Loi Duplomb : le malaise de ces députés qui ont voté pour
Le député Gabriel Attal, le 8 juillet 2025 à l'Assemblée nationale. - © Guillaume Baptiste / AFP
Le député Gabriel Attal, le 8 juillet 2025 à l'Assemblée nationale. - © Guillaume Baptiste / AFP
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Interpellés en masse par des citoyens, les députés qui ont voté la loi Duplomb oscillent entre silence, fébrilité et agressivité. Le signe d’un malaise au sujet d’un texte qui réautorise des pesticides et promeut les mégabassines.
« Honte à vous ! » « Je suis profondément en colère », « Je ne comprends pas », « Quelle déception... » Depuis l’adoption de la loi Duplomb le 8 juillet à l’Assemblée nationale, nombreux sont les citoyens et citoyennes mécontents à avoir interpellé leurs députés pour leur demander des comptes, avec cette question brûlante : pourquoi avoir voté cette loi qui facilite l’usage de pesticides cancérigènes et néfastes pour l’environnement, tels que l’acétamipiride ? Absence de réponse, gêne, fébrilité, voire menaces... Les réactions des députés traduisent un certain malaise.
C’est ce qu’a constaté Éléonore [1], 37 ans, pour qui ce vote est « déshonorant ». Grâce à la plateforme Parlementerre, lancée par l’association Agir pour l’environnement, elle raconte avoir interpellé une quinzaine de députés macronistes ayant voté pour, dont deux seulement ont répondu. L’une, Maud Bregeon, élue des Hauts-de-Seine, a expliqué qu’il s’agissait d’une erreur de comptabilisation de son vote par l’Assemblée, alors qu’elle se dit « totalement opposée » à cette loi.
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L’autre, le député du Nord Vincent Ledoux, « paraissait un peu gêné », selon la jeune femme. Dans une réponse courte et rapide, il a tenté de se justifier : « Le cancer touche toutes nos vies et je n’aborde jamais ces sujets à la légère. Mon vote n’était en aucun cas un blanc-seing à l’agrochimie, mais le résultat d’un travail attentif visant à encadrer, limiter et mieux contrôler certains usages, tout en accompagnant une transition agricole nécessaire. »
Des plateformes en ligne pour interpeller les députés
Comme Éléonore, de nombreuses personnes ont interpellé leurs députés via des plateformes Parlementerre ou Shaketonpolitique, lancée par l’association Générations futures, qui permet également de remercier les députés qui ont voté contre et de télécharger des affiches avec leur nom et la mention « Votre députée a voté pour la réintroduction des pesticides tueurs d’abeilles qui menacent la santé de toute la biodiversité. Lors des prochaines élections, souvenez-vous-en. ».
« Nous sommes à 304 279 interpellations. C’est une explosion jamais enregistrée sur notre plateforme, constate Hélène Mocquillon, chargée de communication de Générations futures. À titre d’exemple nous étions à 146 038 concernant la proposition de loi PFAS en février 2025. » De son côté, Agir pour l’environnement a enregistré 42 000 visiteurs uniques sur sa plateforme.
Ces initiatives ne plaisent pas à tout le monde. Si la plupart des députés sollicités ne prennent pas la peine de répondre, certains réagissent de façon épidermique, menaçant même de poursuivre en justice pour diffamation les personnes les ayant interpellés. C’est ce qui est arrivé à Élodie Tribut, une artiste plasticienne de Haute-Savoie qui travaille sur les oiseaux et se sent à ce titre personnellement touchée par la loi Duplomb, du fait de ses effets sur la biodiversité.
Elle a publié un post sur Instagram intitulé « Le printemps sera bientôt silencieux », en identifiant entre autres la députée (Les Républicains) de son département Virginie Duby-Muller. Cette dernière lui a ensuite écrit en privé : « Je signale vos menaces au procureur. Votre post est insultant. » Contactée, Virginie Duby-Muller n’a pas répondu aux sollicitations de Reporterre.
De même, une bénévole de Générations futures souhaitant rester anonyme a placardé l’affiche téléchargeable de son député ayant voté la loi sur la devanture de son magasin bio. Peu de temps après, elle a été menacée de plainte pour diffamation par son député et son maire (tous deux Horizons) via des messages privés sur les réseaux sociaux.
« Nous avons l’agriculture la plus saine et la plus durable au monde »
Il y a aussi ces députés qui se fendent de longs argumentaires pour justifier leur vote. Certains se veulent rassurants : « Nous avons l’agriculture la plus saine et la plus durable au monde » (Anne-Sophie Ronceret, députée Ensemble pour la République des Yvelines), « Jamais je ne voterai une loi dont je considère qu’elle pourrait être dangereuse pour les Français » (Gabriel Attal, député Ensemble pour la République des Hauts-de-Seine).
D’autres sont plus sur la défensive : « Contrairement à des contre-vérités qui ont été diffusées, le texte adopté hier concilie le soutien nécessaire à nos agriculteurs confrontés à des défis immenses et la protection de nos ressources naturelles et de notre santé, au cœur de nos priorités » (Jérémie Patrier-Leitus, député Horizons du Calvados).
Certains, enfin, jouent la carte du soutien aux agriculteurs, pourtant premières victimes des pesticides : « Oui, il faut changer les règles européennes. Oui, il faut que les normes soient les mêmes pour tous. Mais en attendant, ici et maintenant, vous ne pourrez pas compter sur moi pour sacrifier nos agriculteurs. » (Violette Spillebout, députée Ensemble pour la République du Nord).
« On dirait que certains parlementaires découvrent que le scrutin est public »
Mais aucun de ces quatre élus ne mentionne le mot « cancer ». Or, des associations de médecins, des scientifiques, des chercheurs du CNRS et la Ligue contre le cancer s’inquiètent des effets de cette loi sur la santé humaine.
« On dirait que certains parlementaires découvrent que le scrutin est public, juge Stephen Kerckhove, directeur général d’Agir pour l’environnement. Ils ne peuvent pas être surpris que leur vote entraîne des réactions extrêmement vives. De la colère, même. On ne peut pas en permanence être les petits soldats de l’agrochimie et penser que ça ne se verra pas. Nous, on n’oubliera pas, et aux prochaines élections, on saura le leur rappeler. »
Plusieurs partis de gauche ont saisi le Conseil constitutionnel, qui doit encore se prononcer sur cette loi avant sa validation définitive.