Paris - Stuttgart : le voyage vers la COP29 commence
La gare de Stuttgart est le premier arrêt du voyage de Paris à Bakou d'Emmanuel Clévenot. - © Emmanuel Clévenot / Reporterre
La gare de Stuttgart est le premier arrêt du voyage de Paris à Bakou d'Emmanuel Clévenot. - © Emmanuel Clévenot / Reporterre
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Parti de Paris le 1ᵉʳ novembre, notre journaliste Emmanuel Clévenot raconte le départ de son périple en train jusqu’en Azerbaïdjan. Première étape : Stuttgart en Allemagne.
10 h 52. D’un coup de sifflet perçant, l’agent de la SNCF annonce le départ imminent du TGV Paris – Stuttgart. Déjà à bord, une maman aux enfants dispersés dans la voiture compte à voix haute. Un, deux, trois, quatre… « Oh ! J’en ai égaré un ! » s’écrie-t-elle, le ton joueur. « Boouuuuh ! » Elle feint d’être effrayée par le braillement du petit bonhomme dont la tête vient brusquement d’apparaître entre deux sièges. J’attrape mon carnet de notes, et griffonne quelques mots. Les premiers d’un grand reportage, à destination de l’Azerbaïdjan et de la COP29.
Entre adieux, retrouvailles, et l’éternelle quête d’un reposoir stable pour les têtes endormies, le train ne se lasse pas ici non plus d’offrir à nos yeux mille moments émouvants ou divertissants. Comme ces deux amants, en quête de places mitoyennes. Ils atterrissent à côté de moi, tirent de leur sac à dos deux sandwichs empaquetés dans de l’aluminium et trinquent avec. Puis, les tempes collées l’une à l’autre, partageant une paire d’écouteurs, le duo plonge dans un épisode de la série remplie de zombies The Walking Dead.
Deux voitures plus loin, un serveur au tailleur bien ajusté tangue au gré des secousses, les restes d’un chili con carne entre les mains. Ses pieds se croisent, son corps feint de chanceler, s’équilibre miraculeusement et disparaît dans la minuscule cuisine.
Il y a aussi ces quatre supporters du FC Schalke 04, déjà en chemin pour le match de football du lendemain, et cette fillette, questionnant son père sur le drôle de monsieur qu’elle a aperçu dormir dans le métro, quelques heures plus tôt : « Il avait même apporté sa couette, papa. »
Arrêt n° 1 : Stuttgart. Nous descendons à quai avec 20 minutes de retard. Une goutte d’eau à côté des 84 heures de rail me séparant de la COP29. Au pied de l’austère Hauptbahnhof, monumentale gare construite dès 1914, un vieil homme patiente dans la pénombre d’un petit cabanon vert.
« Ich bin Französisch. » Lui baragouinant les fragments de leçons d’allemand qu’il me reste du lycée, et usant à bon escient de Google Translate, je comprends qu’Elmar milite contre le grand chantier de gare souterraine : « Stuttgart 21 ».
En pianotant sur mon téléphone, je tombe sur une archive de Reporterre. En 2013 déjà, notre journaliste décrivait cette grande bataille. Les militants enchaînés aux 300 frênes et marronniers désormais abattus. Les 164 victimes de violentes charges policières, lors des affrontements du 30 septembre, baptisé « Jeudi noir ». Les plus de 100 000 personnes descendues dans la rue s’insurger d’une telle répression.
Et, elle interrogeait : quelles leçons cette lutte peut-elle donner aux zadistes de Notre-Dame-des-Landes ? Onze ans plus tard, l’aéroport nantais n’est jamais sorti de terre, mais une demi-douzaine de grues entourent Elmar.