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Politique

Marine Tondelier à un dîner lié à l’extrême droite catholique : la gêne persiste chez Les Écologistes

Marine Tondelier (Les Écologistes) a participé au Dîner des bâtisseurs, fin 2025, réunissant des leaders catholiques dont certains ont des liens avec l'extrême droite.

La venue de Marine Tondelier au Dîner des bâtisseurs, fin 2025, ne passe toujours pas chez Les Écologistes. Cet événement, réunissant 600 leaders catholiques, a des liens avec les milliardaires réactionnaires Pierre-Édouard Stérin et Vincent Bolloré.

« La réalité, c’est que cette information nous fait honte. » Pour comprendre ce malaise exprimé par une militante écologiste, il faut remonter le temps. À commencer par le 27 novembre, lorsque Marine Tondelier participait au Dîner des bâtisseurs regroupant une partie des élites catholiques françaises, comme l’a rapporté le journal La Croix, dont certains ont des liens avec l’extrême droite. Seulement, chez Les Écologistes, la venue de la cheffe de file du parti passe mal.

La raison ? La présence de certaines figures proches de l’extrême droite interroge. L’événement se prétend apolitique mais, en 2024, le milliardaire à l’agenda réactionnaire Vincent Bolloré était présent. Lors de la première édition, en 2023, c’est le milliardaire Pierre-Édouard Stérin qui était de la partie. Ce libertarien anti-IVG qui a fait fortune dans les Smartbox prévoit d’injecter 150 millions d’euros pour faire gagner 300 villes au Rassemblement national lors des élections municipales de 2026, comme l’a révélé le journal L’Humanité.

L’ombre de Bolloré et Stérin

Sur la boucle de mails du conseil fédéral des Écologistes, certains exigent une justification quant à la participation de Marine Tondelier à ce dîner. « Le parti donne la consigne de ne pas aller dans les médias d’extrême droite, donc pourquoi Marine Tondelier se rend-elle à un tel événement ? » réagit auprès de Reporterre une militante du courant Radicalement vôtre, qui défend une « écologie radicale ». D’autant que le profil de certains des organisateurs, et leurs accointances avec Pierre-Édouard Stérin et Vincent Bolloré, sèment le doute.

Lire aussi : Le milliardaire d’extrême droite Stérin veut créer une école de « lutte idéologique » en Sologne

Créé en 2023 par une bande de quatre amis, le Dîner des bâtisseurs est une soirée mondaine annuelle soutenue par la Conférence des évêques, regroupant près de 600 leaders catholiques. « Nous réunissons des catholiques qui s’engagent et ont un pouvoir d’influence important », résume Louise Chaulin, conseillère en communication et secrétaire de l’association.

Lors de l’édition de 2025, les convives ont également pu apercevoir l’humoriste Gad Elmaleh ; l’évêque d’Ajaccio, le cardinal François Bustillo ; le PDG de Carrefour, Alexandre Bompard ; l’ancien ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau (LR) ; la ministre de l’Agriculture Annie Genevard ; ou encore le député Rassemblement national (RN) Franck Allisio. À table, les discussions étaient animées par un responsable autour de la notion d’espérance. Des personnalités sont également venues prendre la parole, comme Mgr Jacques Mourad, archevêque de Homs (Syrie) et ancien otage de Daech.

Soutien des mouvements traditionalistes

Marine Tondelier, qui y participait pour la deuxième année consécutive, n’a pas souhaité répondre aux questions de Reporterre. Dans les colonnes de Mediapart, elle expliquait s’être inquiétée, en amont, de liens potentiels avec Pierre-Édouard Stérin. Ce à quoi Louise Chaulin lui aurait répondu : « Non pas du tout, je ne l’ai jamais vu de ma vie. » À sa sortie de la salle de l’Élysée Montmartre, où s’est tenu l’événement, la candidate à l’élection présidentielle de 2027 aurait « parlé aux quatre cofondateurs » qui lui auraient « redit la même chose ».

