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Oubliez la taxe carbone : à Lorient, on roule à vélo cargo

13 novembre 2018 / Benoît Vandestick (Reporterre)

Comment concilier déplacement et souci des mobilités douces quand on a des charges à transporter ? En utilisant un vélo cargo électrique ! À Lorient, une association promeut ce moyen de transport en permettant aux personnes intéressées de le fabriquer sur mesure et à prix modéré.

  • Lorient (Morbihan), reportage

Le soleil décline sur Lorient. Les voitures bondent les rues et avenues. Il est 18h et au milieu de l’effervescence de la sortie du travail, ce mercredi d’octobre, des cyclistes se faufilent entre les pots d’échappement pour se retrouver à l’Abri Syklett, un atelier associatif de réparation de vélos situé près de la gare. Leurs vélos sont tous allongés de deux sièges à l’arrière et augmentés d’un dispositif d’assistance électrique. Ce sont des vélos cargos. Et ils ont été assemblés par les propres soins de leurs propriétaires, ici même, au printemps dernier. « Nous avons lancé en début d’année notre première session de fabrication de vélos cargo », raconte Serge Philippe, animateur de l’atelier. Grand brun, plutôt loquace sur tout ce qui touche aux transports, ce mécanicien est toujours en quête d’innovations et de défis à relever. « À la fin du printemps, les 13 participants avaient tous leur vélo, personnalisé selon leurs goûts et leurs besoins. » Ce soir, ces derniers retrouvent les participants de la deuxième session, démarrée fin septembre.

Devant le local de l’Abri Syklett, à Lorient.

Avant que commence l’aventure collective, Serge fabriquait des vélos seul, dans son garage, depuis quelques années. « J’ai découvert le vélo cargo un peu par hasard, en 2009, en surfant sur le web, se rappelle l’animateur. Je me suis alors lancé dans la conception en fabriquant d’abord des modèles non motorisés. » En 2014, il s’achète dans le commerce un vélo cargo à assistance électrique. Celui-ci ne passe pas inaperçu dans le voisinage. « Quand je le faisais essayer, les gens appréciaient beaucoup mais étaient moins intéressés quand j’annonçais le prix. » Il faut débourser 2.000 à 5.000 euros pour acquérir ce type d’engin. « En 2015, je me suis alors lancé dans la construction d’un modèle de vélo cargo électrique. Je suis parti d’un vélo électrique d’entrée de gamme à 350 €, qui était facilement modifiable. Je me suis dit qu’on pourrait reproduire la chose en coordonnant les travaux et en les faisant faire par les personnes. Ce qui demandait un travail de simplification pour rendre le produit accessible. »

« L’avantage de faire soi-même son vélo est aussi de savoir ensuite le réparer » 

Les ateliers ont lieu le mercredi soir après 18h et, parfois, le dimanche matin. À ces horaires, l’Abri Syklett est fermé au public et les bricoleurs ont toute la place pour transformer leur vélo électrique. Dans un coin de l’atelier, Rémi observe la fixation de la roue arrière de son vélo, une caisse de quincaillerie à ses pieds. « C’est la troisième fois que je viens ici, raconte ce père de famille. Ce vélo nous servira pour transporter les enfants. » Comme lui, tous les participants sont de jeunes parents et choisissent le vélo cargo principalement pour cette même raison. Grégory a déjà le sien, fabriqué au printemps. Ce soir, il est venu avec sa fille Ninon, une petite blonde bouclée, emmitouflée dans un manteau gris. « Le vélo sert surtout à promener les enfants mais, parfois, je m’en sers aussi pour transporter le matos de la musique », explique-t-il. « On va à l’école, on est aussi allé au cinéma et puis voir les bateaux », ajoute Ninon, son petit casque rose dans les mains.

Grégory et sa fille Ninon.

Le vélo cargo ne sort pas qu’en ville. L’autonomie, qui ne dépasse pas les 50 kilomètres, est suffisante pour quelques balades à la campagne. « Il sert surtout pour les déplacements en ville, mais aussi en dehors, commente Cyril, participant de la saison printanière. Cet après-midi, on s’en est servi pour aller à la plage. » Éléonore, qui a aussi fabriqué son vélo en début d’année, a même poussé un peu plus l’expérience, en partant avec en vacances : « On est partis en balade cet été à deux vélos, dont le vélo cargo, avec mon mari et nos deux enfants. Nous avons fait 300 kilomètres, de Caen à Angers. Avec des étapes d’environ 50 kilomètres par jour. À chaque fin de journée, on mettait la batterie à recharger au camping. »

Éléonore, qui a voyagé cet été à vélo cargo.

