Je fais un don
OBJECTIF :
120 000 €
60944
COLLECTÉS
51 %

Qui connait Alternatiba ?

25 septembre 2015 / Emilie Massemin (Reporterre)

Samedi 26 septembre et dimanche, le mouvement citoyen Alternatiba investit la place de la République, à Paris, pour son grand village des alternatives contre le changement climatique. 50 000 visiteurs sont attendus pour les concerts, débats et animations de cette grande fête citoyenne. Mais le mouvement mobilise-t-il au-delà des cercles militants ?

Connaissez-vous Alternatiba ? Deux jours avant l’arrivée du Tour Alternatiba et le grand village des alternatives organisé samedi et dimanche place de la République à Paris, nous sommes allés poser la question aux habitants du quartier. Mi-curieux, mi-inquiets, parce que nous avons parfois l’impression que le mouvement citoyen peine à mobiliser en-dehors du cercle des convaincus.

Assis au pied du monument à la République, mercredi vers 17 h 30, Théo, 21 ans, et Axel, 24 ans, partagent une bière en discutant. « Alternatiba ? Je ne connais pas du tout. Pourtant, Axel habite à cinq minutes à pied de République, souligne Théo, en tortillant une dreadlock échappée de son chapeau. Est-ce qu’ils ont communiqué ? C’est dommage, parce que je connais plein de squats de musicos dans le XIe qui seraient sensibilisés. La Petite Maison de Charonne, par exemple : ils sont à fond là-dedans, ils font de grands repas bio et végés. »

« Les passants vont être séduits »

Axel, lui, n’est pas inquiet. « Les gens qui vont passer au hasard seront séduits, assure-t-il. On va de plus en plus se mettre au ’vert’, maintenant qu’on voit que le système actuel ne marche pas. En plus, on entend de plus en plus parler de la hausse des températures. »

Assis à deux mètres d’eux, penché sur son smartphone, Marc, lycéen de 17 ans, avoue lui aussi son ignorance. De même que Jérôme, consultant santé–travail de 37 ans, « pas du tout au courant ». Aveu identique chez Lucile, 23 ans, en recherche d’emploi dans le design. « Il ne me semble pas avoir vu d’affiches, hasarde Danièle, 68 ans, retraitée. Pourtant, je vis dans le quartier. A moins que je n’aie pas fait attention parce que je ne connaissais pas ? »

Informés par les parents, les copains...

Debout près du monument, Juliana, 21 ans, attend un rendez-vous. « Alternatiba ? Oui, ils sont passés dans ma ville de Carbonne [Haute-Garonne, NDLR] le 13 juin dernier », déclare-t-elle. L’étudiante en cinéma connaît le mouvement par son père, « très porté sur l’écologie » et membre de l’Asso’s Epicée qui réunit musiciens et amateurs de musique de la commune.

Juliana, étudiante

Violaine, étudiante de 24 ans, a également entendu parler du week-end Alternatiba via son réseau amical. « J’ai une pote qui a voyagé en Amérique latine et en Inde, en soutien à la Fondation Nicolas Hulot, indique-t-elle. Elle est hyper intéressée, je vais peut-être y aller avec elle. Mais je dois dire que si je n’avais pas cette amie, je n’en aurais pas entendu parler ! »

« Il n’y a pas eu beaucoup de communication »

Assises à une trentaine de mètres, sur les marches encore ensoleillées, Alexandra, étudiante en langues de 21 ans, et Mouna, étudiante en écologie tropicale de 20 ans, répondent aussi positivement. « Alternatiba, oui, bien sûr ! C’est ce week-end. Moi, je vais participer en organisant quelque chose en décembre à Montreuil, s’exclame Mouna. Est-ce que les gens que vous avez interrogés connaissent ? Parce que c’est bientôt, s’ils ne sont pas au courant... »

Alexandra secoue la tête. « Il n’y a pas eu beaucoup de communication, estime l’étudiante. J’en ai juste entendu parler rapidement sur Internet, en cherchant. Dans les milieux étudiants, on n’en parle pas vraiment. » Une constatation que partage Mouna, un peu navrée. « C’est un peu l’impression que j’avais. Les gens à qui j’en ai parlé et qui étaient au courant pour ce week-end, connaissaient déjà le mouvement. »

Mouna et Alexandra

Comment faire bouger les citoyens sur l’écologie ?

