Twittons dix ans

Durée de lecture : 2 minutes

17 septembre 2012 / Hervé Kempf

La conférence environnementale a été un événement fort intéressant. Parmi les moyens de suivre journalistiquement ce moment de la théâtralité écologique, appels sur portables, textos et tweets ont joué un rôle essentiel.

Parions que sur les quelques centaines de personnes impliquées dans le raout gouvernemental, neuf sur dix étaient dotées d’un téléphone intelligent. Le chroniqueur peut faire le malin : il en reste à son portable âgé de six ans, qui résiste vaillamment aux cahots de l’existence.

C’est bien ennuyeux, ces téléphones intelligents. Passons sur la transformation des relations humaines qu’ils engendrent. Après tout, s’ils se sont répandus comme une trainée de poudre en à peine cinq ans (le premier iPhone d’Apple date de 2007), c’est bien qu’ils répondent à un usage social.

Le problème est que ces engins se renouvellent à une vitesse aussi rapide que les tweets lors d’un rassemblement d’internautes. Et qu’ils rencontrent une faveur où joue évidemment la rivalité ostentatoire : la possession de l’appareil le plus récent est jugé apporter un surcroît de prestige.

Cette semaine, Apple a présenté l’iPhone5, son cinquième modèle en cinq ans. Nouvelles fonctionnalités « révolutionnaires », patati patata… et surtout, comme l’ont relevé les Amis de la Terre, un gaspillage éhonté : car le nouveau machin arrive avec de nouveaux connecteur, chargeur, transformateur, ce qui conduit à rendre inutiles ces divers équipements que les clients de la marque possèdent avec leur précédent téléphone. A la poubelle ! « Les ressources naturelles s’épuisent et Apple, la plus grande capitalisation boursière de l’histoire des Etats-Unis, se permet une nouvelle fois de les gaspiller pour vendre plus et rendre le consommateur toujours plus dépendant », écrit l’organisation écologique. Qui nous rappelle que ces téléphones utilisent des terres rares et du coltan – exploité en République démocratique du Congo, où il contribue à la guerre larvée qui s’y déroule –, et qu’ils sont fort peu recyclés. Derrière cette quincaillerie électronique à l’obsolescence programmée, il y a une culture de la consommation qui conduit à faire oublier derrière la nouveauté permanente la réalité du gaspillage généralisé.

A court terme, les Amis de la terre proposent d’imposer que la garantie sur les appareils informatiques et électroniques soit portée à dix ans. Voilà une belle mesure à twitter sur #transitionecologique. Euh… depuis un ordinateur !




Lire aussi : L’iPhone 5 est un désastre écologique

Source : Cet article a été publié dans Le Monde daté du 16 septembre 2012

Photo : Appareils Blackberry au rebut, par Lucas Jackson, Le Devoir

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