Mobilité ? Cyclistes et chauffeurs racontent leur vécu dans les rues de Paris

19 septembre 2017 / Fanny Dollberg (Reporterre)



Comment se déroule la cohabitation entre vélos et véhicules à moteur dans les rues de Paris ? Pas si mal, finalement, même si les avis divergent souvent. Reportage.

  • Paris, reportage

Le gouvernement ouvre mardi 19 septembre les Assises de la mobilité, dont la consultation sur internet et les débats doivent déboucher sur une nouvelle proposition de loi au premier semestre 2018. L’objectif ? Adapter et réorienter les politiques de transports vers une mobilité plus durable et solidaire.

Plutôt que de plonger dans les dossiers et les réunions, Reporterre a été interroger cyclistes, conducteurs de bus et chauffeurs de taxi, à Paris, pour savoir comment ils vivaient la cohabitation entre leurs transports roulants.

Élisabeth, livreuse à vélo chez Deliveroo, ne mâche pas ses mots. « Les couloirs de bus ne sont pas vraiment adaptés aux cyclistes. Il y a des arrêts de bus partout et on passe notre temps à contourner les bus, les dépasser, pour ensuite se refaire dépasser et ainsi de suite. Quant aux taxis, ils conduisent très vite et nous frôlent souvent. Ils ne sont pas toujours respectueux des cyclistes. Les motos aussi vont très vite et manquent parfois de prudence. »

Veronica, enseignante à Science-po, se déplace également à vélo tous les jours. « La cohabitation avec les bus et les taxis n’est pas la même. Avec les bus, cela se passe très bien, ils sont extrêmement contractuels. Bien sur, dès que le cycliste est en infraction ou fait une faute, les chauffeurs de bus ne manquent pas de lui signaler par un petit ou grand coup de klaxon, selon les circonstances. Avec les taxis, le rapport est plus compliqué, ils sont moins respectueux des cyclistes, je trouve. Quant aux autres voitures, on cohabite moins avec elles car nous utilisons moins souvent les mêmes voies. »

Veronica est lucide quant aux difficultés de la cohabitation. Pour elle, « les cyclistes sont loin d’être irréprochables et ne sont pas non plus toujours très respectueux des piétons, des feux rouges et des autres usagers de la route. C’est comme si les cyclistes avaient un statut particulier, à mi-chemin entre le piéton et la voiture. En réalité, nous sommes des véhicules comme les autres mais parfois, on s’arrange pour être piéton ou voiture selon la situation. »

Giada, architecte de profession se déplace quotidiennement à vélo, seule ou en famille avec ses enfants. Elle est habituée à la circulation parisienne mais reconnait que les conditions de circulations sont parfois dures. Pour elle, tout le monde à sa part de responsabilité : « Il y a les Ubers qui font parfois n’importe quoi puisqu’ils sont dans une logique de travail, d’ efficacité et de rendement. Il y a les camions de livraison le matin qui se garent sur le côté et cachent ainsi la signalétique. Et puis, il y a les Vélibs qui sont indisciplinés parce que ce sont pour la plupart des gens qui n’ont pas l’habitude de circuler en vélo à Paris. »

Les avis convergent et divergent, mais le constat est le même. Finalement, peu importe le moyen de locomotion, c’est surtout une affaire d’éducation et de comportement. « Si tout le monde agissait de façon responsable, la cohabitation parisienne se porterait déjà bien mieux », dit Jack, chauffeur de bus. Il ajoute : « Les cyclistes agissent parfois de façon dangereuse. Certains déboitent sans prévenir, on ne les voit pas forcément arriver. »

Pour Mourad, chauffeur de taxi à Paris depuis sept ans, le problème n’est pas une affaire de moyen de transports mais de pratiques et d’habitudes. « Le problème, ce sont les touristes qui prennent des Vélibs ou des vélos de locations et qui ne connaissent pas très bien les règles de circulations à Paris. On reconnaît tout de suite le Parisien qui prend son vélo pour faire un trajet quelconque, type maison-boulot, et le touriste qui peut être un peu dangereux pour soi et pour les autres. »

Les piétons eux aussi font partie de l’équation et apportent leur lot de stress et de discorde, car si cyclistes et automobilistes ont leurs désaccords, l’attitude parfois dangereuse et inconsciente des piétons n’en fait pas partie.

