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« Tout s’accélère », reprendre la mesure du temps

6 mai 2016 / par sautelet



Gilles Vernet, est un ancien trader devenu instituteur. Il a donné la parole à ses élèves sur l’accélération vertigineuse de notre société. Il en sort un film frais et singulier, qui interroge notre dépendance à la vitesse.

Point de départ de ce documentaire, le drame personnel que va vivre le réalisateur Gilles Vernet. Il y a une quinzaine d’années, il est alors trader dans la finance quand il apprend que sa mère est mourante. Incapable de pouvoir l’accompagner en gardant son rythme de vie, il décide de ralentir. Il délaisse alors son ancienne vie, et son salaire confortable, pour devenir instituteur en CM2 dans le 19e arrondissement de Paris.

Une fois ce changement initié, la lecture du livre d’Hartmut Rosa (Accélération. Une critique sociale du temps) va sonner comme une vérité ses oreilles. Il décide d’écouter ses élèves sur ces thèmes du temps et de la vitesse. Les conversations qu’il a avec eux vont tellement le fasciner qu’il décide de les filmer. Cinq ans plus tard, sort en salle Tout s’accélère un documentaire qui met en image ces paroles d’enfants sur l’accélération vertigineuse de notre époque. Une belle invitation à ralentir.

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Gilles Vernet, spéculateur devenu instituteur

Reporterre - Près de cinq ans de gestation pour un film qui parle d’accélération, c’est une provocation ?

Gilles Vernet - Nous pensions que plus on prendrait le temps, plus les enjeux soulevés dans le film seraient d’actualité. Le temps est un sujet qui dépasse les sexes, les classes, les cultures, il est universel. On souffre tous, à tous les échelons de la société de cette course contre le temps. Que ce soit ceux qui sont dedans, parce qu’ils sont surmenés, et ceux qui décrochent, parce qu’ils n’ont plus leur place dans la société. Donc j’avais la conviction de tenir un sujet fondamental qu’il fallait mettre sur la table pour s’en emparer collectivement.

A-t-on les moyens de contrer l’accélération que vous dénoncez ?

Il y a des questions qu’on peut se poser individuellement pour retrouver d’autres rythmes de vies, c’est indubitable. Après, le monde peut-il collectivement ralentir ou non ? Selon moi, cela suppose deux choses : une reprise en main du pouvoir économique par le pouvoir politique, et l’entrée de la démocratie dans les entreprises. Aujourd’hui dans l’entreprise, il y a un seul pouvoir décisionnaire : les actionnaires qui règnent sur tout, y compris sur le patron.

Donc pour ralentir collectivement, la question est de reprendre les pouvoir à des gens malades. Parce qu’ils sont dans une maladie d’accumulation addictive, une maladie du pouvoir et de l’argent, et ils entraînent le monde avec eux. Il faudra reprendre le pouvoir à ces drogués à la vitesse si on veut espérer développer d’autres choses autour de la coopération.

Pourtant, dans votre film, le physicien Etienne Klein parle de jouissance de la vitesse ? On aimerait donc ça ?

Cest très important ! La grossière erreur serait de passer d’un extrême à l’autre. De dire, ce monde fait n’importe quoi, alors je vais vivre dans le Larzac. Peut-être que pour certains cela convient. Mais on aime la vitesse, pour partie. On en souffre pour une autre. Il faut arriver à alterner les rythmes, et admettre ses contradictions. J’aime pouvoir consulter quelque chose sur mon iPhone, à minuit si j’en ai envie,. Mais maintenant, je me surveille. Le propre d’une addiction est que vous ne vous en rendez pas compte. Accepter ses contradictions est le premier pas pour commencer à moduler ses rythmes.

Faut-il un évènement dramatique comme celui que vous avez vécu pour changer ?

J’ai tendance à le penser. Pour moi, il ne se serait peut-être jamais rien passé si je n’avais pas vécu cette expérience. Je n’ai pas eu le choix, ça s’est imposé. Ma mère mourait, je n’avais pas de temps, donc ça coulait de source.

Pourtant avant cela, je m’étais déjà ouvert à l’écologie. J’avais pris conscience de travailler dans le coeur du réacteur qui demande à tout le monde d’aller plus vite et qui épuise la planète. Donc je savais que j’étais en contradiction. La rampe de lancement de mon changement je l’avais, mais l’allumette n’y était pas. Combien de gens sont-ils dans ce cas-là ?

Mais pour amener un peu d’optimisme, ce que je sens vraiment, en présentant le film en tournée, c’est une conscience qui émerge chez les gens. Il y a trop d’incohérences dans le système qui leur est proposé, trop de souffrances. Alors ils essaient de trouver une autre lecture du monde, en particulier les jeunes. Quand la conscience grossit, vous avez plus de gens sur lesquels vous appuyer. Je ne suis plus tout seul, alors je peux y aller et changer. On est tous un peu des moutons !

- Propos recueillis par Marc Sautelet




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Source : Marc Sautelet pour Reporterre

Photos : Tout s’accélère

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