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Culture et idées

Pour Nature et Progrès, le nucléaire n’est pas écolocompatible

Le nucléaire, compatible avec la lutte contre le réchauffement climatique ? Pour la revue « Nature et Progrès », il faut remettre fermement les pendules à l’heure : l’énergie atomique n’est pas une solution pour le climat, et ne le sera pas non plus à l’avenir.

L’idée de ce dossier sur le nucléaire est née lors d’un rassemblement, « Les 30 ans de l’écologie », organisé à Paris 
par Reporterre avant les confinements. 
Cet évènement, vivifiant et très festif, était notamment tourné vers l’agroécologie paysanne et ses préoccupations, à la fois environnementales et sociales. Ce qui m’a marquée, c’est la moyenne d’âge du public présent à ces rencontres : la trentaine environ.

L’enthousiasme, la soif d’une société à refonder sur des valeurs de solidarité et de partage, faisaient vraiment chaud à entendre de la part de cette génération montante. Tandis qu’autour d’une bière artisanale bio nous discutions avec quelques amis de la question énergétique, un jeune s’est installé parmi nous et s’est mis à parler des avantages du nucléaire, cette « énergie décarbonée »… En substance, pour lui, il y avait une priorité : le climat avant tout ! Avec une belle conviction et pas mal d’aplomb, il nous expliqua que si nous poursuivions le nucléaire, en le sécurisant bien sûr, nous pourrions conserver notre mode de vie, mais sans entraîner la planète dans le réchauffement climatique.

Ce qui m’a le plus troublée en l’écoutant, c’est la réelle bonne foi qu’il mit dans son argumentation. Il n’ignorait pas être à ce moment même au cœur de la mouvance écologiste émergente, dont j’ai perçu qu’il se sentait partie prenante. Mais il semblait assuré que les prouesses technologiques, la fusion froide, les nouveaux réacteurs nucléaires, la gestion des flux énergétiques par ordinateurs, les outils connectés, etc. sauraient, couplés à l’économie circulaire, répondre aux défis à venir.

La force de ses certitudes m’a sérieusement bousculée, d’autant que son discours n’a pas semblé susciter l’opposition à laquelle j’aurais pu m’attendre dans un tel lieu. Jusque-là, je n’avais jamais imaginé qu’un être sensé puisse concilier le nucléaire et l’écologie. Et encore moins que la propagande nucléocrate des Jancovici et autres Jouzel pouvait avoir à ce point imprégné cette nouvelle génération d’écologistes.

Mais quand j’ai croisé cette tolérance, cette « tiédeur » vis-à-vis du nucléaire au sein même de Nature & Progrès, toujours au nom de la priorité climatique, j’ai réalisé qu’il était peut-être temps de « remettre les pendules à l’heure »… De redire l’origine militaire de cette technologie, ses dangers, sa voracité, ses coûts cachés, l’opacité de son pouvoir, son ignoble emprise sur l’avenir. Pour éviter le réchauffement, doit-on vraiment lui préférer les affres de la contamination radioactive ?

Nelly Pégeault, rédactrice en chef de la revue.

  • La revue Nature et Progrès est engagée dans une réflexion globale sur la mondialisation, le commerce et la sobriété dans nos modes de vie. N° 131, 6,50 €.

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