Derrière l’association qui abrite le Dîner des bâtisseurs, on trouve : le président Jérémie Berthon, cadre chez Axa ; le vice-président Stanislas Billot de Lochner, cofondateur de la start-up Obole ; le trésorier Jonathan Langlois, animateur d’un podcast soutenu par le diocèse de Paris ; et Louise Chaulin, secrétaire et conseillère en communication.

Nuit du bien commun, réseaux anti-avortement...

« Le Dîner ne revendique rien, son seul objectif est de fédérer les forces vives du catholicisme en France », détaille Louise Chaulin. Cette dernière omet de préciser que plusieurs figures de la galaxie de Pierre-Édouard Stérin se retrouvent derrière l’organisation de l’événement. À commencer par Stanislas Billot de Lochner, qui a créé en 2017, aux côtés de Thibault Farrenq et de Pierre-Édouard Stérin, La Nuit du bien commun via sa start-up Obole. Prétendument, là encore, apolitique, cet événement caritatif soutient notamment des associations proches des réseaux catholiques traditionalistes et des mouvements anti-avortement tels que Familya, la Maison de Marthe et Marie, Laissez-les servir, ou le réseau d’écoles hors contrat aux valeurs réactionnaires Excellence Ruralités.

Au capital d’Obole on trouve donc, depuis 2020, Pierre-Édouard Stérin, à hauteur de « moins de 2% », précise Stanislas Billot de Lochner, mais également Vincent Bolloré, propriétaire du groupe Canal+, qui assume de se servir de ses médias « pour mener un combat civilisationnel ». Selon les informations révélées par Mediacités mi-décembre, le groupe Bolloré est actionnaire d’Obole à hauteur de 29,26 % depuis 2024. Joint par Reporterre, le groupe n’a pas donné suite.

Des actionnaires réactionnaires

Autre information soulevée par le journal d’investigation local : la famille Michaud, argentière emblématique de l’extrême droite radicale, est aussi actionnaire d’Obole depuis 2021. Ce soutien se fait à travers la Financière de Rosario. Fondée par une figure du Groupe union défense (GUD) — du nom de ce groupuscule violent d’extrême droite —, Jean-François Michaud, elle est aujourd’hui dirigée par son fils, Édouard Michaud, un ancien cadre du groupe Génération identitaire et des néonazis des Zouaves Paris. La Financière de Rosario, encore au capital jusqu’en 2023 d’après Mediapart, n’est plus actionnaire d’Obole, affirme Stanislas Billot de Lochner à Reporterre.

D’après les informations de Reporterre, Stanislas Billot de Lochner n’est pas le seul lien entre le Dîner des bâtisseurs et Obole. À sa genèse, le chef de projet de l’association était Thibaut Vercken : responsable de projets stratégiques d’Obole de 2022 à novembre 2025. Autre figure réactionnaire : les formalités administratives de création de l’association ont été faites par Lionel Devic, membre du cabinet Delsol Avocats, et administrateur de La Nuit du bien commun jusqu’en 2025. L’avocat fiscaliste est également derrière la création de la Fondation pour l’école, acteur phare de l’enseignement hors contrat traditionaliste.

« Le projet politique de Pierre-Édouard Stérin est très clair, insiste une élue Les Écologistes. Ce n’est pas uniquement un moment entre catholiques, ce sont des gens qui s’organisent de manière efficace. »

Sur le plateau de CNews, en octobre, chaîne du groupe Bolloré, Stanislas Billot de Lochner déclarait à propos des mobilisations contre la tenue de La Nuit du bien commun : « Le prétexte Pierre-Édouard Stérin est devenu un nouvel argument pour taper sur la philanthropie privée. »

Des crispations chez Les Écologistes

« Stratégiquement, la question de l’écologie traverse beaucoup de catholiques aujourd’hui donc, sur le fond, la présence de Marine Tondelier à un événement de réseautage ne semble pas complètement aberrant », souligne la spécialiste du catholicisme Céline Béraud. La sociologue, autrice d’Une religion parmi d’autres (éd. PUF), relève « une nouvelle forme de publicisation chez des politiques de gauche qui, depuis une poignée d’années, n’hésitent pas à parler publiquement de leur foi ». En guise d’exemple, la sociologue cite le cas de Marine Rosset, élue du Parti socialiste dans le 5e arrondissement de Paris, ouvertement lesbienne et qui défend le droit à l’avortement.

