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Incendies

Giga incendie au Chili : l’industrialisation des forêts pointée du doigt

Un feu de forêt à Concepción, au Chili, le 18 janvier 2026.

Voilà 6 jours que le sud du Chili est en proie aux flammes. 20 personnes sont mortes et 38 000 ha ont déjà brûlé. « Cette tragédie est la conséquence du modèle extractiviste forestier », dit une militante écologiste.

Chili, correspondance

« Quand je suis arrivée dans mon quartier, construit sur les collines du bord de mer, tous les voisins observaient la colonne de feu qui se dirigeait tout droit vers nous », raconte Relmu Color, une jeune femme qui vivait au deuxième étage d’un immeuble complètement calciné à Lirquen.

Samedi 17 janvier après-midi, sous un soleil de plomb et de fortes rafales de vent, des incendies forestiers ont été intentionnellement déclenchés dans la région de Biobio, à quelques kilomètres des villes côtières. Une vingtaine d’incendies sont encore actifs et la commune de Penco-Lirquen est, à ce jour, la plus touchée. « Vers minuit, les feux se sont emparés des quartiers situés à la lisière des plantations forestières », poursuit Relmu Color, jointe par téléphone par Reporterre.

Certains habitants ont essayé de freiner l’avancée des flammes avec des tuyaux d’arrosage, mais Relmu a préféré s’enfuir. « J’ai réussi à m’échapper par un escalier cerné par les flammes qui descend la colline », décrit-elle, la gorge nouée. « Nous nous sommes réfugiés sur la plage mais l’air était irrespirable donc nous sommes montés dans un bus pour aller chez ma sœur qui vit à Concepción », la grande ville voisine.

Bilan : 20 morts, 50 000 personnes évacuées, 6 700 sinistrés, 800 maisons en cendres et 45 000 hectares brûlés.

« Je n’y crois toujours pas », s’attriste Relmu. « Tous les ans, il y a des incendies forestiers mais jamais nous aurions pu imaginer une telle ampleur. » Elle exprime sa colère envers les entreprises forestières qui n’ont pas installé les coupes-feu nécessaires — des bandes de végétation entretenues — pour éviter cette catastrophe. Son hypothèse, soutenue par des ONG écologistes comme Corporación Parque para Penco, est que ces incendies ont été déclenchés pour aider des industriels à créer un projet minier de terres rares : « Ils brûlent le parc, ils brûlent là où ils veulent installer la mine », a dit l’organisme dans un communiqué.

Dans un des trois refuges — établissements scolaires, gymnases... — habilités pour accueillir les sinistrés de Penco-Lirquen, plusieurs volontaires coordonnent l’arrivée de l’aide nationale et internationale. Camila Arriagada, militante environnementale et ancienne conseillère régionale du Biobio, est venue prêter main-forte.

« Cette tragédie est la conséquence du modèle extractiviste forestier »

« La coordination est encore chaotique », dit la jeune femme qui regrette que l’état de catastrophe n’ait été décrété que dimanche 18 janvier après-midi. « Un couvre-feu total a été ordonné pour éviter que les habitants retournent dans leur logement incendié. Cela permet aux autorités de chercher les personnes disparues et d’éteindre les feux qui se réactivent. »

Des forêts « à 10 mètres des maisons »

« Nous entendons la sirène d’évacuation plusieurs fois par jour », raconte Camila, dont la maison construite en bord de mer a été épargnée. « J’ai de la chance », dit-elle « car toutes les maisons proches des plantations forestières sont parties en fumée ».

Selon Camila, « cette tragédie n’est pas un hasard, c’est la conséquence du modèle extractiviste forestier », qu’elle juge néfaste et aujourd’hui criminel. En 2017, le sénateur de la région du Biobio, Alejandro Navarro alertait déjà sur les menaces qui pesaient sur la commune de Penco où « les forêts sont à 10 mètres des maisons […] et où les entreprises forestières doivent créer une zone de protection de 500 mètres, au moins ».

Plusieurs études comme celles du Centre de recherche sur le climat alertent depuis des années sur « les plantations forestières extensives composées principalement de pins et d’eucalyptus qui favorisent la propagation du feu ».

La société civile et les autorités locales exigent que la loi incendie — mise en place de coupe-feux, diagnostic de vulnérabilité des territoires... — qui dort au Congrès depuis deux ans soit votée avant qu’une autre tragédie ne touche une commune du Chili. En février 2024, la région de Valparaíso avait connu un incendie forestier qui avait réduit en cendres près de 15 000 maisons et coûté la vie à 137 personnes.

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