Solidarité et entraide sont les maîtres-mots des séances de montage. Jérôme a fabriqué son vélo lors de la session du printemps. Ce soir, il est venu réparer le repose-pied. Jeannot, retraité passionné de photographies et de bricolage, l’aide à ressouder. « Je suis bénévole à l’Abri Syklett. Je viens souvent pour aider à réparer et donc j’aide aussi aux vélos cargo », dit-il, avant d’enfiler son masque à souder. « L’ambiance de l’atelier est agréable, témoigne Grégory. On rencontre des gens et on réfléchit ensemble. Durant cette nouvelle session, je vais filer un coup de main aux nouveaux arrivants. »

L’atelier de l’Abri Syklett.

Il faut compter environ une dizaine de séances de 2 à 3 heures pour obtenir un vélo cargo prêt à l’emploi. « Ça peut prendre un peu de temps car c’est du sur mesure, explique Cyril. Mais l’avantage de le faire soi-même est aussi de savoir ensuite le réparer. » Et comme les ajouts sont fixés avec des boulons, il est toujours possible de faire évoluer la bicyclette : « Ce qui est pratique, c’est de pouvoir facilement modifier le vélo, ajoute-t-il. Quand les enfants seront plus grands, je supprimerai les sièges et je mettrai une fixation pour ma planche de surf. » En plus des heures de travail, il faut débourser un peu moins de 600 € entre l’achat du vélo, de la quincaillerie et l’adhésion à l’Abri Syklett. « Pour cette session, les vélos sont un peu plus chers car il n’y a plus de batteries au plomb, donc on a choisi des modèles à lithium, indique Serge. Aussi, cette fois-ci, certains sont arrivés avec leur propre vélo. Je m’y adapte, je me dis que c’est toujours des voitures en moins. Je suis membre du CA de la FUB [la Fédération des usagers de la bicyclette] et j’encourage tous les modes de déplacements alternatifs à la voiture. »

« Plus il y aura de vélos cargo à circuler et plus ce sera la norme » 

Chez Benoît, le vélo cargo a remplacé la seconde voiture : « On avait deux voitures, on s’est séparé d’une, raconte-t-il. Ma compagne prend la voiture pour aller au travail et moi, le vélo, comme je travaille en ville. » Ils sont plusieurs dans son cas. Pour les autres, c’est l’objectif à terme. Ce n’est pas facile pour tout le monde : « J’ai toujours une voiture en cas de besoin particulier, comme je suis seule avec mes deux enfants, mais j’utilise essentiellement mon triporteur, que ce soit pour les enfants, le travail, les amis ou les courses. » Mélanie, nouvelle arrivante, vient remplacer son triporteur électrique. « Ce n’est pas assez maniable, donc j’opte aujourd’hui pour un vélo cargo. » Pour l’animateur, deux conditions sont nécessaires pour que vélo remplace au moins ponctuellement la voiture : « Il faut d’une part que le vélo cargo devienne financièrement accessible et, d’autre part, que le modèle soit accepté socialement. Il faut banaliser l’objet. Plus il y en aura à circuler et plus ce sera la norme. »

À droite, Jeannot.

Gregory souhaite aussi se séparer de la deuxième voiture de sa famille. Et entend bien transmettre à ses enfants sa préférence pour les déplacements doux. « J’y accroche aussi la draisienne et le vélo du petit, lorsque l’on va au parc. » Selon lui, se déplacer avec les enfants à vélo permet de les sensibiliser. « Ça les initie aussi à la circulation à vélo, à faire attention aux voitures, aux panneaux… » Devant chaque petit siège arrière, le papa a installé un klaxon, pour Ninon et son frère. La petite fille aime en jouer en roulant. Alors, entre les immeubles et l’asphalte, il se propage un écho. Le glas qui sonne pour l’auto ?



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Lire aussi : Un piano dans un cargo - et oui, c’est un vélo ! Le boom des vélos-cargos

Source : Benoît Vandestick pour Reporterre

Photos : © Benoît Vandestick/Reporterre
. chapô : devant le local de l’Abri Syklett, à Lorient.

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