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Pillage au Sarahoui, forêts en Afrique, mines au Pérou - le voyage du FSM

28 mars 2015 / Clément Barraud, Hervé Kempf et Isabelle Rimbert (Reporterre)



Peu de pluie, vendredi, au Forum social mondial de Tunis, mais un vent à décorner les boeufs ! Ce qui n’a pas empêché les milles réunions de se poursuivre ardemment - du moins quand on arrivait à trouver les salles où elles ont lieu, les localisations dans le très grand campus de l’université El Manar étant des plus incertaines...

En ce qui concerne l’environnement, les pérégrinations des reporters les ont focalisé ce jour sur la question des ressources naturelles.

Le pillage des ressources naturelles du Sahara occidental, par le Maroc... et par Total

Dans le conflit qui les oppose au Maroc sur la reconnaissance du Sahara occidental, les Sahraouis doivent faire face à l’accaparement de leurs terres pour l’exploitation des ressources naturelles. Depuis 1975 et la fin de la présence espagnole, le Maroc et un certain nombre de multinationales lorgnent sur la richesse des sols du Sahara occidental. Pour la délégation sahraouie présente à Tunis, « le Maroc n’a pas le droit de s’approprier les ressources car c’est une zone qui est en partie sous contrôle des Nations Unies. L’occupation n’est pas seulement pour lui un moyen d’étendre son territoire, mais aussi de prendre le contrôle du pétrole, du gaz, du phosphate ».

Le Sahara occidental possède en effet de quoi aiguiser l’appétit de compagnies marocaines ou étrangères. « À 110 km de la capitale, Laâyoune, la ville de Boukraa abrite une importante mine de phosphate, qui représente 10 % de la production mondiale », expliquent-ils. Un trésor que des compagnies occidentales, comme le groupe canadien Potash Corporation, n’hésitent pas à exploiter, pour le plus grand plaisir du Maroc. En 2014, le Royaume a acheté à la compagnie pas moins de 7 000 tonnes de phosphate.

Autre ressource convoitée : le gaz. La première compagnie à s’y intéresser est Total, qui a débuté les explorations en 2000, dans le cadre d’un accord passé avec l’Etat marocain. Mais un rapport des Nations Unies de 2001 affirme que l’exploitation est illégale, puisque le Maroc n’a pas consulté les habitants au préalable.

Au fil des années, la pression s’intensifie sur les Sahraouis. C’est l’ensemble de leur environnement qui est menacé. « Même le sable est exploité ! Il est envoyé au Portugal ou aux îles Canaries… Bref, nous avons des terres extrêmement riches, mais absolument rien ne nous revient ».

Le gaz de schiste en Algérie... toujours !

La discussion sur le gaz de schiste en Algérie a été une des grandes affaires du Forum. On vous a raconté hier la vive discussion qui avait eu lieu dans un atelier organisé par des pro-gaz de schiste avec... la compagnie pétrolière algérienne Sonatrach. Un atelier qui a suscité des protestations auprès des organisateurs du Forum : comment avoir accepté de tels partenaires, alors qu’un mouvement de protestation populaire secoue le sud de l’Algérie contre les projets de gaz de schiste ?

Vendredi, en tout cas, le sujet était la grande préoccupation des Algériens présents au Forum. Un autre atelier s’est tenu pour reparler de cette lutte. Reporterre n’a pu le suivre intégralement, mais voici en substance ce qu’a dit un représentant du Comité des chômeurs de Lhagouat, au nord du désert.

Le gouvernement algérien se moque du peuple : son chef aurait dit que les produits chimiques utilisés pour la fracturation hydraulique sont les mêmes que ceux utilisées pour fabriquer les couches de bébé. En fait, l’affaire du gaz de schiste est une nouvelle forme de colonialisme, utilisant les traités internationaux pour favoriser les multinationales, le gouvernement soutenant celles-ci. "Le régime algérien représente les intérêts des compagnies Schlumberger, Halliburton, Total". Les militants dans le sud sont pacifistes, ils ne croient pas à la violence, mais ils sont accusés de terrorisme dès qu’ils manifestent.

Au Togo et au Gabon, des associations se battent contre la déforestation

En Afrique, la déforestation touche de plus en plus de régions. Dans plusieurs pays, la diminution des forêts est un sujet préoccupant pour la société civile, qui s’inquiète du peu d’actions menées par les Etats pour endiguer le phénomène. Au Togo, par exemple, « des actions de reboisement ont été menées entre 1960 et 1990, mais depuis, plus rien, déplore Esso Pedessi, membre de l’association togolaise Jeunes Verts. Dans le sud, une localité subit des inondations depuis 2010, directement dues à la perte de la couverture végétale. De nombreux habitants ont quitté le territoire, 400 maisons ont été emportées par l’eau ! »
.
Avec d’autres associations, les Jeunes Verts tentent de reboiser des zones avec l’aide des populations locales. « Notre objectif est de travailler en relation directe avec les paysans, les femmes qui sont très présentes dans les activités agricoles ».

