Une action est en cours contre le projet de mine d’or au Pays basque

14 septembre 2017 / Lorène Lavocat (Reporterre)



Ce matin jeudi 14 septembre, une action spectaculaire est en cours devant la propriété du directeur de la société Sudmine. Celle-ci veut créer une mine d’or au Pays basque nord. De nombreux habitants et l’association Bizi s’y opposent. Elles viennent faire des travaux devant la maison du directeur.

  • Seichebrières (Loiret), reportage

Ce jeudi 14 septembre à 8 heures du matin, dix-sept militants de l’association Bizi en habits de chantier ont commencé avec un petit tractopelle des travaux devant la maison du président de la société Sudmine, Christian Vallier, à Seichebrières, dans le Loiret. Le tractopelle est devant la maison, des militants plantent des piquets, et une grande banderole est déployée sur laquelle on peut lire : « Vallier : que dirais-tu si nous venions creuser chez toi ? »

Les militants de l’association Bizi sont venus du Pays basque nord, où la société Sudmine a un projet de mine d’or qui suscite une vigoureuse résistance locale. Vers 9 h 30, le maire de Seichebrières, Philippe Bacher, invite les militants basques à « discuter au chaud ». « Ce projet de mine d’or, je n’en ai jamais entendu parler, précise-t-il. Par contre, M. Vallier, je le connais bien. C’est quelqu’un de discret et d’ouvert. Ici, il est connu pour les études de prospection qu’il mène notamment dans l’environnement. » M. Vallier est en effet président de GéoPlusEnvironnement, l’entreprise qui a effectué l’étude d’impact environnemental pour… Sudmine ! Après une demi-heure d’échanges cordiaux, le groupe Bizi ! s’en retourne sur son chantier, sous le regard curieux de trois gendarmes, dépêchés sur place pour « s’assurer que tout va bien ». « Ce n’est qu’une manifestation non violente d’écologistes », précise l’un d’eux par téléphone à sa hiérarchie. L’arrivée des irréductibles basques à Seichebrières suscite plus de sourires et d’intérêt que d’inquiétude.

Très vite, ce matin, des habitants sortent de leurs maisons et s’approchent du « chantier ». « C’est rigolo, pour une fois qu’il se passe quelque chose dans notre village », sourit Nicolas, un voisin. La discussion s’amorce : un militant de Bizi lui explique que M. Vallier veut chercher de l’or au Pays basque. « Vous avez encore de l’or chez vous ? » s’étonne Christian, un autre riverain, mi-surpris, mi-amusé. « Notre vrai or, ce sont les produits de notre terroir, Ossau-Iraty, piment d’Espelette, qui sont menacés par le projet de mine », intervient Txetx Etcheverry, le porte-parole de Bizi.

À Vitry-aux-Loges (Loiret), à 11h, un groupe de militants se rend aux bureaux de Sudmine. Ils sont accueillis par Mickaël Laloua, le directeur de la société. Ce dernier déplore l’incompréhension qui a miné leur projet basque : « Nous voulions créer une filière locale de l’or basque, respectueuse de l’environnement. Mais les opposants ont confondu avec une grosse multinationale ! » « Ne me dites pas que vous êtes une ONG venue aider ces pauvres basques à se développer ! rétorque Txetx Etcheverry. Nous n’avons pas besoin d’or, et la transition écologique créera bien plus d’emplois qu’une mine au Pays basque. » Après 30 minutes, Mickaël Laloua soupire : « Voilà pourquoi c’est si compliqué de faire des choses en France : les gens sont toujours contre. »

Les habitants sont conviés à un banquet basque, qui aura lieu ce jeudi à 17 h devant la mairie de Seichebrières.

Discussion avec un habitant : « Vous avez encore de l’or chez vous ? - Notre or, ce sont les produits de notre terroir. »

UN PROJET MINIER TRÈS CONTESTÉ AU PAYS BASQUE

Le projet de mine d’or, dénommé « Kanbo », s’étendrait sur une superficie de 126 km2, touchant onze communes du Pays basque nord. Notamment les zones de production AOC (appellation d’origine contrôlée) du piment d’Espelette, du fromage Ossau-Iraty et la zone de production des cerises d’Itxassou. Habitants et élus locaux sont vent debout contre cette mine, qu’ils jugent polluante et inutile. Ils veulent ainsi mettre la pression sur le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, qui doit rendre sa décision quant au permis de recherche cet automne.

