Sûreté nucléaire : l’ASN appelle à plus de rigueur
Les vœux de l’Autorité de sûreté nucléaire à la presse ont eu lieu le mardi 30 janvier. - © Mathieu Génon/Reporterre
Les vœux de l’Autorité de sûreté nucléaire à la presse ont eu lieu le mardi 30 janvier. - © Mathieu Génon/Reporterre
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L’objectif d’EDF d’obtenir une autorisation de mise en service de l’EPR de Flamanville (Manche) fin mars 2024 est « possible mais très tendu. Il n’y a aucune marge », a déclaré le président de l’Autorité de sûreté nucléaire Bernard Doroszczuk lors des vœux de l’ASN à la presse, mardi 30 janvier. Si EDF rend dans les temps les derniers éléments demandés par l’ASN, cette dernière mettra en consultation le projet d’autorisation de mise en service « vers la fin février ». Ensuite, un programme d’essais de huit mois est prévu avant que le réacteur atteigne sa pleine puissance. S’ensuivra un premier cycle de 18 mois, au terme duquel l’EPR sera arrêté pour des contrôles et le remplacement du couvercle de la cuve.
L’ASN a attiré l’attention sur les autres chantiers d’ampleur qui attendent la filière. Le design détaillé des 14 EPR2 promis par Emmanuel Macron n’est toujours pas terminé. « EDF n’est pas encore arrivé à un stade de conception détaillée suffisant pour pouvoir mobiliser la filière » et notamment commencer à passer commande, a alerté M. Doroszczuk. « Ce qui a pêché pour l’EPR, c’est que sa construction a été lancée alors que les études détaillées de conception n’étaient pas achevées, ce qui a conduit à des déboires [douze ans de retard et un quintuplement du coût]. Il ne faut pas reproduire ce genre de difficultés », a-t-il poursuivi. Les travaux préparatoires pour la première paire d’EPR2 à Penly (Seine-Maritime) doivent commencer cet été. Dans son scénario le plus optimiste, EDF projette une mise en service d’un réacteur en 2035.
43 cas de fraudes détectés en 2023
La période est aussi charnière pour les installations du cycle du combustible. Pour l’heure, le retraitement n’est prévu que jusqu’en 2040. Ensuite, c’est le grand flou. Le président de l’ASN a appelé à anticiper cette échéance. « S’il était décidé de poursuivre le retraitement, il faudra concevoir de nouvelles installations. Et s’il était décidé d’arrêter, il faudra prévoir ce qu’on fait des combustibles usés. Les pistes évoquées, comme l’entreposage à sec, nécessitent du temps avant d’être opérationnelles. » Surtout que le développement des SMR et des AMR risque de complexifier la chose. En effet, certains d’entre eux sont imaginés pour fonctionner avec des combustibles particuliers : plutonium, thorium voire produits de fission.
« Pour faire face à cette ouverture du jeu, les installations du cycle doivent disposer de marges technologiques et capacitaires pour (...) assurer l’entreposage et le retraitement éventuel de ces combustibles dans des conditions de sûreté satisfaisantes », a insisté Pierre Bois, directeur général adjoint de l’ASN. EDF planche déjà sur un projet de nouvelle piscine d’entreposage du combustible usé dans l’usine de retraitement Orano de La Hague, pour pallier la saturation prochaine des piscines existantes.
Dans ce contexte de relance de la filière, et alors qu’EDF est incité par le gouvernement à prolonger son parc au-delà des 60 ans, l’ASN a appelé à une plus grande rigueur industrielle. Et a rappelé sa vigilance sur les cas de falsifications. M. Doroszczuk a indiqué que 43 cas de fraudes avaient été détectés en 2023 : résultats d’essais falsifiés, matériels non conformes aux commandes ou encore fausses attestations de qualification de soudeurs.