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Agriculture

Dermatose bovine : les vétérinaires « pris en étau » entre l’État et les éleveurs

L'Ordre des vétérinaires relate une hausse des menaces depuis le début de la crise de la dermatose nodulaire bovine.

La dermatose nodulaire bovine met les vétérinaires dans une position inconfortable. Entre la politique d’abattage systématique prônée par l’État et l’opposition farouche de nombreux éleveurs, la situation est éprouvante.

Menaces, pressions politiques, charge émotionnelle... Depuis que la dermatose nodulaire contagieuse a fait son apparition dans les élevages français, les vétérinaires se trouvent dans une position inconfortable, entre les injonctions à l’abattage de l’État et la détresse des éleveurs.

« On est pris en étau entre la souffrance du monde agricole d’un côté et le fait de devoir faire notre métier de l’autre », a regretté auprès de l’Agence France-Presse Jean-Yves Gauchot, président de la Fédération des syndicats vétérinaires, qui a porté plainte après une menace de mort.

« C’est une crise qui restera traumatisante dans ma carrière. Nous étions en première ligne pour gérer les questions, le stress, la colère et mettre en place la vaccination obligatoire », raconte à Reporterre une vétérinaire en Haute-Savoie, la première région touchée par le virus pendant l’été, qui souhaite rester anonyme. La spécialiste assure même que cette crise l’a poussée à remettre en question sa pratique en milieu rural, envisageant d’aller exercer en ville.

Et si, dans les Alpes, la politique d’éradication a atteint son objectif puisque l’épidémie a été stoppée, les difficultés s’intensifient dans les départements où la maladie continue à s’étendre. Dans les Pyrénées, les vétérinaires se retrouvent ainsi à nouveau mobilisés.

Vétérinaires volontaires, retraités, militaires…

La pression s’accentue avec la campagne de vaccination, qui concerne 750 000 bovins dans le Sud-Ouest. La ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, a annoncé le 17 décembre sa mise en place « la plus rapide possible », à grand renfort d’annonces sur la création de « task forces » par les préfets et la nomination d’un préfet chargé de coordonner « la cellule interministérielle d’accélération de la vaccination ».

Lire aussi : Agriculture : au-delà de la dermatose, la mobilisation d’un « monde qui se voit mourir »

Cette campagne ratissera large : outre les vétérinaires des services de l’État, des vétérinaires volontaires, retraités ou en activité, des militaires et des élèves vétérinaires sont appelés à se mobiliser, annonce aussi le ministère.

Lourde, cette stratégie va cependant dans le sens de la demande des éleveurs, qui réclament depuis des semaines des vaccinations élargies au-delà de 50 km des zones infectées. En plus des cinq départements touchés (Ariège, Aude, Haute-Garonne, Hautes-Pyrénées, Pyrénées-Orientales), cinq autres ont été ajouté au cordon sanitaire (Gers, Hérault, Landes, Pyrénées-Atlantiques, Tarn).

« Peu de gens soupçonnent la charge de travail et la charge émotionnelle »

Mais les abattages qui se poursuivent cristallisent en revanche des violences, dont les vétérinaires font aussi les frais, avec une hausse des menaces relatée par l’Ordre des vétérinaires.

Dans une lettre ouverte adressée début décembre à la ministre de l’Agriculture, Jacques Guérin, président de cette institution, s’est plaint des « communications haineuses, agressives et récurrentes » qui visent la profession. En particulier sur la toile, avec de nombreuses fausses informations.

Un emballement duquel se sont démarqués les deux syndicats agricoles qui portent la contestation des éleveurs : les porte-paroles de la Confédération paysanne et de la Coordination rurale ont condamné les menaces, rapporte le quotidien régional La Montagne. Mobilisé sur les blocages dans les Pyrénées-Orientales, Jean Quilleret a des mots très durs sur la politique du gouvernement, mais ne fait pas d’amalgame avec les vétérinaires sur le terrain : « Ils sont très mal », reconnaît-il.

Droit de retrait

« Peu de gens soupçonnent la charge de travail et la charge émotionnelle qui tombe sur les vétérinaires, dit la vétérinaire de Haute-Savoie, qui n’a — malgré tout — pas pratiqué d’abattage. J’aime beaucoup le soin individuel, j’ai mes patientes préférées, et si j’avais dû faire des euthanasies de troupeau, j’aurais été dévastée. »

Alors que la tension monte, des vétérinaires en viennent même à invoquer leur droit de retrait, un principe de déontologie qui permet de refuser de pratiquer. L’Ordre des vétérinaires, par la voix de son président, Jacques Guérin, a même rappelé cette possibilité de se soustraire à un abattage, tout en limitant ce droit à des cas de menaces, sauf à renoncer à son mandat sanitaire.

L’Ordre des vétérinaires n’a, à sa manière, pas non plus ménagé ses membres, en leur enjoignant d’exécuter sans discuter la politique gouvernementale. Dès août, un communiqué appelait « les vétérinaires à faire corps au soutien des missions sanitaires de l’État ». Qualifiant les discours de vétérinaires opposés à la politique sanitaire gouvernementale qui ont pris la parole dans les médias de « pseudo-sciences, médecines alternatives, charlatanisme », il menace : « Le président du Conseil national de l’Ordre en tirera les conséquences qui s’imposent ! »

Un avertissement mis à exécution : certains vétérinaires qui ont critiqué publiquement la politique d’abattage total ont effectivement fait l’objet de plaintes disciplinaires, comme l’a rapporté sur BFM-TV le journaliste Ulysse Thevenon, auteur de l’enquête Le Sens du bétail (février 2025, Flammarion). Une information confirmée à Reporterre par deux autres sources, qui ont souhaité rester anonymes.

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