La présence de multinationales sur le continent africain n’arrange rien. Au Gabon, ATTAC et d’autres organisations tentent également de préserver le pays des conséquences de la perte des forêts. Créée en 2009 mais toujours pas reconnue officiellement, la section gabonaise d’ATTAC comprend une cinquantaine de membres actifs, et milite principalement sur les questions environnementales. « Notre gouvernement met en avant son engagement pour l’environnement, mais ce n’est que de la communication, tout le monde le sait », explique Julien Nkolo, militant d’ATTAC. Avec d’autres associations, nous conduisons des actions de reboisement avec nos moyens, qui sont malheureusement limités. Mais la société civile est de plus en plus active ».

Au Pérou, la bataille contre les mines

Marco Zeisser Polatski

Marco Zeisser Polatsik est porte-parole de l’association Cooper Accion, au Pérou. Il vit près de Cusco, dans le sud du pays. Le sous-sol en est très riche, en or et en cuivre, mais aussi en zinc, argent, molybdène. Et si les cours des matières premières, qui ont baissé depuis deux ans, freinent un peu l’ardeur des compagnies minières, de nombreux projets sont encore dans les cartons. Avec, à la clé, des dégâts environnementaux et les violations des droits des communautés indigènes.

Par exemple, Marco travaille dans une région de montagne, près de Cusco, où les mines se trouvent à 4 000 mètres d’altitude, sur la partie haute des bassins versants. Leurs rejets polluent la partie basse de la vallée, qui sont cultivées. L’opposition aux mines est soit frontale - refus pur et simple -, soit de coexistence : il s’agit alors d’obtenir un contrôle de la pollution, des emplois pour les locaux, une juste rétribution pour l’achat des terres, des retombées financières pour les communautés. Autant de points qui exigent d’âpres batailles.

La conflictualité ne cesse d’augmenter : au Pérou, explique Marco Zeisser, il y a un Défenseur des droits qui établit un rapport mensuel sur les conflits dans le pays : il en relevait environ 180 il y a quelques années, on en est à 240, et 70 % se déroulent dans les zones d’activité minière.

Peut-on exercer le pouvoir sans trahir ?

La jeunesse contre le reste du monde ? Ou plus précisément : "Anciens et nouveaux mouvements, quelle alternative dessiner ensemble". C’était le thème débattu vendredi soir au théâtre du Colysée à Tunis, autour sept intervenants. Des "plus vraiment jeunes", de leur propre avis, ni vraiment représentatifs de la nouvelle génération de contestataires.

Pour Kamal Lhabib, du Forum des alternatives au Maroc, "les mouvements contestataires émergent d’une base locale sur des combats concrets, et ont en commun une défiance vis à vis de la bureaucratie, de l’Etat et de la démocratie représentative. Ils réinventent le système de l’agora, se réunissent en AG informelles. Nombreux sont les porteurs de revendications qui ont une réelle aversion du pouvoir."

S’y ajoute une remise en cause des partis politiques traditionnels. Comme le Parti des travailleurs au Brésil, qui a accédé au pouvoir sans changer vraiment la donne, déplore Candido Grzybowski, l’un des co-fondateurs du FSM : "Même une nouvelle Constitution ne change pas l’Etat, ni la police d’ailleurs. Il faut que ceux qui accèdent au pouvoir ne soient pas mangés par lui".

En Tunisie, dit Lhabib, la révolution a laissé la place "soit au parti islamiste, soit à d’anciens détenteurs du pouvoir", mais "n’a pas laissé la place aux jeunes". Et il poursuit : "La prise de pouvoir quand on veut changer le système et l’Etat est en soi une contradiction. Comment sortir de ce blocage ?"

En espérant, malgré les "désillusions démocratiques", un nouveau souffle comme celui porté par le parti désormais au pouvoir en Grèce ? "L’expérience de Syriza pose en effet la question du pouvoir, dit Stelios Kouloglou député européen de Syriza. On a contre nous toutes les forces de la société internationale, qui use de méthodes similaires à celles qu’ont utilisé les Etats-Unis au Chili contre Salvador Allende : faire pleurer l’économie. Mais nous avons le soutien sans précédent du peuple. Si on garde ce soutien, on a une chance de réussir."

Le défi majeur, selon lui : "Maintenir des mouvements d’opposition, et leur permettre une représentation politique capable de vraiment faire changer les choses".

L’Américaine Cindy Wiesner, de la coalition Grassroots global justice, estime, elle, qu’"il y a une désillusion massive par rapport au processus électoral. Il faut transformer l’Etat, afin de réussir l’expérience du pouvoir dans le sens d’un réel changement social. Obama n’est qu’une autre couleur du néolibéralisme. Trouver des ponts entre les anciens et nouveaux mouvements sociaux, c’est ce qu’on essaie de faire. Le capitalisme est si dépendant de l’économie extractive qu’il sait la menace que nous représentons et cherche à nous discréditer."

Intéressant... mais on n’a pas pu y aller

Justice climatique en Afrique du nord




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Lire aussi : Gaz de schiste en Algérie et permaculture en Tunisie - Le voyage au FSM

Source : Clément Barraud, Hervé Kempf et Isabelle Rimbert pour Reporterre

Photos :
. chapo et Marco Zeisser : Hervé Kempf
. atelier saharaoui : Clément Barraud
. atelier jeunes : Isabelle Rimbert

DOSSIER    Mines et Gaz de schiste Forêts tropicales

THEMATIQUE    International
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