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Numérique

On a testé le jeu vidéo « FutureGuessr », qui vous projette dans un monde à +2,7 °C

Dans le jeu vidéo « FutureGuessr », le joueur doit deviner de quelle ville il s'agit, en 2100. Réponse : Miami.

Amsterdam sous l’eau, Amazonie transformée en savane... Le jeu vidéo « FutureGuessr » propose de faire deviner aux joueurs, en une photo, où celle-ci a été prise. Sauf que nous sommes en 2100 en pleine crise climatique.

Un champ de colza, avec ses haies et bosquets d’arbres en arrière-plan : ce paysage ne se situe pas en France... mais au Groenland en 2100. « La toundra autour de Sisimiut a laissé place à l’agriculture, non par choix, mais sous l’effet du réchauffement global, lit-on en légende d’une photo, où l’étendue immaculée de neige a disparu. La fonte du pergélisol libérera d’importantes quantités de gaz à effet de serre et fragilisera les sols. Les terres cultivables, mal gérées, pourraient se dégrader rapidement, et la sécurité alimentaire resterait précaire malgré une saison de croissance prolongée. »

Nous ne sommes pas dans un manuel scolaire ouvert aux pages consacrées aux conséquences du changement climatique, mais dans le jeu vidéo FutureGuessr, qui vient d’être mis en ligne. Développé par l’agence spécialisée dans le traitement de données et l’intelligence artificielle Artefact en partenariat avec le Réseau Action Climat, ce jeu reprend les codes du célèbre jeu en ligne GeoGuessr, où le joueur est placé dans un endroit au hasard dans Google Maps et doit retrouver sa localisation sur une carte.

Le jeu vidéo «  FutureGuessr  » a notamment été réalisé avec le Réseau Action Climat. © Artefact

Sauf qu’il ne s’agit pas de reconnaître du premier coup d’œil une rue animée de New York ou la plus belle plage de Bali telles qu’elles sont en 2025, mais telles qu’elles pourraient être en 2100, ravagées par la sécheresse et les inondations. Et c’est parfois une vraie galère.

Cette kayakiste en goguette le long d’un magnifique fjord verdoyant, sûrement quelque part sur la côte norvégienne ? Raté, c’était 1 783 km au nord-ouest, au Svalbard, après la disparition de la banquise estivale dès 2050. Et cette magnifique bâtisse d’inspiration mauresque écrasée par le soleil en bordure de désert, Maroc ? Non, Toscane (Italie), après la disparition des vignes et la désertification des terres agricoles.

L’Antarctique en 2025 et en 2100, sans banquise. © Artefact

Scientifiquement solide

Îles Maldives englouties, Amazonie transformée en savane, mer de Glace changée en désert de cailloux… Ces images dystopiques sont directement tirées du scénario +2,7 °C du dernier rapport du Giec, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat.

« Les derniers rapports du Giec compilent des centaines de références scientifiques et des centaines de simulations sur les modifications du climat et leurs conséquences : vitesse de fonte des glaciers, changements de végétation, etc. » explique Benjamin Sultan, directeur de recherche à l’Institut de recherche pour le développement, spécialiste du changement climatique, qui a supervisé l’aspect scientifique du jeu.

Les images ont été générées par intelligence artificielle en respectant la topographie exacte de chaque site, mais en y ajoutant cette empreinte du changement climatique décrite par les scientifiques du monde entier. « C’est scientifiquement solide. Il n’y a pas de dramatisation excessive, car ces images sont basées sur des scénarios de réchauffement réalistes. Toutes les sources sont indiquées », insiste le chercheur.

En 2100, de nombreux cours d’eau auront disparu. © Artefact

Le recours à l’intelligence artificielle, énergivore et prédatrice pour la ressource en eau et en minerais critiques, peut interroger. Mais à en croire Benjamin Sultan, Artefact a tâché d’être le plus sobre possible. « Ils ont développé une intelligence artificielle uniquement pour ce jeu-là en minimisant les calculs à réaliser et l’ont hébergée sur leurs propres serveurs », précise le chercheur.

Encore temps d’agir

Le résultat est saisissant et c’est ce qui fait la force du jeu, apprécie Benjamin Sultan : « Il met en image des changements décrits de manière dispersée sur plusieurs centaines de pages. Même en tant que chercheur, en manipulant les données et les modèles régulièrement, on a du mal à imaginer Amsterdam sous l’eau. » L’autre intérêt de ce format est qu’il peut toucher « un nouveau public, plus large et plus jeune, moins académique et sensibilisé ».

De fait, le jeu vidéo est de plus en plus investi comme un outil de sensibilisation, comme en témoignent les sorties des dernières années notamment via des jeux de stratégie et de survie : Fate of the World et Anno 2070 en 2011, Flotsam et l’extension Gathering Storm du célébrissime Civilization en 2019 et plus récemment Caravan SandWitch, inspiré des zad.

L’objectif de FutureGuessr n’est pas de désespérer les joueurs et joueuses. Pour chaque localisation, un texte précise les actions de protection déjà mises en œuvre. « Ce jeu montre les conséquences du changement climatique si l’on ne fait rien, insiste Benjamin Crettenand, chargé de sensibilisation au changement climatique au Réseau Action Climat. L’idée est de rappeler qu’il est encore temps d’agir en réduisant dès à présent nos émissions de gaz à effet de serre. »

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