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Paris inondé : voilà ce qui se passera

4 juin 2016



Voici un récit d’anticipation : Paris subissant dans quelques années une inondation plus importante que celle de 1910. Une hypothèse devenue une quasi certitude pour les experts. A lire pour... se préparer.

Samedi 4 juin, le niveau de la Seine à Paris a atteint 6,10 m, selon le ministère de l’Environnement. En 1910, il avait atteint 8,62 mètres et un grande partie de la capitale avait été inondée.

Dans un rapport réalisé par l’Institut des relations internationales et stratégiques en 2014 sur les conséquences du changement climatique sur la politique de défense, les auteurs ont imaginé des scénarios concrets de ce qui pourrait arriver. Parmi ces scénarios, Paris subissant une crue plus forte que celle de 1910. Comment notre société technologique réagira-t-elle ? Découvrez-le...


Dans la salle de gestion de crise située au quatrième étage de la préfecture de Police, Mohammed M’bala et Stéphane de Guyancourt regardent d’un air concentré la représentation holographique du débit de la Seine qui flotte au centre de la pièce, au- dessus de la grande table. A côté du Préfet d’Ile-de-France et du Secrétaire de la Zone de défense de Paris, une quinzaine d’experts, d’ingénieurs et de responsables. Tous ont les traits tirés par trop d’heures de veille. Il n’y a plus de doute : en ce mardi 15 février 2028, alors que les pluies n’ont pas cessé depuis vingt jours après une année 2027 exceptionnellement arrosée, la crue que tous suivent depuis cinq jours va dépasser le seuil fatidique : « Le niveau R devrait être dépassé dans trois heures, à l’aube », annonce l’ingénieur chef Kevin Garcia, regardant un des écrans qui parsèment la salle.

Le niveau R, c’est la référence de 1910. « Au rythme de la montée des eaux, qui ne se ralentit pas, poursuit-il, on pourrait atteindre R 1,3 voire 1,4 d’ici deux jours ». R 1,3, correspond à 30 % de plus que le niveau de 1910, soit la catastrophe que tous ici ont modélisée et étudiée, mais qu’aucun ne pensait voir de son vivant.

Les coupures d’électricité ont déjà commencé au centre de la capitale et dans sa proche banlieue : de nombreux postes de transformateurs privés ont arrêté de fonctionner, soit que les opérateurs n’aient pas pris les dispositions nécessaires, malgré les consignes dix fois répétées, soit qu’ils aient volontairement interrompu le fonctionnement pour sauver les pièces coûteuses qui seraient détruites en cas de recouvrement par l’eau.

Le plan Poséïdon, dont le dispositif central est la mobilisation de 15.000 hommes de l’armée de terre, déjà positionnés depuis quatre jours à Paris même ou dans ses environs immédiats, est déclenché. Deux milliers de soldats se déploient près des sites les plus sensibles de la capitale, d’autres se rangent près des ponts du périphérique, pour tenter de réguler la circulation qui se complique de minute en minute. On garde en réserve le plus grand nombre pour une éventuelle évacuation des populations civiles et d’autres tâches. Les compagnies républicaines de sécurité (CRS) ont pour l’essentiel été déployées aux abords des quartiers dits sensibles des banlieues.

Au cours de la matinée, les mauvaises nouvelles se succèdent. La cote de 1910 est dépassée, et l’on enregistre déjà 9,01m. L’hôpital de la Pitié Salpetrière est envahi par les eaux. Plus grand hôpital du pays, il cesse de fonctionner. Des opérations urgentes doivent être annulées, les premiers décès de patients en état critique sont annoncés. La plaine de Gennevilliers se recouvre des flots de la Seine : le port s’arrête, des usines cessent de fonctionner.

Le préfet décide de couper un à un les ponts sur le fleuve. La circulation devient chaotique, alors qu’à midi, seuls les ponts enjambant le périphérique sont désormais ouverts. Dans tous les commissariats, les appels affolés des habitants se multiplient. Nombreux sont les sous-sols d’immeubles inondés. Plusieurs lignes de métro s’arrêtent, ainsi que le RER. La station Châtelet baigne à son tour dans les eaux, et il faut évacuer des centaines de voyageurs.

Le ministre de l’Intérieur, après concertation avec le président de la République, décrète à midi l’état d’urgence. Toutes les sirènes de Paris sont mises en action, et le préfet M’bala lance l’évacuation des quartiers centraux : plus de 200.000 personnes, selon les plans pré-établis, que les militaires, munis de canots rapidement gonflables, commencent à embarquer vers des écoles et gymnases réquisitionnés dans les arrondissements périphériques.
Un nouveau problème apparaît plus tôt que prévu. La majorité des agents des services municipaux habitent en banlieue et ne peuvent plus regagner leur poste – certains, d’ailleurs, n’ont même pas cherché à le faire le matin, en entendant les dernières nouvelles. Plusieurs fonctions ne sont déjà plus assurées, et notamment l’évacuation des ordures ménagères. Le plan PROPRE est mis en œuvre, 2.000 soldats étant chargés d’enlever le plus gros des ordures.

Les coupures d’électricité se multiplient, notamment dans les tours du Front de Seine : la prestigieuse Alure 3000, édifiée en 2026 à 350 mètres de haut comme pour défier la Tour Eiffel – sa construction avait fait l’objet d’un vif débat – est paralysée : construite trop rapidement, tout n’a-t-il pas été fait dans les règles ? Pour Stéphane de Guyancourt, le moment n’est pas venu de cette discussion. L’urgence est d’évacuer les 1.000 employés qui s’y trouvaient encore – heureusement, tous ne sont pas venus ce matin, loin de là.

Un problème inattendu apparaît : le géant des télécoms Wifinet y avait logé son centre de gestion présenté comme le plus performant d’Europe. Sauf qu’il tombe en panne. Le trafic internet de tout le pays en est perturbé.

Dans les banlieues, on signale des échauffourées, maitrisées par les CRS. Mais à 15h15, dans Paris affolé, deux événements simultanés font encore monter la pression, s’il en était besoin : avenue Montaigne, des bandes de centaines d’individus pillent systématiquement tous les magasins. Positionné place de l’Alma avec deux cents hommes, le colonel Bagain demande s’il doit laisser faire, ou effectuer des tirs de sommation. La même scène se déroule au mégacentre commercial de Charenton, sauf qu’il n’y a là personne pour faire face aux pillards, sinon vingt policiers qui ont été débordés – deux ont été blessés au couteau. Au même moment, des automobilistes exaspérés sur le pont du périphérique agressent les militaires. Un soldat a été écrasé par une voiture, qui l’a coincé contre un parapet.

Il est dix-sept heures : la cote atteint 9,50 m et ne montre pas de signe de ralentissement. Dans neuf arrondissements, l’eau n’est plus distribuée. M. M’bala ordonne l’évacuation de quartiers représentant environ 300.000 habitants supplémentaires. Il faut aussi lancer l’approvisionnement alimentaire et en eau de la population. Avenue Montaigne, l’ordre de tir a été donné contre les pillards qui, comme fous, agressaient la première ligne des militaires : trois morts. Mais d’autres bandes dévastent les Champs-Elysées : une compagnie se positionne place Franklin Roosevelt. La nuit est tombée : dans Paris ville obscure, ville affamée, ville paniquée, les autorités tentent de faire face. Mais la cote atteint 10,02 à minuit...




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Lire aussi : L’ampleur des inondations est accentuée par les mauvaises pratiques agricoles

Source : IRIS, Conséquences du dérèglement climatique pour le ministère de la Défense (en téléchargement, p. 66).

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