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Rémi Fraisse : ses parents disent leur peine et leur vœu de vérité

24 octobre 2015



Depuis un an, Jean-Pierre et Véronique, les parents de Rémi Fraisse, sont restés silencieux, par affliction et pour laisser la justice avancé. Aujourd’hui, ils s’expriment. Dans une lettre confiée à Reporterre, la maman de Rémi s’adresse à son fils. Et son père demande à ce que justice soit faite.

Rémi.

Rémi Fraisse.

Rémi, ce prénom ne nous appartient plus.

Ce prénom, que l’on attache à d’autres mots, certains qui lui étaient même inconnus, comme « zadiste », zadiste, qui d’ailleurs a perdu dans l’esprit des gens sa valeur première.
Ce prénom utilisé, récupéré en fonction des intérêts, des idées, des couleurs ou croyances de chacun... ou même par ignorance, malveillance, voire les deux réunis pour faire le buzz ou, tout simplement, pour répéter ce qui se dit.

Ce prénom devenu un nom commun, sans aucune attache à un être vivant, celui qu’il a pu être.
Un être aimant la vie, au regard bienveillant et aux yeux pétillants.
Un être de partage, ayant des valeurs et ne laissant personne sur son chemin.

Si tu savais ce que l’on dit de toi, ou fait de ton prénom...
Que penserais-tu de tout cela ?
Ces vivants-là, ont-ils des enfants, ont-ils un cœur ?
Qu’on-t-il fait des richesses de l’amour, de la solidarité, du partage, du respect, et de nos différences...

Nous avons eu le bonheur de partager ta vie pendant 21 ans.
De t’apprécier à ta juste valeur, toi, derrière ce prénom.
Heureusement, nos souvenirs de toi, Rémi, nous appartiennent à jamais.

De nombreuses organisations, associations et syndicats se sont organisés en ta mémoire pour un rassemblement le 25 octobre. Il me semble indécent que cette marche pacifique nous ait été refusée.

Véronique, ta maman


Jean-Pierre Fraisse : "J’espère que la lumière va se faire"

Depuis un an, le père de Rémi Fraisse est resté silencieux. Aujourd’hui, il se livre, pour que justice soit faite, et que la vérité du drame de Sivens surgisse officiellement.

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Jean-Pierre Fraisse, le père de Rémi, le 15 septembre 2015.

Reporterre - Vous vous êtes peu exprimé dans les médias, et on sait finalement peu de choses sur la personnalité de votre fils. Pouvez-vous nous raconter Rémi en quelques mots ?

Jean-Pierre Fraisse - Rémi était un garçon très sensible, musicien, intelligent. Il aimait la nature et avait décidé d’y consacrer sa vie. Après son bac scientifique option Sciences de la vie et de la terre (SVT), il avait décidé de faire un BTS en environnement. Il ne pouvait pas penser que l’environnement serait peut-être la cause de son décès, malheureusement.

Que pouvez-vous répondre à ceux qui ont souvent avancé que Rémi n’avait rien à faire sur la Zad de Sivens ce soir-là ?

On est dans un État de droit, en France le droit de manifester est reconnu, et est là pour aider la démocratie à survivre. Si on ne peut plus manifester, et qu’on ne peut que faire des élections tous les cinq ans, ce sera la fin de la démocratie. Certains diront que Rémi était au mauvais endroit au mauvais moment, mais je pense tout le contraire. Dans un cas comme ça, il ne doit pas y avoir de « mauvais endroit au mauvais moment ». Il est de la responsabilité des gens qui font le maintien de l’ordre d’apaiser les choses, d’essayer de les circonscrire, de les maîtriser et de ne pas se mettre dans des positions de résistance, d’affrontement, d’utilisation de grenades complètement inappropriées.

Rendez-vous compte qu’on a envoyé contre Rémi une grenade de guerre, sa charge explosive est de 70 grammes, si je ne dis pas de bêtises, c’est le type de grenade mise au point en 14-18 dans les tranchées contre les Allemands. Mon fils est mort de ça. Grand paradoxe puisque ses arrières-grands-parents paternels ont participé à cette guerre,l’un a été décoré de la Légion d’Honneur, et l’autre de la Croix de Guerre. Mais on a quand même lancé sur cet enfant ce type de grenade. Je pense que c’est un scandale. C’est incompréhensible.

Près d’un an après la mort de votre fils, où en est l’enquête judiciaire ?

Nous sommes dans l’expectative. Une juge d’instruction est nommée, nous pensons qu’il faut que la justice suive son cours. Le temps de la justice n’est pas forcément le temps "normal". Nous espérons toujours que l’enquête va vraiment déterminer les responsabilités des uns et des autres. Il faut savoir que nous ne voulons pas absolument que la personne qui a lancé cette grenade soit la victime expiatoire de problèmes d’organisation, de méthodes qui ont cours apparemment couramment dans la gendarmerie mobile. Chacun doit prendre ses responsabilités, y compris au plus haut niveau, et au plus haut niveau de la gendarmerie, c’est cela que j’aimerais.

Avez-vous l’impression que la lumière est en train de se faire ?

Aujourd’hui, je n’ai pas cette impression-là. Ce type d’enquête est très difficile, il y a beaucoup d’enjeux. Ce sont tout de même des gendarmes censés circonscrire la violence, et ce sont eux qui ont lancé la grenade sur Rémi… Les circonstances sont très difficiles à éclaircir. J’espère que la lumière va se faire, mais quand, je ne sais pas. Nous avons tous cet espoir, en particulier la maman de Rémi et sa sœur.

De nombreuses questions sont en suspens ?

Oui, pour l’instant, il y a les versions contradictoires des uns et des autres sur la façon dont tout cela s’est passé. Nous comptons beaucoup sur les témoignages de personnes qui étaient sur place à ce moment-là et qui n’ont peut-être pas osé encore jusqu’à maintenant se déclarer, qu’elles viennent dire ce qu’elles ont vu réellement. Savoir si les gendarmes, contrairement à ce qu’ils prétendent, ne faisaient pas des sorties offensives sur les bords de la zone de chantier [la ’zone de vie’ à côté de laquelle Rémi a été tué NDLR] et qu’ils étaient censés défendre. Il y avait beaucoup de blessés ce soir-là, il y a des gens qui peuvent venir témoigner de la violence exercée ce soir-là. Il y a des gens qui peuvent aussi témoigner de la façon dont Rémi a été traîné sur le sol sur 40 mètres, son sang tachant la terre sur une vingtaine de mètres. Est-ce qu’ils ont vu cette scène ? Comment s’est-elle passée ? Aujourd’hui, nous avons besoin d’éclaircissements pour contre-balancer les témoignages qui ont été produits.

- Propos recueillis par Marine Vlahovic




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Lire aussi : L’hommage à Rémi Fraisse interdit à Sivens

- Dans les tribunes, les auteurs expriment un point de vue propre, qui n’est pas nécessairement celui de la rédaction.
- Titre, chapô et inters sont de la rédaction.

Photo de Rémi : fournie par les proches, avec la demande de ne pas être reproduite sans leur autorisation expresse. Faire la demande en écrivant à planete @ reporterre.net qui transmettra.

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