123
Média indépendant à but non lucratif, en accès libre, sans pub, financé par les dons de ses lectrices et lecteurs

En brefClimat

Pourquoi les scientifiques s’engagent (ou pas) pour le climat

Des membres de collectifs allemands de scientifiques en rébellion devant un Apple Store de Berlin, le 17 mai 2024.

Les scientifiques, qu’ils travaillent ou pas sur le climat, ont un rôle prépondérant à jouer pour sensibiliser au changement climatique. Si beaucoup d’entre eux sont prêts à s’impliquer plus pour cela, plusieurs obstacles les freinent. C’est ce qui ressort de l’étude de grande ampleur publiée le 5 août dans la revue Nature Climate Change.

Les chercheurs néerlandais ont envoyé un questionnaire à 200 000 scientifiques dans 115 pays, toute discipline et niveau de carrière confondus. Objectif : mesurer quelles étaient leurs convictions en matière de climat, leurs actions, le rôle qu’ils estimaient être le leur. 9 220 ont répondu.

« 91 % de tous les scientifiques interrogés estiment que nous avons besoin de changements fondamentaux dans les systèmes sociaux, économiques et politiques », résume dans un tweet Fabian Dablander, l’un des auteurs de l’étude. Plus de la moitié estiment qu’ils devraient s’engager davantage pour cette cause. Si beaucoup ont déjà modifié leur mode de vie, ils sont en effet moins nombreux à s’engager dans le plaidoyer ou l’activisme. Sans surprise, les scientifiques qui travaillent sur le climat sont les plus impliqués.

La peur de perdre leur crédibilité

29 % des interrogés ont déclaré s’engager déjà dans des activités de plaidoyer, 23 % avoir participé à des manifestations légales et 10 % à des actions de désobéissance civile. Des obstacles intellectuels sont évoqués : les croyances sur le rôle des scientifiques qui devraient, par exemple, rester « objectifs » et la peur de perdre leur crédibilité ; le manque de connaissances sur le climat ; le sentiment que leur propre empreinte carbone est trop élevée. D’autres obstacles plus pratiques apparaissent, tels que le manque de temps ou l’absence de relations avec des activistes.

Plusieurs barrières intellectuelles pourraient être levées par la sensibilisation et l’éducation, selon les auteurs. Ils proposent notamment de faciliter les interactions entre les scientifiques inquiets, engagés et les autres. Ou encore d’intégrer des cours sur l’urgence planétaire et les réponses adéquates dans chaque programme, quelle que soit la discipline. Enseigner l’histoire des mouvements sociaux (droit de vote des femmes, journée de travail de huit heures, etc.) serait aussi utile afin de convaincre de l’efficacité du plaidoyer et de la protestation.

Enfin, les craintes sur la perte de crédibilité seraient « largement infondées », d’après les auteurs, même si des recherches supplémentaires sont nécessaires sur ce point.

legende