Quentin, 33 ans, conseiller Europe Ecologie Les Verts (EELV) dans le IIIe arrondissement de Paris, participe en organisant un « atelier citoyen pour la transition énergétique (Acte) ». Ce dispositif, plus centré sur la COP 21, s’intégrera cependant à Alternatiba dans le village « démocratie », dimanche de 11 h à 15 h. « L’idée, c’est de voir comment on fait bouger les citoyens sur l’écologie, comment on peut les aider à trouver leur place et à mettre en œuvre des actions », explique-t-il, assis au soleil, une cigarette entre les doigts.

Pour lui, le fait que la plupart des gens ne connaissent pas Alternatiba est symptomatique d’un désintérêt plus profond pour les questions climatiques. « C’est toujours le même problème, observe-t-il. La COP 21 va arriver, et on se rend compte que les gens, en-dehors des réseaux militants, ne sont pas au courant. Ils ne saisissent pas l’importance de l’événement. »

« Si tous les acteurs ne sont pas en mouvement en même temps, ça ne marche pas »

Il évoque également une raison plus politique : « A Paris, il existe une triade citoyens – militants – forces publiques – services de la Ville. Si tous ces acteurs ne sont pas en mouvement en même temps, ça ne marche pas. Il arrive que des événements organisés par les arrondissements fassent un flop quand ils ne sont pas également portés par l’Hôtel de Ville. »

Quentin, conseiller EELV du IIIe arrondissement de Paris

Côté commerçants, difficile de savoir. L’accueil n’est pas enthousiaste. Un des kiosquiers, Simon, âgé de 54 ans, n’en a « pas entendu parler » même s’il travaille le week-end. « Mais quand je suis là, je ne sors pas, je travaille », tranche-t-il. Pour Frédéric, barman au Café République, « personne n’est au courant ».

« A part ceux qui sont dedans, personne ne sait »

Le mouvement Alternatiba fédère de très nombreuses associations. Mais arrive-t-il à mobiliser au-delà du petit monde écolo ? Rencontré sur un autre sujet, Dominique Brousse, responsable de la maison de la vie associative de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), en doute. « A part ceux qui sont dedans, personne ne sait qu’il y a quelque chose ce week-end à République, regrette-t-il. Il n’y a pas d’affiches, pas grand-chose dans les médias, rien. Il ne faut pas partir du principe que les gens s’en foutent, mais constater qu’on n’arrive pas à les mobiliser. »

De fait, les associations qui ne sont pas directement écolos, mais qui pourraient ramener du public au village des alternatives, ne semblent guère au courant. « Non, je ne connais pas », indique quelqu’un à l’accueil de la boutique Emmaüs Turbigo, qui refuse de donner son prénom et souligne qu’il n’a « pas le temps » de parler. De même, les deux salariés du comité du Xe arrondissement de la Croix-Rouge n’ont pas entendu parler du mouvement.

