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ReportageÉtalement urbain

Paris 2024 : les opposants aux JO organisent la lutte internationale

Le collectif Saccage 2024 devant l'université Paris 8, le 21 mai 2022.

Des dizaines d’activistes, de chercheurs et d’habitants du monde entier se sont réunis les 21 et 22 mai en Seine-Saint-Denis à l’appel du collectif Saccage 2024. Le but : organiser une lutte contre les Jeux olympiques à l’échelle internationale.

Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), reportage

« No olympics anywhere » (« Des Jeux olympiques nulle part »). À l’entrée de l’université Paris 8, il est environ 10 heures, samedi 21 mai, lorsqu’une dizaine de militants se regroupent avant de déployer trois larges banderoles. « On veut pas de compétition, on veut la révolution », peut-on y lire. Sur l’une d’entre elles, un monstre en costume-cravate, une valise de billets en main, écrase du pied des barres d’immeubles.

Comment arrêter les dégâts écologiques et sociaux de l’un des évènements sportifs les plus populaires au monde ? Voilà l’énigme que tente de résoudre le collectif Saccage 2024, qui organisait un week-end de rencontres internationales anti-Jeux olympiques (JO). Le lieu choisi n’a rien du hasard : des projets de constructions massifs ont d’ores et déjà démarré dans le département qui abritera de nombreuses infrastructures sportives lors des JO de Paris en 2024. Associations et habitants des alentours se mobilisent depuis plusieurs années contre la disparition des Jardins ouvriers d’Aubervilliers, pour la préservation de l’Aire des Vents qui longe le parc départemental Georges Valbon à La Courneuve, et contre l’échangeur autoroutier Pleyel de Saint-Denis.

« Les gens qui ne vivent pas à Saint-Denis ne perçoivent pas encore l’ampleur des destructions, dit Natsuko Sasaki, une des organisatrices. Quand on parle des Jeux olympiques, on a le plus souvent en tête un événement magique, festif. Mais ce n’est pas du tout l’image qu’en ont les habitants de Seine-Saint-Denis, tous sont inquiets par la destruction des lieux et par la potentielle hausse des loyers que les Jeux engendreront. »

« Les poumons des enfants se souviendront à jamais des Jeux olympiques 2024 »

À l’appel de Saccage 2024, des activistes espagnols, américains, japonais et russes sont venus pour alerter sur les conséquences dévastatrices et durables de la compétition sportive. Pour eux, il s’agit également de réfléchir aux tactiques d’intensification de la lutte d’ici 2024 afin de contraindre les élus locaux à reculer. « Les Jeux olympiques s’inscrivent dans un monde capitaliste, une logique économique préexistante, mais dont les conséquences vont dramatiquement s’accélérer, lance Amy, membre du collectif, en préambule. Consolider nos liens, transmettre une mémoire des luttes anti-Jeux olympiques est aussi le but de cette rencontre. »

Ce « savoir-faire », Bernat Lavaquiol est venu le partager avec ses homologues français. Le militant catalan est la figure d’un mouvement qui s’oppose depuis un an à la candidature de sa région à l’organisation des Jeux d’hiver en 2030. « Pour l’instant, nous centrons notre discours auprès des habitants sur les conséquences économiques que l’événement pourrait entraîner dans ce contexte rural », a confié celui qui est parvenu récemment à mobiliser plus de 5 000 personnes lors de la première manifestation d’opposition.

Côté Français, Hamid Ouïdir peine, lui, à faire imposer sa voix. Membre de la Fédération des conseils de parents d’élèves du 93 (FCPE), ce père de deux enfants se mobilise avec force depuis 2018 contre la construction prochaine d’un échangeur autoroutier pour les Jeux olympiques 2024, et ne cesse d’alerter sur la pollution qui en découlera autour du groupe scolaire Pleyel Anatole France, à Saint-Denis. Après avoir tenté tous les recours possibles auprès du tribunal administratif, FCPE 93 et l’association Vivre à Pleyel ont porté la cause de ces 600 enfants devant la Cour européenne des droits de l’homme en décembre dernier. « Les élus locaux continuent de nous dire que ce projet n’est pas lié aux JO, a-t-il fustigé, des larmes roulant sur ses deux joues. Si l’échangeur voit le jour, nous serons confrontés à un scandale sanitaire sans précédent. Les poumons des enfants de Pleyel se souviendront à jamais des Jeux olympiques 2024. »

« Aucun jeu n’est durable »

Le chercheur américain Jules Boykoff, spécialiste du sport et de la politique et auteur de Power Games, a mis en lumière les mécaniques d’écoblanchiment à l’œuvre. « La plupart du temps, les enjeux écologiques sont mis en avant au moment des candidatures pour renforcer le soutien des populations locales, a-t-il souligné. Ils sont ensuite totalement ignorés une fois les projets pour les Jeux lancés. » En exemple, il a cité la création de la catégorie des « sustainability partners » (« partenaires durables ») lors des Jeux de Londres, en 2012. Parmi ces alliés « verts », on ne trouvait autre que le géant des hydrocarbures britanniques, British Petroleum (BP), le constructeur automobile BMW ou encore EDF. Pour Paris 2024, le géant chinois du commerce en ligne Alibaba a été choisi comme sponsor principal par le comité olympique.

Le géographe urbain et politique à l’université de Lausanne (Suisse), Sven Daniel Wolfe, a fait le même constat. D’après ses recherches, les intérêts écologiques et économiques entrent en totale contradiction. Pour chaque édition, dès lors qu’un jeu est prospère économiquement, il entraîne, inéluctablement, des conséquences graves sur l’environnement. « Aucun jeu n’est durable », a-t-il conclu. À Pyeongchang, une forêt de montagne sacrée vieille de 500 ans a été détruite pour installer des pistes de ski dans le cadre des JO d’hiver de 2018.

Dimanche, le 22 mai, une visite des sites olympiques dans le parc Georges Valbon (Courneuve) était organisée. Intitulée « Toxic Tour », elle a débuté par une visite à l’Air des Vents, où le village des médias est en cours de construction. Puis elle s’est poursuivie par un passage au Boulodrome, menacé de disparition pour accueillir le lieu de compétition des tirs. Le tout s’est terminé par d’enthousiasmants « Jeux contre-olympiques » inclusifs et non marchands, histoire de montrer qu’« un autre sport est possible ». Loin des partenariats des firmes pétrolières ou des géants de l’e-commerce.

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