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Notre-Dame-des-Landes : la Zad prépare la reconstruction

15 avril 2018 / Marion Esnault et Lorène Lavocat (Reporterre)

Samedi 14 avril, un calme relatif est revenu dans le bocage. Malgré un dispositif militaire toujours imposant, l’heure est au rassemblement et à la reconstruction. Car habitants et soutiens sont d’accord sur un point : la Zad doit continuer. Reportage photo.

- Reportage, Notre-Dame-des-Landes

Depuis lundi 9 avril - début des opérations militaires d’expulsion et de destruction - Notre-Dame-des-Landes est plus que jamais redevenue une Zone à défendre. Les différents axes d’entrée sont barrés d’imposantes barricades, mêlant l’utile au poétique. Ici, une barque retournée sur des bottes de foin ; là, une carcasse de voiture derrière une banderole où biches, renards et oiseaux proclament « cette nature se défend ».

Malgré les annonces d’« arrêt des évacuations » et les appels au dialogue serinés par les autorités, les affrontements sont loin d’être terminés. Comme dirait un zaditant (personne vivant sur la zone) croisé au carrefour de la Saulce, « ça chatouille au Lama faché ». Cet ancien lieu de vie, situé en bordure de la fameuse route des chicanes, non loin de la ferme des Fosses noires, est devenu une zone tampon explosive entre les gendarmes mobiles et les zadistes. Samedi matin, des heurts ont à nouveau éclaté, allongeant la tristement longue liste des blessés.

« Les gendarmes sont omniprésents dans l’est de la zone depuis deux mois, ils sont désormais 2.500, soit deux fois plus que les militaires engagés en Irak contre Daech, et leurs ripostes aux jets de cailloux défensifs des zadistes sont loin d’être proportionnés », décrit Lory, militant non-violent venu donner un coup de main. Le long des 4 km de la route des chicanes, des dizaines de camions bleus stationnent à la queue-leu-leu.

De part eu d’autres des barricades Est, la tension monte vite. Chacun se guette à travers les barrières, le moindre mouvement peut mettre le feu aux lacrymos. Des équipes Médics veillent en permanence à quelques mètres de la ligne de front. En fin d’après-midi, l’arrivée de quatre audacieux clowns est cependant venue alléger une atmosphère piquante.

A l’arrière de la « ligne de front », le temps est venu de faire le bilan. En commençant par nettoyer les champs des innombrables grenades tombées en une semaine. Les nouveaux arrivés s’attèlent à la tâche avec méthode, ramenant leur butin dans de grands sacs de tri permettant de séparer les différents types d’armes. Chaque grenade coûte 110 € de sa fabrication à son explosion. Assourdissantes ou de désencerclement, lacrymos, fumigènes, Lanceurs de balles de défense. « Les blessures que l’on voit ici sont des blessures de guerre, » observe Laurence, pompière et membre d’une équipe Médics

Après cinq jours de violents heurts, un calme relatif est pourtant revenu sur la Zad. En dépit des altercations fréquentes et d’une pression palpable, la vie continue sur les fermes et les lieux collectifs. Cuisines et fournils fonctionnent à plein régime pour nourrir les centaines de militants qui arrivent peu à peu. Certains sont venus de Bretagne, d’autres ont traversé la France depuis les Pyrénées. Des Basques, des Espagnols, des Allemands et même des Polonais ont fait le déplacement.

Nombre d’entre eux sont arrivés dans la veille ou les jours précédents, choqués, horrifiés « par l’ampleur et l’arbitraire des destructions ». « C’est incompréhensible et inadmissible, ils n’avaient aucun intérêt à tout casser alors qu’un processus de négociation était engagé », regrette une Finistérienne. Devenue le symbole de cette rage démolisseuse, la ferme des Cent noms n’est plus qu’un tas de planches au milieu des prairies.

Pourtant, l’heure n’est ni au défaitisme ni à la vengeance. Une énergie créatrice et un fourmillement collectif dont la Zad a le secret se sont emparés du bocage. De petits groupes de tous âges et de tous horizons se forment sur les parcelles d’anciennes cabanes afin de récupérer le maximum de matériaux dans les décombres. Le mot d’ordre est simple : ils déconstruisent, nous reconstruirons. Ensemble. « L’histoire doit continuer, parce que la Zad est le symbole d’un autre possible, une école de la vie », murmure, émue, une jeune étudiante venue pour la première fois.

Et cette nouvelle histoire commencera ce dimanche au Gourbi. où un dôme de terre et de paille abritait jusqu’à mercredi dernier le non-marché et des réunions collectives. Les zaditants ont lancé un appel « pour soutenir la pose de ce nouveau Gourbi et à lui assurer protection dans l’avenir ».


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Lire aussi : Zad de Notre-Dame-des-Landes : Nantes soutient la Zad, qui respire enfin

Texte : Lorène Lavocat pour Reporterre

Photos : © Marion Esnault/Reporterre

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