Notre-Dame-des-Landes : les Verts font monter les enchères

Durée de lecture : 5 minutes

5 novembre 2015 / par Vladimir Slonska-Malvaud (Reporterre)

Les provocations de Manuel Valls sur Notre-Dame-des-Landes suscitent le courroux d’Europe Écologie-Les Verts. Cécile Duflot, Emmanuelle Cosse et Noël Mamère sont venus le 4 novembre sur la ZAD réaffirmer leur opposition absolue au projet d’aéroport. Et ont proposé une alternative.

- Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique), reportage

Le déplacement se voulait aussi massif que symbolique : les figures nationales et locales d’Europe Écologie – Les Verts (EELV), réunies au grand complet sur la «  zone à défendre  » (ZAD) de Notre-Dame-des-Landes.

Préparée dans l’urgence, cette visite est la réplique du parti écologiste «  aux provocations du gouvernement  » sur ce projet d’aéroport. La préfecture de Loire-Atlantique a en effet publié, vendredi 30 octobre, un appel d’offre sur des travaux de débroussaillage préalables à la construction de la plate-forme aéroportuaire.

Les élus écologistes ont mené une visite éclair : une discussion à huis-clos d’une demi-heure avec les responsables associatifs suivie d’une conférence de presse.

À quelques semaines du démarrage de la Conférence des parties des Nations unies sur les changements climatiques (COP21) et à un mois des élections régionales des 6 et 13 décembre 2015, la rencontre ne pouvait pas mieux tomber. « Quand on est à cinq semaines de la Conférence sur le climat, où le monde entier va se rendre en France pour essayer de trouver un accord contraignant […], quel est le sens de relancer un aéroport qui en lui-même est le symbole du dérèglement climatique ? », interroge Emmanuelle Cosse, secrétaire nationale d’EELV.

«  Un dossier pourri, hors-la-loi  »

Très remontés par ces nouveaux éléments ainsi que par la déclaration de Manuel Valls, quelques heures auparavant, qui avait qualifié de «  minorité d’individus ultra-violents  » les opposants au projet (sur cette video à 21’28’’), les écologistes ont vertement critiqué «  un dossier pourri, hors-la-loi depuis le début  », selon les mots de Sophie Bringuy, tête de liste EELV dans les Pays de la Loire.

Selon Manuel Valls, la ZAD serait peuplé d’« individus ultra-violents »

Une «  opération de communication indigne est en train d’être menée, qui consiste à dire que Sylvain [Fresneau], Julien [Durand], des paysans qui travaillent ici, qui cultivent cette terre depuis des générations, sont une minorité violente  », a dénoncé Cécile Duflot. L’ex-ministre du gouvernement Ayrault parle d’«  un mensonge organisé autour de ce qui se passe à Notre-Dame-des-Landes  ». Manuel Valls n’a pas hésité, au cours de la même intervention, à qualifier l’aéroport «  d’important pour l’environnement  » (21’05), malgré l’unanimité des critiques des écologistes et des naturalistes de tous bords.

Le Parti socialiste (PS), principal soutien politique du projet, est cependant dans une situation délicate : quatre des cinq départements de la région Pays de la Loire ont été remportés par les candidats LR lors des départementales de mars 2015.

L’occasion pour Sophie Bringuy et René Louail, tête de liste EELV en Bretagne, de faire monter les enchères en conditionnant toute alliance avec le PS au second tour des régionales à la réalisation en 2016 d’une étude indépendante sur l’optimisation de l’aéroport actuel.

Sophie Briguy, tête de liste EELV aux régionales : « Pas d’accord avec le PS s’il n’y a pas une étude indépendante. »

Une étude qui ne serait pas sans rappeler les travaux de l’Atelier citoyen (voir notre article ici), qui remet en cause, arguments solides à l’appui, la pertinence du projet d’aéroport. «  Si cette étude indépendante a lieu, tout le monde verra que le projet de Notre Dame des Landes est un immense rideau de fumée  », ajoute Cécile Duflot.

«  On est venus pour tout le monde  »

Un peu en retrait, les deux seuls zadistes à s’être risqués jusqu’au lieu de la conférence de presse regardent avec circonspection les dizaines de journalistes massés devant les responsables écologistes : «  Ils viennent pour écouter la sainte parole des chefs et ils ne s’intéressent pas à nous  », regrette Blue. Au même moment, deux consœurs se rassurent : «  As-tu déjà vu des zadistes  ? Non. Moi non plus, jamais  ».

Le soutien des élus et des candidats écologistes est en revanche plutôt bienvenu : «  Je respecte leur courage politique, au-delà des différences  », explique Blue. Noël Mamère, qui avait claqué la porte d’EELV en 2013 mais reste membre du groupe écologiste à l’Assemblée nationale, exprime sa pleine solidarité : «  On est venu pour tout le monde, pour tous ceux qui veulent défendre un certain style de vie et qui se battent pour protéger les générations futures.  » Le maire de Bègles (Gironde), évoque également le souvenir de Rémi Fraisse, tué par les gendarmes en octobre 2014 à Sivens : «  La provocation à laquelle s’est livré le Premier ministre est d’autant plus grave, d’autant plus consternante et d’autant plus écœurante que nous sommes à peu près [à un an] de la mort tragique de Rémi Fraisse  », a-t-il souligné.

Retour de l’huissier avant la rencontre

Reste à savoir ce qu’il adviendra des principes au soir du premier tour. La même Cécile Duflot avait qualifié, en 2011, l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes de «  projet tellement stupide  »… avant d’entrer en 2012 au gouvernement de Jean-Marc Ayrault, ancien maire de Nantes et premier défenseur du projet.

Pour Julien Durand, le porte-parole de l’Acipa, ce type d’événements «  fait partie de la lutte ; Notre-Dame-des-Landes doit être présente dans toutes les campagnes : ce sont des moyens de pression à utiliser.  » Ce qui n’a pas retenu l’huissier de justice, de retour sur la ZAD quelques minutes avant le début de la rencontre. Pour apporter – sans rire – la notification de mise à disposition d’une indemnité d’expropriation refusée quelques jours plus tôt par un couple de locataires. Encore un pur hasard de calendrier.


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Source : Vladimir Slonska-Malvaud / LeskaPress pour Reporterre

Photos : © Vladimir Slonska-Malvaud-LeskaPress/Reporterre

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