À Istanbul, Erdogan et son « ami Trump »
Un cuisinier du grand bazar d'Istanbul, en Turquie. - © Emmanuel Clévenot / Reporterre
Un cuisinier du grand bazar d'Istanbul, en Turquie. - © Emmanuel Clévenot / Reporterre
Durée de lecture : 3 minutes
Dans cette 5e chronique de son voyage en train jusqu’à la COP29 en Azerbaïdjan, notre journaliste Emmanuel Clévenot nous emmène dans les rues d’Istanbul et son grand bazar, vite rattrapé par la victoire de Donald Trump.
Reporterre part à la COP29 en Azerbaïdjan, en train ! Le sommet mondial pour le climat s’y tient du 11 au 22 novembre. Pour y aller sans exploser son empreinte carbone, notre journaliste Emmanuel Clévenot a entrepris un voyage ferroviaire de 9 jours, traversant 8 pays. Dans ce carnet de voyage, il nous raconte ses aventures et ses rencontres.
Il y a dans ce périple vers l’Azerbaïdjan une pincée de fantaisie. À la nuit tombée, les fenêtres en quinconce se parent d’un grand voile opaque. Les vallons escarpés des Carpates et les plaines verdoyantes de Bulgarie ne défilent plus à l’infini. En posant mes yeux sur la vitre, je n’aperçois qu’une lointaine lueur. Celle de la Lune, seule à percer ce miroir noir.
Puis l’aube met fin à ce tunnel entre deux univers. Désormais, au cinquième jour de mon voyage, la terre n’est qu’une étendue sèche et craquelée. De ma cabine, où le thermostat est bloqué à 27 °C, j’ai le sentiment que ce nouveau territoire suffoque. Pourtant, le mercure affiche à peine 10 °C. Et voilà que la silhouette d’Istanbul grandit au loin. Je boucle mon sac, et saute du lit.
« Vejetaryen, is it possible ? » À défaut de savoir déchiffrer la carte, Google Translate m’a aidé à prononcer « végétarien » en turc. Le cuistot s’est bidonné, mais semblait ravi d’avoir carte blanche. Au menu : un dürüm aux çig köfte. Comprenez une galette garnie de délicieux mezzés au boulgour. L’effervescence de l’ancienne Constantinople m’envahit. Je ne sais plus quoi écrire dans mon carnet, plus quoi capturer dans mon objectif. Chaque détail de ce tableau mérite que l’on s’y attarde.
Si la Mosquée bleue est envoûtante, l’harmonie des cultures l’est plus encore. Ici, l’Orient et l’Occident se sont croisés et, avec le temps, se sont confondus. Encerclé d’un monticule de polos Lacoste et Hugo Boss, ce vendeur apostrophe les touristes d’un « Bonjour » décliné en six langues. À côté, une vieille dame manipule ses lanternes aux 1 000 motifs avec une délicatesse ritualisée.
Le grand bazar, labyrinthe défiant les pupilles et l’odorat, s’endort. La foule avec. Désormais, seuls les chats dansent dans l’ombre, en quête de restes échappés d’une main maladroite. De retour dans le hall de mon hôtel, un écran diffuse la chaîne turque NTV. Les émissions spéciales ont commencé. Je n’imagine pas un instant que, quelques heures plus tard, l’indéboulonnable Recep Tayyip Erdoğan félicitera « [son] ami Trump », élu 47e président des États-Unis. La COP29 vient de prendre un tout autre tournant.
Les étapes du voyage jusqu’en Azerbaïdjan :
- 1er novembre : Paris – Stuttgart (Allemagne)
- 2 novembre : Stuttgart – Vienne (Autriche)
- 3 novembre : Vienne – Bucarest (Roumanie)
- 4 novembre : Bucarest – Dimitrovgrad (Bulgarie)
- 5 novembre : Dimitrovgrad – Istanbul (Turquie)
- 6 novembre : Istanbul – Ankara (Turquie)
- 7 novembre : Ankara – Kars (Turquie)
- 8 novembre : Kars – Tbilissi (Géorgie)
- 9 novembre : Tbilissi – Bakou (Azerbaïdjan)