Quand un camp de vacances de jeunes vit l’écologie au quotidien

Durée de lecture : 6 minutes

24 juillet 2015 / Emilie Unternehr (Reporterre)

Nourriture bio, toilettes sèches et shampoings non chimiques : le camp de vacances des jeunes du Mouvement rural de la jeunesse chrétienne s’est placé cette année sous le signe de l’écologie au quotidien. Pas toujours facile, mais ça marche. Ce qui n’empêche pas de s’amuser, et de gamberger.


- Rouvroy-les-Merles (Oise), reportage

« Les toilettes sèches, on dira ce qu’on voudra, mais je ne trouve pas ça très hygiénique ! », s’exclame Constance, 16 ans. Elle est originaire du Nord-Pas-de-Calais et se retrouve ces jours-ci à Rouvroy-les-Merles, commune picarde d’une cinquantaine d’habitants, où le camp écologique du Mouvement rural de la jeunesse chrétienne (MRJC) s’est installé cette année. Des champs à perte de vue, et quelques maisons en brique rouge entourent le camp, établi dans un ancien lycée agricole. Le MRJC est un mouvement présent dans plusieurs régions en France, qui regroupe des lycéens, sans distinction de croyance religieuse ou d’origine géographique.

Des camps régionaux sont organisés tous les ans, mais à l’échelle nationale les regroupements sont plus rares. Cette année l’équipe picarde, très impliquée dans les questions écologiques, a organisé un camp national en le plaçant sous le signe de l’écologie. « Les MRCJ régionaux ont tous une démarche environnementale importante, c’est un projet global, mais les Picards sont particulièrement investis dans ces questions », confirme François, animateur du camp Pays de la Loire, qui termine son master de sociologie.

Au camp, on vit bio dans tous les sens du terme. Les toilettes sont bien sûr sèches, et tous les savons, shampooings, et produits hygiéniques utilisés respectent la charte des produits biologiques. « Certains jeunes n’en avaient pas apporté, et les animateurs avaient prévu des réserves », dit Claudie, animatrice Rhône-et-Loire.

L’équipe de Meurthe-et-Moselle prépare le repas du soir

Se fournir chez les petits producteurs locaux

Quant à la nourriture, « elle est en quasi totalité bio et locale », affirme Guillaume, responsable de l’alimentaire au camp. Arboriculteur picard, Guillaume avait tous les contacts nécessaires pour nourrir 350 personnes. « On fait appel à trois maraîchers du coin, un boulanger, un producteur bio pour les produits laitiers, un producteur de miel et de confitures, un autre pour la viande », poursuit-il. « L’immense majorité des produits sont bios, sauf certains qui sont certifiés sans traitement et qui n’ont pas l’appellation biologique, mais tous sont locaux. »

Plus que le bio, c’est la relocalisation qui est promue. « Je suis convaincu que la dame qui nous vend des poulets qui ne sont pas officiellement bio, mais qui vivent à l’extérieur d’une petite ferme du village, est bien plus écologique que les producteurs des œufs du supermarché qui ont l’étiquette bio », dit François.

Le but est surtout de s’implanter localement, d’aller à la rencontre des gens et de ne pas se contenter de s’installer sur un terrain au hasard. Par exemple des jeunes sont allés arracher des betteraves chez un petit producteur, qui leur a offert des poulets en échange. L’occasion de découvrir une exploitation agricole et de comprendre les enjeux locaux de la région. Les déchets du camp sont évidemment triés, et les déchets organiques (pelures, restes des aliments) sont apportés aux quinze poules et aux deux moutons du camp.

Des douches… en carton

La plupart des jeunes sont déjà sensibilisés à l’écologie par leur famille. « Mes parents ont toujours été très écolos, à la maison on a toujours mangé bio », dit Constance. « Les miens aussi, on se fournit toujours chez des producteurs locaux, on a même construit des toilettes sèches ! », confirme Pierre-Yves, 18 ans, qui vit à Lyon depuis un an et qui a encore du mal à s’adapter à la vie en ville. Bien que dans l’ensemble, la vie écolo convienne aux jeunes comme aux animateurs, elle requiert une adaptation. « J’ai hâte de retrouver des toilettes normales », explique Constance. « Les cosmétiques bio c’était vraiment galère à trouver ! », poursuit Gabriel, 15 ans, dans le camp limousin.

