Un trésor géothermique sous le site prévu pour les déchets nucléaires !

Durée de lecture : 3 minutes

6 mai 2013 / Réseau Sortir du nucléaire

A Bure, dans la Meuse, l’Andra veut créer un centre de stockage souterrain pour les déchets nucléaires. Mais l’endroit dispose d’un potentiel géothermique qui semble très important. L’Andra a délibérément caché cette information, selon des associations qui l’attaquent en justice.


Communiqué commun du Réseau « Sortir du nucléaire » et des associations BureStop55, MIRABEL Lorraine Nature Environnement, Les Habitants Vigilants du canton de Gondrecourt-le-Château, CEDRA52 et ASODEDRA

Alors que le débat public sur le projet CIGEO va commencer d’ici quelques semaines, le Réseau « Sortir du nucléaire » et les associations BureStop55 (Meuse), MIRABEL Lorraine Nature Environnement (Mouvement InterAssociatif pour les besoins de l’Environnement en Lorraine), Les Habitants Vigilants du canton de Gondrecourt-le-Château (Meuse), CEDRA52 (Haute-Marne) et l’ASODEDRA (Vosges) assignent l’Andra en responsabilité pour faute.

L’Andra a délibérément dissimulé l’intérêt de la ressource géothermique à Bure afin de favoriser l’implantation de CIGEO, le site national prévu pour l’enfouissement des déchets radioactifs en profondeur.

L’Andra annonce un potentiel géothermique médiocre à Bure…

Depuis 1994, l’Andra cherche à implanter à Bure (Meuse) un site d’enfouissement de déchets en profondeur. En 2008, elle fait effectuer un forage profond pour vérifier le potentiel géothermique de la région. En effet, le Guide de sûreté relatif au stockage définitif de 2008 énonce qu’on ne doit pas enfouir des déchets radioactifs à l’aplomb d’une ressource géothermique. L’Andra annonce alors un débit de 5m3/h. Comparant ce débit aux « 150 à 400 m3/h » des exploitations géothermiques, elle martèle que le potentiel géothermique est « faible », « médiocre », sans intérêt.

... mais a délibérément faussé le forage !

Ce que l’Andra s’est bien gardée de dire, c’est qu’elle avait fait prévoir une pompe dont le débit maximal était de 6 m3/h.

Ce que l’Andra s’est bien gardée de dire, c’est que l’appareillage était obstrué par des boues.

Ce que l’Andra s’est bien gardée de dire, c’est qu’elle a imposé de laisser à nu 90 mètres de roche argileuse friable juste au-dessus des mesures. Les débris d’argile tombés dans le forage ou arrachés par le passage des outils ont été à l’origine de dysfonctionnements fatals (tests inexploitables, perte d’une coûteuse sonde CNRS, etc.).

Ce que l’Andra s’est bien gardée de dire, c’est qu’elle n’a pas respecté son propre cahier des charges pour les tests.

Ce que l’Andra s’est bien gardée de dire, c’est qu’il existe un potentiel géothermique plus profond donc plus chaud (100°C et plus), d’une épaisseur exceptionnelle à l’aplomb de Bure. L’Andra a trompé tout le monde, y compris les scientifiques, et en particulier la communauté des géologues.

Face aux manipulations de l’Andra, les associations saisissent la justice

Mise en demeure pour faute le 19 décembre 2012 par les associations, l’Andra, par réponse du 18 janvier 2013, a reconnu que la ressource géothermique à l’aplomb du site de Bure était « bonne ». Mais elle refuse d’en tirer les conséquences et cherche à tromper une nouvelle fois, en utilisant à mauvais escient des cartes qui répertorient le potentiel géothermique à très faible profondeur. Destinées à l’installation de pompes à chaleur, ces cartes n’ont strictement rien à voir avec la géothermie profonde.

Les associations se tournent aujourd’hui vers la justice afin que la faute de l’Andra soit reconnue. Alors que la France doit changer d’urgence de modèle énergétique, l’Andra a choisi de dissimuler une ressource en énergie renouvelable pour imposer une installation nucléaire qui risque de contaminer toute une région !

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Retrouvez le dossier technique sur le potentiel géothermique de Bure.

Explications en vidéo par Antoine Godinot, docteur en géologie.



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Source : Réseau Sortir du nucléaire

Photo : 20Minutes

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