Royaume-Uni : Keir Starmer, l’ex-écolo devenu Premier ministre
Le chef du Parti travailliste britannique Keir Starmer lors de l'annonce de sa victoire à Londres, le 5 juillet 2024. - © AFP / Justin Tallis
Le chef du Parti travailliste britannique Keir Starmer lors de l'annonce de sa victoire à Londres, le 5 juillet 2024. - © AFP / Justin Tallis
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Suite à la victoire historique des travaillistes lors des élections législatives, le chef du parti devient le nouveau locataire du 10, Downing Street. Avant d’être un centriste de gauche, il était un écolo.
Londres (Royaume-Uni), correspondance
Il est 5 heures du matin et le soleil se lève à Londres, vendredi 5 juillet. Devant ses militants gonflés à bloc malgré leurs cernes, Keir Starmer, 61 ans, savoure. Quelques minutes plus tôt, le Premier ministre sortant Rishi Sunak concédait sa lourde défaite lors des élections législatives. « Le changement commence maintenant ! » s’extasie celui qui, dans quelques heures, sera officiellement nommé Premier ministre par le roi Charles III. « Et je dois être honnête, cela fait du bien. »
Peu populaire chez les Britanniques, jugé lisse, peu charismatique mais travailleur, cet ancien avocat pescétarien (régime dans lequel la seule source de viande est le poisson) doit cette victoire écrasante du parti davantage à un vote de rejet contre les conservateurs qu’à un vote d’adhésion. Keir Starmer en est bien conscient : avec prudence, sans prendre le moindre risque, il a fait campagne sur le bilan « catastrophique » des quatorze années de pouvoir conservateur.
Pour des millions de Britanniques, Sir Keir Starmer est une énigme. Proche des milieux trotskystes pendant sa jeunesse, il porte aujourd’hui un projet social-démocrate après s’être séparé de l’aile la plus à gauche du parti — y compris de son ancien chef Jeremy Corbyn. Militant antimonarchiste par le passé, il fut anobli par la reine en 2014 alors qu’il était procureur général, d’où son titre « Sir », qu’il met peu en avant.
Ancien défenseur des militants écolos
Qui est-il vraiment ? Keir Starmer a grandi à Oxted, dans une petite ville au sud de Londres, d’un milieu modeste — un père ouvrier et une mère infirmière. Confronté à la dure réalité des factures d’électricité et de la maladie de Still dont sa mère était atteinte (une affection inflammatoire systémique), le jeune Keir a suivi la voie de ses parents et s’engage chez les travaillistes dès son adolescence. Il a étudié le droit à Leeds, puis à Oxford. Il est devenu avocat spécialisé dans les droits de l’Homme et de la cause environnementale.
À la fin des années 1980, il a dirigé le magazine marxiste Socialist Alternatives, dans lequel il a pris le parti des grévistes face à Margaret Thatcher et critiqué l’approche « néokeynésienne sans espoir » du leader travailliste de l’époque, Neil Kinnock. Pendant des années, il a défendu David contre Goliath. Il a ainsi aidé gratuitement deux militants écologistes poursuivis en diffamation par McDonald’s. Il a encore défendu Greenpeace face au projet de Shell de déverser un pétrolier désaffecté, le Brent Spar, au nord-est des îles Shetland.
Keir Starmer a travaillé dans les années 2000 comme conseiller aux droits de l’Homme sur les pratiques de la police nord-irlandaise, puis est devenu directeur des poursuites publiques — l’équivalent de procureur général. Sa carrière et ses idéaux de jeunesse ont alors pris un virage et il s’est retrouvé en opposition à ses anciens collègues. Il a pris des décisions fortes en durcissant par exemple le barème des condamnations immédiates lors des émeutes de 2011 en Angleterre.
Ce n’est qu’en 2015, à l’âge de 52 ans, qu’il s’est présenté aux élections dans sa circonscription londonienne, Holborn et Saint Pancras, grâce à ses liens avec l’ancien dirigeant travailliste Ed Miliband. Il dit vouloir changer le système d’un point de vue cette fois-ci législatif. Élu, cet europhile est devenu ministre chargé du Brexit dans le cabinet fantôme travailliste de Jeremy Corbyn, alors leader de l’opposition. Il a pris les rênes du parti en 2020.
The work of change begins today. pic.twitter.com/DfP1UG1Upr
— Keir Starmer (@Keir_Starmer) July 5, 2024
Critiqué pour son absence de constance, quelle politique écologique mettra-t-il en place ? Lui qui a récemment qualifié de « méprisables » les méthodes adoptées par les militants de Just Stop Oil, sous la pression des conservateurs ? Lui qui a exhorté le maire travailliste de Londres, Sadiq Khan, à revoir son approche antipollution, qui contribue selon lui à la défiance des électeurs envers le Labour.
Lors de la COP28, en décembre 2023, Keir Starmer affirmait que le Royaume-Uni jouerait un rôle de premier plan dans la lutte contre le changement climatique, s’il était élu. Ses deux engagements phares : investir 28 milliards de livres sterling (33 milliards d’euros) par an dans l’énergie verte et achever la transition vers l’énergie propre d’ici 2030. La première promesse a déjà été abandonnée en février dernier : la faute, selon lui, aux conservateurs qui ont ruiné l’économie du pays.