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Énergie

Baisse du nombre de passoires thermiques : le gouvernement préfère changer de calcul

Le DPE d'un appartement parisien classé F, dont la consommation élevée est due à une mauvaise isolation.

Le gouvernement entend modifier le diagnostic permettant de savoir si un logement est une passoire thermique. Les associations dénoncent une tentative de faire baisser artificiellement le nombre d’habitats mal isolés.

Haro sur le DPE ! Cette semaine, le diagnostic de performance énergétique (DPE) — reconnaissable par son score allant de A (logement passif) à G (très énergivore), de vert à rouge — s’est retrouvé sous le feu des critiques. Le 12 février, Christophe Béchu a annoncé une modification du calcul de l’étiquette pour les appartements de petite taille. Il a lancé le 13 février une consultation publique sur un projet d’arrêté. Dans la foulée, Bruno Le Maire s’est dit favorable à une « évolution de la méthodologie », afin de faire sortir « des centaines de milliers de logements » de leur statut de passoire. Mais quelle mouche a donc piqué le gouvernement ?

Créé en 2006, le DPE est une sorte d’état des lieux énergétique du bâtiment, prenant en compte l’isolation, le type de chauffage, l’orientation ou la hauteur sous le plafond, « mais il ne s’agit pas d’une méthode de prévision de votre consommation », prévient Olivier Sidler, porte-parole de l’association Négawatt. D’où de potentiels (grands) écarts entre la consommation annoncée par un DPE et celle mesurée ensuite par les compteurs intelligents. Attention donc à ne pas confondre diagnostic et avant-goût de facture électrique… tout dépend de votre mode de vie ! Un peu comme pour l’étiquette énergie d’un véhicule : même si elle annonce une consommation de 7 litres pour 100 km, vous brûlerez plus de carburant si vous roulez à 120 km/h que si vous roulez à 70 km/h.

Mais revenons à nos ministres. Ils estiment que le DPE n’est pas suffisamment fiable. « On s’est rendu compte que plus la surface d’un logement est petite, plus la part de l’eau chaude sanitaire pèse sur son classement, sans lien réel avec le nombre d’occupants », a ainsi indiqué Christophe Béchu au Parisien. En clair, dans le calcul d’une note énergétique, la consommation d’eau chaude n’est pas évaluée dans l’absolu, mais rapportée au m2.

Ainsi, même si une personne vivant dans 25 m2 se douche a priori autant qu’une personne dans 50 m2, sa consommation sera estimée comme plus importante dans le DPE ; et son logement sera donc moins bien noté, selon le cabinet du ministre. Ce dernier a donc annoncé un changement de calcul, qui devrait permettre de sortir 140 000 logements des classes F et G.

Un coup de baguette magique

Une annonce qui désole Olivier Sidler : « Oui, les petits logements sont mauvais d’un point de vue énergétique, mais on ne veut pas le voir, affirme-t-il. Ils ont souvent des ballons d’eau chaude surdimensionnés, éloignés des robinets [ce qui fait qu’on doit attendre de longues minutes avant que l’eau chauffe], et mal isolés. » D’après lui, mieux vaudrait s’attaquer aux vraies causes du problème plutôt que de taper sur le DPE.

« On n’est pas forcément contre le fait qu’il y ait des aménagements s’ils sont légitimes et pertinents pour ne pas défavoriser les petits propriétaires, indique de son côté Isabelle Gasquet, du réseau Cler. Mais attention à ne pas démotiver les gens à rénover, sinon ce sera contre-productif ! » Pour elle, il serait ainsi plus efficace de prendre en charge à 100 % les travaux pour les propriétaires les plus modestes.

Outre cet imbroglio autour de la douche, Olivier Sidler se dit bien plus inquiet des annonces de Bruno Le Maire. Le ministre de l’Économie souhaite en effet revoir « le volet coefficient de conversion énergétique, qui désavantage l’électricité et avantage le gaz ». Derrière ce nom barbare se cache une vieille antienne des énergéticiens.

« Ils veulent modifier le thermomètre, mais ça ne résoudra pas les problèmes »

Pour faire simple, on calcule aujourd’hui la consommation des bâtiments en énergie primaire, autrement dit on évalue combien il aura fallu de ressources (bois, charbon, gaz, uranium) pour chauffer nos maisons. Un calcul qui désavantage l’électricité, comme l’expliquait à Reporterre Étienne Charbit, du Cler, en 2020 : « Pour produire 1 kWh d’électricité, il faut produire environ 2,7 kWh en énergie primaire nucléaire, car il y a des pertes d’énergie en cours de production. » Côté gaz ou bois, qui arrivent directement dans nos tuyaux ou nos poêles, il n’y a pas une telle différence.

Bruno Le Maire voudrait donc changer la méthode, afin de faire gagner quelques bons points de performance énergétique aux logements chauffés à l’électricité. Un coup de baguette magique en quelque sorte, sans avoir à sortir la truelle. « Ils veulent modifier le thermomètre, mais ça ne résoudra pas les problèmes, s’indigne Olivier Sidler. C’est relativement grave, car ça va améliorer artificiellement l’étiquette des logements, sans qu’ils soient mieux isolés. »

Une volonté démentie du côté de l’hôtel de Roquelaure, le cabinet de M. Béchu, assurant qu’« à ce stade, il n’y a pas de projet sur la table de modification de la méthodologie du DPE ». Sauf que l’énergie n’est plus du ressort du ministère de l’Écologie.

Des factures identiques

Ces déclarations ont cependant ravi les professionnels de l’immobilier et du bâtiment. « Cette modification va permettre de remettre des appartements à la location, même si on crée un DPE plus light », s’est félicité auprès de l’AFP le président de la Fédération française du bâtiment, Olivier Salleron, suite à la déclaration de M. Béchu. Car c’est bien là le nœud de l’affaire : en janvier 2025, l’ensemble des bâtiments classés G ne pourront plus être loués sans avoir été rénovés — ou plutôt les locataires pourront se retourner contre les propriétaires pour exiger des travaux. Soit près de 640 000 logements.

Or plus l’échéance approche, plus l’objectif paraît ardu à tenir. Car force est de constater que la rénovation de ces édifices énergivores — pourtant affichée comme une priorité par le président Macron — patine. « Il y a clairement une bronca chez les propriétaires qui n’ont pas envie, ou pas les moyens, de faire les travaux, observe Olivier Sidler. Et puis le marché du logement est déjà très tendu, on risque donc de manquer de logements si toutes les passoires ne peuvent plus être louées. »

D’où cette « tentation de faire baisser de manière artificielle le nombre de passoires énergétiques », alerte Isabelle Gasquet, du réseau Cler. Un tour de passe-passe au détriment des plus précaires. « Ce n’est pas parce qu’on change les règles du DPE que le logement deviendra miraculeusement confortable pour les locataires, et tout ça ne fera pas baisser leur facture d’énergie. » Un Français sur cinq souffre du froid en hiver... et les annonces des ministres ne vont pas les aider à se réchauffer.

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