700 articles sur le mouvement dans la presse

Cette faible notoriété serait-elle la faute des médias ? Christophe, attaché de presse du Tour Alternatiba, a compté 700 articles sur le mouvement en comptant les blogs, dont 500 dans la presse quotidienne régionale. « Il y a eu un article dans Le Monde, une double-page dans Libération, énumère-t-il. On a aussi vu Elle, Femme Actuelle, Pèlerin et La Vie. BFM a prévu de filmer l’arrivée du Tour Alternatiba en direct et on a eu des demandes d’interviews de la télévision et de la presse nationales. France 3 sera à l’arrivée. Si on a suffisamment de vélos samedi à l’arrivée, on espère être au 20 heures ! »

Pourtant, il reste des journalistes peu intéressés, voire peu informés. « Oui, on connaît Alternatiba, c’est intéressant mais c’est vrai qu’en ce moment on suit plutôt ce qui se passe en Grèce, admet Gaylord Van Wymeersch, journaliste à Là-bas si j’y suis et à France Inter. J’ai l’impression que c’est plutôt un mouvement local mais qui n’arrive pas à faire sens au niveau national. »

« Les journalistes sont plus avides de catastrophes que de nouvelles positives »

Alice Rougerie, qui présente le journal télévisé du week-end sur iTélé, n’a pas entendu parler d’Alternatiba. « Pourtant, on a des fiches préparatoires qui arrivent pendant la semaine pour préparer le week-end, mais je n’ai rien vu à ce sujet », souligne-t-elle.

« Alternatiba ? je ne vois pas bien ce que c’est, avoue Daniel Schneidermann, qui passe la petite lucarne au crible sur son site Arrêt sur Images. 500 articles dans la presse locale, c’est un succès. Mais de manière générale, les alternatives, ce ne sont pas des sujets médiatiques. Les journalistes sont plus avides de catastrophes que de nouvelles positives... Or une alternative, c’est un train qui arrive à l’heure. »


Alternatiba Paris, c’est samedi 26 et dimanche place de la République

Le mouvement citoyen Alternatiba Paris organise un grand village des alternatives, place de la République les 26 et 27 septembre 2015. Deux mois avant la COP 21, ce festival rassemblera des centaines d’alternatives avec des débats, concerts, ateliers ludiques et animations artistiques. 50 000 personnes sont attendues sur le weekend !

Venez y rencontrer l’équipe de Reporterre tout dimanche dans le quartier "Culture et médias"

- Toutes les infos ici



Puisque vous êtes ici…

… nous avons une faveur à vous demander. Il n’y jamais eu autant de monde à lire Reporterre, mais nos revenus ne sont pourtant pas assurés.

Contrairement à une majorité de médias, nous n’affichons aucune publicité, et laissons tous nos articles en libre accès, afin qu’ils restent consultables par tous. Reporterre dépend en grande majorité des dons de ses lecteurs. Le journal, indépendant et à but non lucratif, compte une équipe de journalistes professionnels rémunérés, nécessaire à la production quotidienne d’un contenu de qualité. Nous le faisons car nous croyons que notre point de vue, celui de l’environnement et de l’écologie, compte — car il est aussi peut-être le vôtre.

Notre société a besoin d’un média qui traite des problématiques environnementales de façon objective, libre et indépendante, en restant accessible au plus grand nombre ; soutenir Reporterre est ma manière de contribuer à cette démarche. » Renan G.

Si toutes les personnes qui lisent et apprécient nos articles contribuent financièrement, la vie du journal sera pérennisée. Même pour 1 €, vous pouvez soutenir Reporterre — et cela ne prend qu’une minute. Merci.

Soutenir Reporterre



Vous avez aimé cet article ? Soutenez Reporterre.

Source : Emilie Massemin, avec Marie Astier et Barnabé Binctin

Photos : © Emilie Massemin/Reporterre

Dessin : © Tommy Dessine/Reporterre

DOSSIER    Alternatiba

1er juin 2018
Les fermes-usines se multiplient en France, favorisées par la réglementation
Info
19 juin 2018
Comment redécouvre-t-on une race locale de moutons ?
Une minute - Une question
19 juin 2018
Hulotscope : l’écologie régresse, et c’est dangereux
Édito


Vous avez aimé cet article ? Soutenez Reporterre

Dans les mêmes dossiers       Alternatiba





Du même auteur       Emilie Massemin (Reporterre)