Une autre déconvenue, et pas des moindres : les douches du camp étaient en carton ! Avec les toilettes sèches volontairement fabriquées en carton, le MRJC avait commandé à la même entreprise des douches en bois. Mais une fois les douches livrées, la surprise est de taille quand les organisateurs découvrent des douches en carton. Evidemment, les douches ont vite pris l’eau. Au bout de quelques jours, les jeunes se sont retrouvés avec seulement trois douches, pour 350 personnes. Provisoirement, les participants ont donc pris leurs douches au jet d’eau, en maillot de bain, là où ils faisaient la vaisselle. Mais de nouvelles douches en bois ont vite été construites, pour pallier le problème.


L’ÉCOLOGIE, MAIS PAS QUE !

Pierre-Yves, Constance et Gabriel, en randonnée

« Les camps du MRJC m’enrichissent toujours énormément », assure Paula, de l’équipe Picardie, « je grandis un peu plus à chaque camp ». Entre les différents jeux, activités de bricolage, ou chantiers, les lycéens qui participent aux camps viennent avant tout pour échanger, avec des jeunes de leur âge qui s’intéressent aussi aux questions de société. « Ce genre de réflexion, de questionnement, ça n’existe pas au lycée, ça n’intéresse personne là-bas », continue Paula. « Au MRJC, on a tous le même esprit, même si on n’a pas les mêmes idées », confirme Maurine, 17 ans, originaire de Meurthe-et-Moselle et habituée des camps MRJC.

Chaque soir, entre 17 et 19 h, des débats sont organisés entre les jeunes. La diffusion du film La Vague a par exemple donné lieu à une discussion animée sur le thème de la démocratie et des problèmes actuels de la société. « Les idées d’échanges politiques ou économiques viennent des jeunes, moi je suis là pour les aider, mais les débats sont menés par eux », affirme Claudie, animatrice Rhône-et-Loire.

L’objectif de ce camp, et du MRJC en général : « Essayer de changer le monde ensemble, de se prendre en main, notamment sur les questions d’écologie ou de baisse des inégalités », explique François, animateur Pays de la Loire, qui s’investit aussi dans les questions religieuses.

Certains jouent de la musique pour récolter quelques « merles »

Jeu de rôle grandeur nature

C’est dans cet objectif que les bénévoles ont organisé un week-end entier de jeu de rôles. Une grande première, très attendue par tout le monde. Vendredi 17 juillet, chaque participant a reçu une enveloppe contenant son rôle dans la société et une certaine somme d’argent. Certains se sont retrouvés rentiers avec 1000 « merles » dans leur enveloppe, d’autre mendiants, sans un merle en poche. Les jeunes ont voté pour leur président et c’est maintenant à eux de construire leur nouvelle société, disposant d’une liberté totale.

Des bureaux Pôle emploi, une banque, un supermarché, une fois qu’ils ont pris connaissance de leur nouvelle position dans le monde, les jeunes n’ont plus qu’à chercher du travail, ou à se reposer au club privé. Très vite, certains montent leur association ou leur petite entreprise : vendeur de crêpe, masseur, écrivain d’amour, taxi en brouette, arroseur public… D’autres jouent de la guitare, du saxophone ou de l’accordéon en espérant recevoir quelques merles.

Le nouveau monde s’organise vite, les jeunes faisant preuve de beaucoup de motivation et d’imagination. Certains se font rapidement licencier, d’autres ont quelques problème avec la Sécurité sociale, et certains malchanceux finissent même en prison. « Ça nous donne un avant-goût de la vie active, et j’avoue que ça fait un peu peur ! », s’amuse Julie, de Franche-Comté.


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Source et photos : Emilie Unternehr pour Reporterre

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