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Justice

Chauves-souris dérangées, terrains artificialisés : le « Puy du Fou provençal » de retour au tribunal

Le château La Barben, où se trouve le Rocher Mistral, en 2021 (illustration).

Le parc à thème Rocher Mistral, sis dans les Bouches-du-Rhône, a été jugé en appel pour avoir aménagé des espaces naturels sans autorisation. Il lui est aussi reproché d’avoir porté atteinte à l’habitat de chauves-souris menacées.

Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône), correspondance

Pour des atteintes à plusieurs dispositions des Codes de l’urbanisme, de l’environnement et du patrimoine, le parc à thème prétendument « historique » Rocher Mistral, situé au château La Barben (Bouches-du-Rhône), était jugé le 4 février par la cour d’appel d’Aix-en-Provence.

Il est reproché à la société qui gère les lieux d’avoir porté atteinte à une colonie de chauves-souris dans les sous-sols du château, des murins à oreilles échancrées (Myotis emarginatus), sans demande de dérogation de destruction d’habitat. « Une espèce protégée, menacée d’extinction en région Paca », expose Mathieu Victoria, l’avocat de France Nature Environnement 13 (FNE 3), association qui s’est constituée partie civile.

Rocher Mistral est aussi poursuivi pour avoir aménagé les espaces extérieurs du monument historique sans autorisation : éléments scéniques portant atteinte aux végétaux du jardin à la française, parkings sur des parcelles agricoles, cheminement dans des ruines sans fouilles archéologiques au préalable, scène, guinguette et billetterie sur l’ancien potager…

La justice reproche au Rocher Mistral l’aménagement sans autorisation de cette guinguette sur un ancien potager. Georges Simone / CC BY-SA 4.0 / Wikimedia Commons

Un comble pour le fondateur de Rocher Mistral, Vianney d’Alançon qui se fait le héraut de la sauvegarde du patrimoine. Proche des milieux catholiques intégristes, le chef d’entreprise de bientôt 40 ans a continué de se mettre en scène comme un bienfaiteur à la barre, tantôt pourvoyeur de « 400 emplois », tantôt « 200 », selon les moments.

Ses motivations ? Garantir un modèle économique pour financer la rénovation du château, sinon, « dans un siècle il finira en tas de pierres », dit l’un de ses avocats, Bruno Rebstock. Ses difficultés ? Les lenteurs et lourdeurs administratives ainsi que le « harcèlement et l’opposition dogmatique » du maire.

Un dirigeant qui « assume »

Vianney d’Alançon « assume » s’être passé d’autorisations et a déclaré à la cour qu’une condamnation à une remise à un état initial condamnerait son entreprise. « Pour avoir mis du gravier sur un champ pour faire un parking, je ne pensais pas risquer la peine de mort », a-t-il ajouté.

En première instance, le tribunal avait condamné sa société à une remise en état dans un délai de neuf mois, à des astreintes de 200 euros par jour en cas de retard et à une amende de 70 000 euros avec sursis. Vianney d’Alançon avait écopé de 20 000 euros d’amende avec sursis. La relaxe avait été prononcée au sujet des chauves-souris, Rocher Mistral ayant justifié d’avoir aménagé d’autres salles que l’originelle pour le gîte de la colonie.

« Des mesures expérimentales, sans garantie sur le long terme », a pourfendu l’avocat de FNE 13. Il a réclamé soit la remise en état des sous-sols du château, soit des mesures de réparation environnementale pour la conservation de l’espèce, à hauteur de 10 000 euros. FNE 13 a également demandé 10 000 euros de dommages et intérêts, la commune 30 000 euros au même titre.

« Ça n’autorise pas à s’assoir sur la loi »

« Je ne jette pas l’opprobre sur la volonté de faire vivre le patrimoine, mais ça n’autorise pas à s’assoir sur la loi », dit l’avocat général. Il a requis une condamnation pour l’atteinte aux murins, sans préciser une peine. Puis l’ajournement des condamnations à propos des aménagements avec contrôle de l’autorité judiciaire. Autrement dit qu’un délai maximal d’un an soit accordé pour une remise en état et que des peines soient prononcées à l’issue en fonction des réalisations faites ou non. Et si la cour ne choisissait pas cette voie, l’avocat général a suggéré des peines équivalentes à la première instance.

Au bout de sept heures de débats, la défense a demandé la relaxe sur la plupart des griefs. Une majorité d’éléments sont « en voie de régularisation », a affirmé l’avocat Alexis Chabert. La scène, les stands, les espaces de jeux, « réversibles », ont été opportunément enlevés juste avant cette audience. La décision sera rendue le 8 avril. Le parc a annoncé l’ouverture de sa sixième saison au 11 avril.

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