COP29 : dans mon train de nuit, un réveil en fanfare à la frontière bulgaro-turque
Notre journaliste Emmanuel Clévenot est parti le 1er novembre de Paris. Le but : rejoindre l'Azerbaïdjan. - © Emmanuel Clévenot / Reporterre
Notre journaliste Emmanuel Clévenot est parti le 1er novembre de Paris. Le but : rejoindre l'Azerbaïdjan. - © Emmanuel Clévenot / Reporterre
Durée de lecture : 3 minutes
Dans cette 4e chronique de son voyage ferroviaire jusqu’à la COP29 de Bakou, en Azerbaïdjan, notre journaliste Emmanuel Clévenot, nous embarque dans son train de nuit vers Istanbul.
Reporterre part à la COP29 en Azerbaïdjan, en train ! Le sommet mondial pour le climat s’y tient du 11 au 22 novembre. Pour y aller sans exploser son empreinte carbone, notre journaliste Emmanuel Clévenot a entrepris un voyage ferroviaire de 9 jours, traversant 8 pays. Dans ce carnet de voyage, il nous raconte ses aventures et ses rencontres.
Train Bulgarie-Turquie
Le blanc immaculé de sa chemine détonnait avec son uniforme turquin et ses pupilles obscures. D’un pas discipliné, le chef de bord traînait sa silhouette dans l’étroit corridor du Dimitrovgrad-Istanbul, sans trahir la moindre émotion. Peut-être écoutait-il les murmures étouffés de la cabine mitoyenne à la mienne, d’où s’échappaient quelques consonances russophones. Et pourquoi diable cet homme avait-il un gourdin glissé sous la ceinture ? Bercé par l’à-coup des roues sur les rails, je m’endors.
À 00 h 57, réveil en fanfare. Accordé sur un métronome, le maître du wagon frappe deux coups de bâton à chaque porte. Comme un agent pénitentiaire annonçant aux détenus le début de la promenade. « Outside with baggage », aboie-t-il à répétition. Le poste de Kapikule, à la frontière bulgaro-turque, semble ancré dans une époque révolue. Les néons jaunâtres scintillent et bourdonnent par intermittence. Mutique, une poignée de policiers émaille l’étendue de béton où flotte un vent glacial.
J’intègre la file indienne. Par-delà les barreaux de l’unique guichet ouvert s’active un douanier au visage enfantin. Je lui tends mes papiers et, imitant les voyageurs précédents, fixe la caméra pointée sur mon nez. Dix secondes s’écoulent dans un silence embarrassant, puis l’homme tamponne mon passeport. Une fois franchi le portique de sécurité, je zieute l’avancée de mon sac dans le scanner à rayon X et souris à la vue du pin’s « Destroy the patriarchy ».
Puis, commence l’attente. Absurde, sans but. Certains crament une cigarette, emmitouflés dans leur manteau. D’autres frôlent les murs, en quête d’un abri épargné de la bise. Accroché sur la devanture d’une vieille bicoque, un écriteau tout aussi décati indique « Duty free ». Cartouches de tabac et bouteilles de vodka s’y amoncellent, tranchant avec l’ambiance militaire alentour.
La locomotive rugit. La promesse d’un départ imminent. J’observe l’heure sur mon téléphone : 3 h 28. Le changement de fuseau horaire a ajouté à ce drôle de spectacle sa pointe de sarcasme. Dans le compartiment, les draps de mon lit portent les vestiges d’une fouille sommaire. Mes yeux se ferment. Demain à l’aube, je serai à Istanbul.
Les étapes du voyage jusqu’en Azerbaïdjan :
- 1er novembre : Paris – Stuttgart (Allemagne)
- 2 novembre : Stuttgart – Vienne (Autriche)
- 3 novembre : Vienne – Bucarest (Roumanie)
- 4 novembre : Bucarest – Dimitrovgrad (Bulgarie)
- 5 novembre : Dimitrovgrad – Istanbul (Turquie)
- 6 novembre : Istanbul – Ankara (Turquie)
- 7 novembre : Ankara – Kars (Turquie)
- 8 novembre : Kars – Tbilissi (Géorgie)
- 9 novembre : Tbilissi – Bakou (Azerbaïdjan)