élimination surprise dès le premier tour de l’élection présidentielle (16,18 %). Il était arrivé derrière Jacques Chirac (19,88 %) et le candidat du Front national Jean-Marie Le Pen (16,86 %). Il avait appelé à voter Jacques Chirac, pour faire barrage à l’extrême droite. Plusieurs partis de gauche s’étaient présentés à l’élection présidentielle, dispersant les voix de son électorat.
Faire l’union
Dans une longue interview accordée au Nouvel Obs en 2020, Lionel Jospin estimait que « la gauche a gouverné la France seulement lorsqu’elle s’est rassemblée. [...] Pour réunir les Français, une gauche sociale et écologique doit se construire et se montrer audacieuse et réaliste. L’incantation ne suffira pas ».
À l’époque, Les Écologistes venaient de remporter plusieurs mairies de grandes villes — un exploit qu’ils n’ont pas totalement réussi à reproduire le 22 mars 2026, jour de la mort de Lionel Jospin. « Le fait pour les écologistes d’avoir conquis des grandes villes comme Lyon, Bordeaux ou Strasbourg ou d’avoir conservé brillamment Grenoble est un accomplissement heureux, disait encore Lionel Jospin en 2020. Ils auront à se déprendre de leurs travers anciens car avant même d’espérer rassembler, il faudra qu’ils s’entendent. »
Sur la nécessité d’agir rapidement pour limiter le changement climatique, Lionel Jospin pensait en 2020 que « les forces de résistance sont considérables. Le capitalisme est dominé par la recherche du profit à court terme. Des intérêts puissants s’emploient à freiner l’action possible des gouvernements et ils pèsent à l’évidence sur le nôtre. Il y a un écart fort entre les paroles et les actes du pouvoir. Par exemple, nous ne tenons pas nos engagements de réduction des gaz à effet de serre. À tel point qu’on peut craindre pour la France un rendez-vous manqué avec la transition écologique ». Une situation toujours d’actualité six ans plus tard.
Unioniste convaincu, il avait soutenu la création de la Nupes (Nouvelle union populaire écologique et sociale) qui avait regroupé pour les élections législatives de 2022 le Parti socialiste, le Parti communiste français, La France insoumise et Les Écologistes. Même chose deux ans plus tard, lors de l’instauration du Nouveau Front populaire, après la dissolution de l’Assemblée nationale par Emmanuel Macron, et les élections législatives anticipées.
Hommages
Interrogée par France 3 Bourgogne France-Comté, Dominique Voynet a rendu hommage à Lionel Jospin. « Jamais je ne l’ai vu me dire : “Je ne te donne pas raison au gouvernement parce que ton parti [Les Écologistes] est un petit parti”, raconte-t-elle. Il écoutait les arguments, il cherchait à comprendre et c’est ce respect pour l’ensemble des interlocuteurs qui a permis peut-être de faire fonctionner pendant plusieurs années un gouvernement où il y avait des gens aussi différents que [Jean-Pierre] Chevènement [Mouvement des citoyens] ou moi. »
« Lionel Jospin était un monstre sacré de la gauche française, a réagi Marine Tondelier, patronne des Écologistes. Premier ministre de la gauche plurielle pendant cinq ans, le bilan de ses conquêtes sociales est d’une ampleur qui paraît presque irréelle aujourd’hui. » Elle cite l’instauration des semaines de travail de 35 heures, de la CMU (couverture maladie universelle) et du pacs. De son côté, l’insoumis Jean-Luc Mélenchon a salué « l’homme des 35 heures, de l’alliance rouge rose vert, du refus de toucher à l’âge de départ à la retraite ».