Notre santé mise en péril par les énergies fossiles, d’après un rapport
Plateforme pétrolière de N'Kossa, au large du Congo. - © Ifremer/CC BY 4.0/Lesbats Stephane
Plateforme pétrolière de N'Kossa, au large du Congo. - © Ifremer/CC BY 4.0/Lesbats Stephane
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La santé de toutes les populations du monde est en péril à cause du dérèglement climatique, alerte le rapport « Lancet Countdown 2024 ». La faute, en partie, aux énergies fossiles qui progressent.
« Nous avons mis trop de temps à nous rendre compte que le changement climatique était aussi une crise de santé [...] dans toutes les communautés et tous les pays du monde. » Le message était martelé le 24 octobre par le Dr Jeremy Farrar, scientifique en chef de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), dans le cadre d’une conférence de presse de présentation du Lancet Countdown 2024.
La neuvième occurrence de ce rapport scientifique annuel, impliquant notamment l’OMS, est consacrée aux conséquences du changement climatique sur la santé. Et le bilan est, une fois de plus, alarmant.
Partout autour du monde, le bien-être, la santé et la survie des populations sont de plus en plus menacés par le dérèglement du climat. La mortalité liée à la chaleur des personnes de plus de 65 ans était ainsi plus haute de 167 % en 2023 que dans les années 1990, selon le rapport. Sur le plan économique, la chaleur trop élevée pour travailler aurait fait perdre, toujours en 2023, le nombre record de 512 milliards d’heures de travail, soit 49 % de plus que dans les années 1990 et une perte estimée à 835 milliards de dollars (environ 773 milliards d’euros).
Événements extrêmes et maladies en hausse
Le dérèglement du cycle de l’eau est aussi conséquent : 61 % des terres dans le monde auraient vu augmenter les jours de précipitations intenses durant la dernière décennie, par rapport à la moyenne 1961-1990. De l’autre côté du spectre, les sécheresses extrêmes ont touché, pendant au moins un mois, 48 % des terres dans le monde en 2023, contre une moyenne de 15 % dans les années 1950.
L’évolution des conditions climatiques favorise également l’expansion de diverses maladies. Le risque de transmission de la dengue par le moustique tigre a progressé de 46 % durant la décennie écoulée (2014-2023) par rapport aux années 1950. La vibriose, une maladie causée par une infection bactérienne, de plus en plus apte à se répandre à cause du réchauffement, connaissait le nombre record de 692 000 cas estimés en 2023.
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Dernier indicateur marquant : les morts liées à la pollution de l’air. L’absence de technologies propres pour alimenter les habitations en énergie était responsable en 2020 d’une pollution de l’air intérieur générant 2,3 millions de morts prématurées. Concernant l’air extérieur, une légère amélioration est toutefois notée : 2,09 millions de morts prématurées étaient estimées en 2021. Une baisse de 6,9 % par rapport à 2016, liée notamment à une diminution de la pollution due à la combustion du charbon.
Les entreprises fossiles accélèrent
Si les risques pour la santé s’aggravent, c’est parce que « les gouvernements et les entreprises continuent de souffler sur les braises, augmentant les risques pour la santé et la survie des populations dans le monde », déplore Marina Romanello, directrice exécutive du Lancet Countdown.
C’est l’autre message d’alarme sur lequel insiste le rapport : nos émissions de gaz à effet de serre, aux conséquences létales à de multiples niveaux, continuent d’augmenter. Elles atteignaient un niveau record, une hausse d’encore 1 % en 2023. Pire : non seulement les entreprises prévoient de produire beaucoup plus d’énergies fossiles que ce qu’il faudrait pour respecter l’Accord de Paris sur le climat, mais leurs ambitions ne cessent de croître. Les auteurs du rapport ont comptabilisé la quantité d’énergies fossiles que projetaient de produire dans les prochaines décennies les 114 principales entreprises de gaz et de pétrole, représentant 80 % de la production mondiale.
En mars 2023, elles prévoyaient déjà de produire 173 % de plus en 2040 que ce qu’il faudrait pour respecter l’Accord de Paris. En mars dernier, le chiffre était de 189 %. Après une période de déclin jusqu’en 2020, les investissements dans les énergies fossiles repartent à la hausse, atteignant 1 100 milliards de dollars (1 018 milliards d’euros), dénoncent les auteurs.
Derrière ces investissements mortifères, le Lancet Countdown souligne également la complicité des États à travers leurs politiques persistantes de subvention aux énergies fossiles. En 2022, les subventions de 86 pays cumulaient le montant record absolu de 1 400 milliards de dollars (1 300 milliards d’euros). Avec une certaine dose de cynisme, le rapport calcule que, dans 55 % des 86 pays analysés, les subventions représentent plus de 10 % des dépenses de santé. Et dans 27 % d’entre eux, ces dépenses sont même supérieures à celles liées à la santé.
Des signes d’espoir
« Ce rapport lance un message équilibré : d’un côté, les choses ne cessent d’empirer. De l’autre, les leviers existent pour aller rapidement vers des améliorations », note avec une touche d’espoir Jeremy Farrar.
Quelques signaux sont effectivement encourageants. C’est le cas du taux d’électricité provenant des énergies renouvelables, qui montait à 10,5 % du total en 2021, un doublement par rapport à 2016. Argument majeur à destination des décideurs : l’industrie renouvelable a dans le même temps employé directement 13,7 millions de personnes en 2022, une hausse de 35,6 % par rapport à 2016.
Une cinquantaine de pays ont également évalué leurs vulnérabilités sanitaires en 2023, contre seulement 11 en 2022, et 43 ont déjà préparé un plan d’adaptation de leur système de santé au changement climatique, contre 4 en 2022.
« La montée en puissance de ces plans d’adaptation est la plus grosse source d’espoir qui se dégage », dit Marina Romanello. Reste qu’en absence de lutte efficace contre les énergies fossiles, l’adaptation sera vite confrontée à des limites indépassables. Des zones entières du globe risquent de devenir inhabitables, selon les décisions qui seront prises collectivement, rappellent les auteurs.