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Agriculture

Miel : le plan de l’État ne répond pas à la crise

Les apiculteurs traversent une crise difficile, notamment à cause des miels importés, qui coûtent peu cher.

Avec une aide de 5 millions d’euros, le gouvernement reconnait les difficultés de la filière apicole. Mais pour une majorité des apiculteurs, les mesures ne répondent pas à la crise, ni à la concurrence des miels étrangers.

Les syndicats agricoles saluent le fait que le gouvernement reconnaisse la crise que traversent les apiculteurs. En témoigne son plan apicole annoncé le 23 février, doté d’un budget de 5 millions d’euros. Mais la majorité d’entre eux assurent que ces mesures ne répondent pas aux causes de ladite crise.

Henri Clément, porte-parole de l’Union nationale de l’apiculture français (Unaf), déplore des « annonces qui relèvent surtout de la communication et restent encore très vagues ». Seule la FNSEA, Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles, « est satisfaite du plan », comme nous le déclare Éric Lelong, président de la Commission apicole du syndicat. Il se félicite de ces annonces qui « répondent à la conjoncture difficile » qu’il explique par un trop-plein dû à « trois bonnes années de récoltes de miel » et aux difficultés des conditionneurs « sous pression de l’augmentation des coûts – en particulier à cause de l’énergie ».

Mais pour les autres syndicats apicoles, le problème est ailleurs : dans l’importation massive de miel étranger à bas prix. Face à cette concurrence, les apiculteurs français n’arrivent pas à écouler leur production : depuis 2020, environ la moitié de la récolte annuelle n’est pas vendue. La Confédération paysanne et l’Unaf, notamment, ont multiplié les actions dans les supermarchés et les marchés. Un exemple ? La Confédération paysanne de l’Aveyron avait retiré tous les pots de miel étrangers du E.Leclerc de Sébazac.

Voilà pourquoi la Confédération paysanne cible « l’achat massif de miels d’imports à très bas prix par les conditionneurs français », dans un communiqué publié le 5 mars. Avec d’autres, le syndicat demande un soutien des prix, notamment en limitant les importations de miels en-dessous du prix de revient du miel français. L’instauration de prix planchers — qui a fait son retour dans l’actualité — est une mesure réclamée de longue date par le syndicat paysan.

Lire aussi : Les « prix planchers », irréalistes ? On ouvre le débat

Ce n’est pas la voie choisie par le gouvernement, qui met sur la table 3 millions d’euros notamment pour des avances de trésorerie. Deux autres millions seront destinés spécifiquement aux apiculteurs de l’arc méditerranéen, dont les récoltes ont fortement souffert, ces dernières années, de mauvaises conditions climatiques.

Une nouvelle intersyndicale des apiculteurs

Quant à l’annonce du gouvernement « d’encourager les partenariats entre producteurs et conditionneurs [les entreprises de l’agroalimentaire qui mettent le miel en pot] », la proposition semble relever de la blague sachant que l’interprofession du miel Interapi explose. Les conditionneurs de miel désertent. Le premier d’entre eux, Famille Michaud, connu notamment pour sa marque Lune de Miel, n’est plus présent depuis que l’entreprise a quitté le Syndicat français des miels, syndicat des conditionneurs. Il a été suivi par d’autres poids lourds du secteur, comme Naturalim. En face, plusieurs syndicats d’apiculteurs ont aussi claqué la porte. Une nouvelle intersyndicale des apiculteurs s’est créée au début de l’année, qui réunit tous les syndicats sauf la FNSEA.

Une autre annonce du gouvernement porte sur la lutte contre les fraudes. Sans précision sur les moyens alloués. La mesure fait pourtant consensus puisqu’une grande partie du miel importé d’Asie est frauduleux, selon une enquête menée par la Commission européenne en mars 2023. Ces miels contiennent en effet une proportion significative de sirop de fructose de canne, de riz ou de maïs alors qu’un produit naturel comme le miel ne doit réglementairement faire l’objet d’aucun ajout. Concrètement, les apiculteurs attendent donc des moyens financiers importants à la direction générale des fraudes (DGCCRF), pour effectuer les contrôles nécessaires.

La vente directe « sauve » les apiculteurs

Autre déception, l’absence de moyens supplémentaires alloués à la lutte contre le frelon asiatique qui cause des dégâts énormes sur les colonies d’abeilles, entre 20 % et 30 % de pertes d’abeilles selon les sources.

Le gouvernement annonce aussi 500 000 euros destinés à « communiquer positivement sur le miel et autres produits de la ruche ». La mesure bénéficie à Interapi qui « va appuyer une grande campagne de promotion du miel français de la grande distribution dans le cadre de l’Apiweek », se félicite Éric Lelong. « Les moyens auraient dû rester aux apicultrices et apiculteurs qui sont les meilleurs porte-paroles de la filière apicole », répond Henri Clément qui rappelle que « la moitié du miel est vendu directement par les apiculteurs, ce qui les sauve. Sauf que la situation est catastrophique pour ceux qui vendent en vrac aux conditionneurs ».

L’affaiblissement du plan de réduction des pesticides annoncé par le gouvernement «  est une véritable catastrophe pour les colonies d’abeilles  ». Flickr / CC BY 2.0 Deed / Thomas Bresson

Surtout, l’apiculteur s’inquiète des effets d’autres mesures prises par le gouvernement pour répondre à la crise agricole. L’affaiblissement du plan Écophyto notamment, destiné à réduire l’usage des pesticides. Ainsi que la possibilité prolongée de retourner les jachères, pourtant utile aux butineuses. « Ni Interapi, ni le plan du gouvernement n’en disent rien. Or c’est une véritable catastrophe pour les colonies d’abeilles », dit Henri Clément.

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