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Nicolas Hulot : « J’ai décidé de ne pas être candidat à l’élection présidentielle »

6 juillet 2016 / par Barnabé Binctin (Reporterre)



Nicolas Hulot a annoncé mardi 5 juillet ne pouvoir « endosser l’habit de l’homme providentiel et présidentiel ». Sa décision relance la question d’une candidature écologiste à l’élection présidentielle de 2017.

Nicolas Hulot a annoncé, par un message sur son compte Facebook, mardi 5 juillet en début de soirée, son renoncement à la candidature.

« Après mûre réflexion et nombre de consultations depuis plusieurs mois, j’ai décidé de ne pas être candidat à l’élection présidentielle.
Conscient de l’attente et de l’espoir que certains ont placés en moi, je ne pouvais écarter d’un revers de main cette hypothèse. Mais l’honnêteté m’oblige à ne pas nourrir plus longtemps une attente que je ne pourrai satisfaire.

Ce que je vois, c’est une société inquiète, fragmentée et désabusée par les crises qui la traversent et par l’absence de réponse politique. Mais ce que je vois aussi, c’est un élan pour inventer un monde meilleur, plus juste et solidaire.

Ce que je veux, c’est fédérer et réconcilier ces aspirations et ces porteurs de solutions autour d’un même projet pour la France.

Ce que je ne peux pas, c’est endosser l’habit de l’homme providentiel et présidentiel. Je ne me sens ni suffisamment armé, ni suffisamment aguerri pour cela.

En revanche, ce que je peux, avec ma Fondation, c’est contribuer dans les mois à venir à additionner les énergies positives de ceux qui ne se résignent pas, pour que le pays se réconcilie et reprenne confiance en lui. »

Depuis plusieurs mois, l’hypothèse de la candidature de Nicolas Hulot à la prochaine élection présidentielle avait pris de l’envergure. Les récents sondages d’opinion le donnant au dessus des 10 % faisaient gonfler les espérances d’un projet écologiste rassembleur. Mais la bulle a explosé, mardi vers 20h.

Les réactions, sur Twitter, se sont enchaînées. Aux commentaires désolés – David Cormand, secrétaire national d’EELV, se déclarant « triste de la décision de Nicolas Hulot » tandis que Julien Bayou, porte-parole du même parti, soulignait que « pourtant, le pays a plus que jamais besoin d’une candidature qui agrège les énergies positives » - se sont mêlés quelques propos plus ironiques, à l’image d’Esther Benbassa, sénatrice EELV : « Nicolas Hulot veut bien jouer les divas, mais pas ‘‘l’homme providentiel et présidentiel’’. On lui demandait juste d’incarner l’écologie… ».

D’autres, comme Ian Brossat adjoint PCF à la mairie de Paris, sont sarcastiques :
« Hulot ferait bien d’annoncer d’ores et déjà qu’il ne sera pas candidat en 2022 et 2027. Ca fera gagner du temps à pas mal de monde… » (sur twitter).

Depuis plusieurs semaines, un comité de pilotage avait vu le jour pour préparer la possible campagne. La plupart des membres ont appris la nouvelle par message, une demi-heure avant la publication officielle. « Abasourdi », « sonné », « KO », etc… La décision n’avait visiblement rien de concertée et l’annonce a fait l’effet d’une bombe dans le microcosme. « Hier encore, tout allait bien, on venait de déposer les statuts du micro-parti à la préfecture » dit Maxime de Rostolan, devenu par la même trésorier des Amis de Nicolas Hulot 2017. « Jeudi dernier, nous avons eu une bonne réunion de travail tous ensemble, le dynamique était là », confirme un proche.

Ils étaient nombreux, mardi soir, à s’interroger sur le choix du moment, pour le moins précipité, alors que Nicolas Hulot avait laissé entendre, lors de ses dernières sorties médiatiques, qu’il attendrait l’automne pour se prononcer. Un texto envoyé mardi soir en réponse à l’un de ses proches, quelques minutes après l’officialisation, alimente le doute : « Je suis détruit aussi, mais j’ai malheureusement de bonnes raisons », lui écrit Nicolas Hulot.

Quelles peuvent être ces raisons ? Les réticences de sa famille sont un secret de polichinelle, tandis que l’ancien présentateur n’a jamais caché son souci pour l’avenir de sa Fondation. « C’est l’œuvre d’une vie et en se présentant, il savait qu’il mettait en péril la pérennité financière de la structure, c’est un enjeu humain très fort pour lui », dit une amie.

Certains évoquent la possibilité d’une intimidation politique. « Il s’est passé quelque chose, il renonce à contre-cœur », estime un artiste proche de l’ex-futur candidat. « On ne peut pas exclure la thèse d’un coup de pression alors que la campagne se lançait », avance l’un des responsables du comité de pilotage. « Il y a sûrement plusieurs paramètres qui ont joué et cela n’a pas du être facile. Mais je suis très surprise par l’aspect immédiat et il reste plein de points d’interrogations » résumait une autre proche.

En attendant, l’abandon de Nicolas Hulot fait mal au petit peloton des écologistes français. A moins de dix mois du premier tour des élections présidentielles, les forces sont réduites. Karima Delli, eurodéputée EELV, en appelait dès hier soir à une primaire des écologistes (sur twitter). Cécile Duflot, Noël Mamère, Yannick Jadot, Michèle Rivasi ont laissé timidement la porte entrouverte, ces dernières semaines. Ils avaient publiquement appelé à une candidature Hulot.




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Source : Barnabé Binctin pour Reporterre

Photo : Nicolas Hulot en mai 2015 (© Eric Coquelin/Reporterre)

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