En avril 2015, la société Sudmine, qui se veut le chantre d’un « développement raisonné de la mine », a déposé une demande de permis exclusif de recherche pour « or et substances connexes » pour une durée de trois ans auprès de la direction régionale de l’environnement (Dreal). Ce permis, renouvelable, est une étape préalable à toute exploitation des filons aurifères.

  • Télécharger la demande de permis déposée par Sudmine :

    Demane de permis Kanbo

Dès l’été 2015, les maires des 11 communes concernées par le périmètre se sont prononcés contre « Kanbo » auprès du préfet. La demande de permis de recherche a tout de même fait l’objet d’une consultation publique, du 30 janvier au 17 février dernier, auprès des habitants. « Toutes les communes et la communauté de communes ont émis un avis défavorable, a indiqué alors à l’AFP le maire et conseiller général (DVD) de Cambo-les-Bains, Vincent Bru. On ne voit pas l’intérêt de ce projet, qui n’est pas créateur d’emplois et qui constitue une menace pour le thermalisme, l’agriculture et l’activité économique en général. » Récemment, la chambre d’agriculture, la chambre des métiers et celle du commerce et de l’industrie ont également fait savoir leur désapprobation.

Le permis exclusif de recherche de mine dit de « Kanbo », couvrirait 126 km2 dans les Pyrénées-Atlantiques.

En février dernier, Benjamin Charron, producteur de piment d’Espelette sur les berges de la Nive, expliquait à Reporterre les raisons de sa colère : « On n’a déjà pas beaucoup de terres agricoles parce que la pression foncière est forte… et en plus, ces terres risquent d’être détruites et polluées pendant longtemps. L’eau qui irrigue les cultures pourrait être polluée puisque le projet se situe en amont de mon exploitation. » La société Sudmine a beau mettre en avant que les travaux ne génèreront « aucun impact notable sur l’environnement » et que l’exploration aura au contraire des effets sur l’économie et l’activité locale « incontestablement positifs à moyen terme puisqu’elle participera à l’aboutissement d’un projet économique et à la création d’emplois »… rien n’y fait. Il faut dire que l’étude d’impact environnemental a été réalisée par GéoPlusEnvironnement, un bureau dirigé par Christian Vallier, lui-même président de Sudmine. Et comme l’entreprise aime faire dans le circuit (très) court, elle a mis en place sa propre pétition de soutien, à signer en ligne.

Ainsi, malgré l’opposition unanime des communautés locales, la direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (Dreal) a rendu un avis favorable à la demande de permis en juin. Le gouvernement devrait rendre son arbitrage cet automne, d’où un regain des mobilisations citoyennes. Outre l’action de ce jeudi, une manifestation massive est prévue ce samedi 16 septembre à Bayonne.

Début septembre sur le site d’information Enbata, Martine Bouchet, présidente du Collectif d’associations de défense de l’environnement (Cade) du Pays basque et du sud des Landes, se disait inquiète quant à la position du ministre de l’Économie : « Des élus basques ont interpellé Bruno Le Maire, raconte-t-elle. Ils ont reçu une réponse très formelle, accusant réception et indiquant qu’une demande était faite au directeur de l’aménagement, du logement et de la nature d’étudier le dossier. On aurait pu espérer quelque chose de plus encourageant... En plus, on entend dire que le permis sera accordé, car il n’y a aucune raison qu’il ne le soit pas. Comme si l’opposition unanime n’était pas une raison valable pour refuser le permis ! Il reste du chemin à parcourir pour que la volonté des habitants à décider de l’avenir de leur territoire soit prise en compte. »




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Lire aussi : Un projet de mine d’or suscite l’inquiétude dans le Pays basque

Source : Lorène Lavocat pour Reporterre

Photos : © Lorène Lavocat/Reporterre



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