Chez Les Écologistes, plusieurs militants regrettent que la présence de leur cheffe de file à ce dîner n’ait fait l’objet d’aucun débat. Ce n’est pas le fait d’afficher sa foi catholique qui pose problème, mais bien les liens avec des figures d’extrême droite à l’agenda politique largement documenté.

« Les organisateurs avaient affirmé à Marine Tondelier qu’il n’y avait aucun lien avec l’extrême droite, donc elle n’avait aucune raison de ne pas venir discuter avec les catholiques, notamment de gauche, qui représentent un vivier d’électeurs comme les autres, rétorque une militante d’Île-de-France. Mais si ces liens sont en fait avérés, alors notre posture ne sera nécessairement plus la même. »

« Il n’est pas ici question de foi, mais de prosélytisme »

Une ligne de crête, au contraire, ambiguë pour Claire Monod, militante et présidente du laboratoire d’idées l’Institut Cité écologique, qui voit dans la venue de Marine Tondelier « un mauvais signal ». « Au moment où l’on combat l’emprise des milliardaires réactionnaires, il n’est pas difficile d’anticiper qu’il n’est pas ici question de foi, mais de prosélytisme : ce sont des gens qui s’organisent pour généraliser l’image d’une France mystifiée au service d’une idéologie », explique-t-elle.

« Il ne faut pas laisser la religion catholique aux fachos, je suis d’accord, mais dans ce cas on peut organiser aussi des événements auprès d’associations catholiques et solidaires classées à gauche », renchérit une élue Les Écologistes.

Dans la lutte contre l’extrême droite, celle qui a affronté Marine Le Pen à trois législatives dans le Pas-de-Calais possède pourtant une certaine expérience. En 2017, alors élue d’opposition au conseil municipal de Hénin-Beaumont, Marine Tondelier publiait Nouvelles du Front (éd. Les Liens qui libèrent), un récit accablant décrivant de l’intérieur l’exercice du pouvoir du Front national.

Convictions personnelles et politiques : une limite fine

Marine Tondelier n’est pas la seule représentante de l’écologie politique à s’être rendue au Dîner des bâtisseurs. En 2023 et 2024, l’ancienne ministre de l’Égalité des territoires et du Logement, Cécile Duflot, en était. Formée au militantisme via la Jeunesse ouvrière chrétienne (JOC), l’actuelle directrice d’Oxfam assume publiquement sa foi depuis longtemps. C’est elle qui a d’ailleurs soufflé le nom de Marine Tondelier aux organisateurs du dîner reposant sur un système de cooptation.

« C’était une expérience humaine enrichissante, j’ai rencontré des personnes avec des opinions différentes, raconte Cécile Duflot à Reporterre. En tant que représentante d’un courant catholique de gauche, j’étais par contre clairement minoritaire. »

Dans un livre publié fin octobre, Gagnons ! (éd. Les Petits matins), Cécile Duflot revient sur son départ du gouvernement en 2014 pour protester contre la nomination de Manuel Valls à Matignon, sous la présidence de François Hollande. Aujourd’hui, elle qualifie son geste d’« erreur politique » aux lourdes conséquences. « Si la remise en question est nécessaire, en affirmant qu’elle n’avait pas assez ouvert son parti en son temps, Cécile Duflot affaiblit la limite entre convictions personnelles et politiques », pointe Claire Monod.

Toujours est-il qu’au Dîner des bâtisseurs, il s’agit de côtoyer des croyants issus d’une certaine classe sociale. Participer à l’événement requiert un budget : comptez 195 euros pour la soirée. Des tarifs préférentiels existent toutefois pour les responsables d’association ainsi que les membres du clergé. Le financement de l’événement se fait grâce à des mécènes privés et au soutien des quatre partenaires : le Collège des Bernardins, le groupe Bayard, Flornoy Ferri et Le jour du Seigneur.

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