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ReportageCOP29 Voyage

Vienne, une « ville des rêves » et de désillusions écologistes

Une rue à Vienne, en Autriche.

Parti en train de Paris pour rejoindre la COP29 en Azerbaïdjan, notre journaliste est arrivé à Vienne, en Autriche. Ici, des activistes pour le climat ont capitulé et stoppé leurs actions.

Reporterre part à la COP29 en Azerbaïdjan, en train ! Le sommet mondial pour le climat s’y tient du 11 au 22 novembre. Pour y aller sans exploser son empreinte carbone, notre journaliste Emmanuel Clévenot a entrepris un voyage de 9 jours, traversant 8 pays. Dans ce carnet de voyage, il nous raconte ses aventures et ses rencontres.



Je les ai maudits jusqu’à l’aube. Ce loquet vétuste, et l’entrebâillure de la porte ainsi fabriquée. Un centimètre a suffi au vieux néon du couloir pour projeter sa lueur blanche sur mes paupières. Blanche, comme ma nuit et mon seul horizon… le plafond. Daniel, le chef de cabine, n’a sûrement pas dormi plus. La mine pourtant fraîche comme le printemps, il m’observe descendre péniblement les deux marches me séparant du sol autrichien. « Good luck for Azerbaïdjan ! » (« Bonne chance pour l’Azerbaïdjan ! »), ma destination à atteindre pour suivre la COP29.

Daniel, le chef de bord du train Stuttgart-Vienne. © Emmanuel Clévenot / Reporterre

Une poignée d’heures me sépare du prochain train, devant m’emmener à Bucarest, en Roumanie. D’ici là, Vienne s’ouvre à mes yeux mi-clos. La « ville des rêves », baptisée ainsi en l’honneur du psychanalyste Sigmund Freud, est aussi celle des musiciens de rue. Ici, un guitariste. Là, une violoniste. Ici encore, un saxophoniste interprétant à merveille Requiem pour un fou (de Johnny Hallyday), devant des passants aux oreilles bien souvent encombrées d’écouteurs. Une fillette s’approche toutefois, dépose une pièce dans le chapeau de l’artiste… et s’enfuit vers le manteau de son papa pour y enfouir sa tête.

À l’autre bout de la capitale m’attend Afra Porsche, une militante pour le climat. Je file d’avenues en ruelles. À droite, le palais du Belvédère abritant quelques chefs-d’œuvre de Klimt. À gauche, la cathédrale Karlskirche à la coupole pastel. Au loin, la crypte des Capucins et… une dizaine de gyrophares. Étrange. Je m’en approche à grandes enjambées, conscient que chacune d’elles m’éloigne du lieu de rendez-vous. Escortés, des activistes déguisés en renard crient leur indignation à l’industrie de la fourrure. J’immortalise l’instant et disparais.

À Vienne, une manifestation contre l’industrie de la fourrure. © Emmanuel Clévenot / Reporterre

L’Autrichienne de 26 ans a la même frange courte que dans les archives de médias, décelées sur internet. Jusqu’au mois d’août, elle militait au sein de Letzte Generation (Dernière génération). Puis, la décision fut prise d’arrêter la désobéissance civile et de dissoudre la branche du pays. Pourquoi ? « Les menaces de mort, les amendes et la répression grandissante n’ont pas été l’élément déclencheur. » Non, plutôt le sentiment d’impuissance.

« J’étais prête à aller en prison pour ce combat. » Le corps avancé sur la table, les mains gesticulantes au fil des phrases, elle en oublie sa boisson pétillante. « J’étais prête à cela tant que nos conneries faisaient bouger les lignes. Or, là, nous n’avons plus aucune chance d’y parvenir. » Effleurant du bout des doigts sa boucle d’oreille aux couleurs LGBT+, elle témoigne de son écœurement suite aux inondations meurtrières ayant frappé l’Autriche en septembre. Quinze jours après, l’extrême droite s’offrait une victoire historique aux élections législatives. « C’est effrayant. »

Une rue à Vienne. © Emmanuel Clévenot / Reporterre

Avant que nos chemins ne se séparent, je lui demande où elle se voit dans dix ans. Elle m’observe et sourit, ma question lui semble absurde : « Penses-tu que j’aurai une vie normale ? Qu’un jour, j’aurai 60 ans ? L’Autriche sera bientôt plongée dans le fascisme, et la crise climatique tant crainte est déjà là. J’aurais aimé avoir un métier comme un autre. À la place, je me prépare à l’effondrement de la société. »

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