Quand Mélenchon et Mamère discutent d’écologie politique

Durée de lecture : 3 minutes

15 novembre 2016 / Barnabé Binctin (Reporterre)

Pendant près d’une heure, le candidat à la présidentielle et l’ancien membre d’Europe Écologie Les Verts ont conversé, partageant des idées autour de l’écologie et cherchant des convergences. Sans dissimuler non plus des désaccords.

Une franche poignée de main, des accolades à tout-va, du tutoiement et une connivence de bon aloi : la rencontre, organisée mercredi 9 novembre et animée par Pierre Jacquemain, du magazine Regards, entre le député écologiste Noël Mamère et Jean-Luc Mélenchon, candidat à la présidentielle 2017 avec son mouvement La France insoumise, avait tout d’un premier gros caillou dans la chaussure de Yannick Jadot, moins de 48 h après son élection comme candidat d’EELV pour la prochaine élection présidentielle.

Certes, Noël Mamère, lui-même candidat des écologistes en 2002 — et qui a quitté le parti d’EELV en 2013 — n’a pas officiellement rallié la candidature de Jean-Luc Mélenchon. « Je ne suis pas là pour faire du buzz et dire à la sortie : “Je vote Mélenchon” », a-t-il ainsi assuré, se contentant d’un « il se peut que je vote pour lui ». Mais la démarche ne faire guère illusion, et certaines explications encore moins : « Dans l’état actuel de délitement de la gauche, Jean-Luc est une sorte de voiture-bélier qui peut affaiblir l’hégémonie d’un Parti socialiste qui est arrivé à la fin. (…) Il y a une candidature de combat, celle de Jean-Luc, là où les écologistes sont condamnés à une candidature de témoignage. »

Noël Mamère persiste et signe donc, après son interview dans Regards la semaine précédente — interview qui a engendré l’invitation de Jean-Luc Mélenchon à cette rencontre, présentée comme un « dialogue » et non comme un « débat ». De fait, pendant une heure, les deux hommes ont conversé sur l’élection états-unienne puis interrogé les concepts de populisme et le renversement du Parti socialiste : « Ces gens nous proposent la méthode qui a conduit à la déroute de Clinton, en nous imposant des créatures d’appareils qui, à la faveur de primaires truquées et d’un pilonnage médiatique, coupent tout ce qui dépasse. (…) C’est la martingale du confort », a ainsi lancé Jean-Luc Mélenchon.

Un exercice devenu rare dans la sphère politique 

Face à leur complicité évidente, on pourra regretter que les échanges soient passés aussi rapidement sur la transition énergétique, la réduction des consommations ou la conversion paysanne de l’agriculture. Et que la géopolitique, l’Europe ou la question migratoire ne soient pas un seul instant évoquées. Certes, le terme de planification, mantra de Mélenchon souvent dénoncé du côté d’EELV, a fait l’objet d’un éclaircissement constructif. On devine toutefois que d’autres clivages existent entre ces deux visions de l’écologie politique.

C’est aussi, paradoxalement, ce qui a fait le charme de cette discussion : lorsque deux personnalités aussi érudites confrontent ainsi leurs regards, les digressions sont souvent riches d’enseignements. À l’image de ce désaccord qui semble poindre sur la question de la technique, lorsque Noël Mamère convoque les maîtres de sa critique — Ellul, Charbonneau, Gorz ou Illich — tandis que Jean-Luc Mélenchon assume l’héritage de son école de pensée qu’est le matérialisme historique.

C’est finalement un exercice devenu rare dans la sphère politique auquel se sont livrés les deux hommes. Citant tour à tour Paul Ariès et Hugo Chavez du côté de Jean-Luc Mélenchon, et Amartya Sen ou Henry David Thoreau du côté de Noël Mamère, ils ont partagé des idées et cherché des convergences autour de l’écologie. Par les temps qui courent, cela ne peut pas faire de mal à la politique française.


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Source : Barnabé Binctin pour Reporterre

Photo : capture de l’entretien.

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