Pour les chauffeurs de taxis et de bus qui doivent conduire touts les jours de longues heures, cela peut constituer un stress supplémentaire. « En tant que chauffeur de taxi, on doit faire attention à beaucoup de choses : aux véhicules, aux cyclistes, anticiper leurs manœuvres, leur direction. Ce n’est pas toujours évident », dit Mourad, qui précise qu’il n’a néanmoins jamais eu de sérieux problème ni d’ accident avec un cycliste depuis qu’il exerce son métier.

Mais si les opinions sur la cohabitation divergent, tous sont unanimes pour dire qu’il reste encore beaucoup de travail à faire concernant la sécurité des cyclistes. Si les usagers se comportent mal, c’est parce que les infrastructures et la politique de transport ne sont pas suffisamment adaptées. Pour Giada, des efforts sont fait par la Mairie mais pas suffisamment, et les infrastructures ne sont pas assez sécurisées. « Il y a certaines avenues où je risque ma vie tous les jours. » Elle ajoute que lorsqu’elle circule avec ses enfants, s’il n’y a pas de piste cyclable adaptée, elle monte systématiquement sur le trottoir : « Il y a toujours un risque d’amende, mais la vie passe avant. »

Pour Élisabeth, qui livre tous les jours dans la capitale, les conditions de travail sont très difficiles. Elle se déplace au quotidien sur la route mais n’est pas rassurée pour autant : « Chaque livraison que j’effectue doit se faire en moins de quinze minutes, donc je suis toujours pressée ; et c’est difficile d’être pressée et prudente en même temps, je fais ce que je peux. »

Quand Mourad entend certains cyclistes évoquer l’idée d’aménager des pistes cyclables partout dans la ville afin d’améliorer les conditions de circulation, il est sceptique. Pour lui, même si faire des infrastructures au profit des cyclistes et de la réduction de pollution est souhaitable, ce serait au détriment des automobilistes : « Il n’y a a pas de place à Paris. Supprimer plus de voies nous pénaliserait un peu plus encore. Des travaux ont récemment été fait sur la voie Georges-Pompidou, où une voie automobile a été supprimé à la circulation au profit d’une nouvelle piste cyclable. Non seulement cela complique la circulation, mais la piste cyclable n’est même pas très fréquentée. »

La situation est délicate. Aménager et modifier les infrastructures pour le transport est un travail considérable. Mais nécessaire si l’on souhaite encourager la pratique du vélo et inscrire la politique des transports dans une perspective écologique et un développement urbanistique durable. « Des efforts sont fait mais la route reste longue comparée à d’autres pays européens où les cyclistes ont non seulement des pistes cyclables dans toute la ville, mais où ils ont également priorité sur les voitures et les piétons », dit Veronica. Un fonctionnement qui ne plairait pas à tout le monde mais qui a le mérite d’encourager l’usage du vélo en améliorant ses conditions d’utilisations et donc de potentiellement faire diminuer la pollution en ville. Des alternatives sont possibles, « comme le développement des vélos électriques ».

Malgré tout, Veronica se veut positive. Paris lui paraît une ville adaptée aux cyclistes et elle ne se voit pas une seule seconde abandonner son vélo : « Il y a une dimension éthique, écologique, pour le bien de la collectivité. Et puis, c’est plus agréable que le métro et ça me donne une autre perception de la ville, une autre manière d’organiser mes déplacements, comme s’il y avait un aspect de nouveauté et d’aventures dans des déplacements qui peuvent être parfois assez répétitifs et quotidiens. »




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Source : Fanny Dollberg pour Reporterre

Photos : © Fanny Dollberg/Reporterre

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