Une ferme géante provoque la polémique dans la Somme

Durée de lecture : 4 minutes

16 février 2012 / L 214

Dans la Somme, un projet d’élevage laitier - qui génèrerait aussi de l’énergie par méthanisation - soulève la vive opposition des habitants des communes concernées. Une manifestation a lieu à Abbeville le 18 février contre cette ferme-usine.


Dans la Somme, un projet d’élevage laitier soulève la vive opposition des habitants des communes concernées. Plusieurs associations, dont L214, soutiennent ce mouvement de protestation.

Il s’agit d’un projet d’élevage laitier industriel, le plus grand de France : sur le site seraient confinés en bâtiment 1000 vaches et 750 veaux et génisses. Les objections à ce projet portent aussi bien sur la question animale que sur l’environnement, la santé publique ou le cadre de vie des riverains.

À quelques jours de l’ouverture du Salon International de l’Agriculture où les élevages français vont être vantés, le contraste est saisissant entre la façade et la réalité du « modèle agricole français », de plus en plus intensif.

Un projet contesté

Sur les communes de Drucat et Buigny-Saint-Maclou dans la Somme, il est projeté d’installer une ferme-usine de 1000 vaches laitières, 750 veaux et génisses ainsi qu’un méthaniseur. Ce serait le plus grand élevage laitier français.

Les habitants se sont mobilisés immédiatement contre ce projet, créant l’association Novissen en novembre 2011 (qui compte aujourd’hui plus de 1.000 membres). Leurs revendications concernent la question animale, l’environnement, la santé ou leur cadre de vie.

Une enquête publique a été réalisée. Malgré l’opposition massive, le vote négatif du Conseil Municipal de Drucat et les points d’objection soulevés, le commissaire-enquêteur a émis un avis positif. Le dossier est maintenant entre les mains du préfet qui n’a pas encore communiqué sa décision.

Des animaux confinés par milliers

En élevage standard, les conditions de vie des vaches laitières et de leurs veaux sont déjà mauvaises. Les systèmes d’exploitation et la sélection génétique favorisent la production de lait au détriment de la santé des vaches laitières (mammites, boiteries, pathologies respiratoires ou digestives, difficulté de vêlage, infections bactériennes, affections articulaires, maigreur extrême).

La production de lait implique de faire naître chaque année un veau qui sera rapidement séparé de sa mère : souffrance aussi bien pour le veau que pour sa mère. Les génisses sont écornées, pratique reconnue comme source aiguë de douleur.

L’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) confirme de nombreux problèmes de bien-être animal dans la production de lait :

Le groupe scientifique a conclu que la sélection génétique exercée sur le long terme en vue d’augmenter la production de lait et la nature des systèmes d’élevage utilisés - c.à.d. les systèmes de stabulation et les équipements ainsi que les pratiques d’exploitation et de manipulation - constituent des facteurs majeurs qui affectent la santé des vaches laitières et d’autres aspects liés à leur bien-être.

La Recommandation du Conseil de l’Europe concernant les bovins souligne que les animaux devraient avoir l’opportunité de sortir aussi souvent que possible, et en été de préférence chaque jour.

Pour L214, les problèmes de bien-être animal en production laitière sont exacerbés dans un élevage intensif comme celui-ci. L’espace alloué à chaque animal sera réduit au minimum : le projet n’offrira vraisemblablement que 7 m2 à chaque vache, même pas de quoi leur permettre de se retourner !

De façon générale, l’élevage intensif va de pair avec le gigantisme des installations. En temps normal, les conditions de vie des animaux y sont déjà particulièrement pénibles. Au moindre problème, c’est le drame : il est impossible de secourir tous les animaux vu leur grand nombre (exemples : abandon d’un élevage de poules pondeuses à Kingersheim, incendie dans un élevage de Sessenheim, contamination dans un élevage de bovins en Mayenne).

Un projet dans la mauvaise direction

Aujourd’hui, nous savons que globalement, en France, nous consommons trop de produits d’origine animale : trop pour la santé (individuelle ou publique), pour l’environnement (GES [gaz à effet de serre], déforestation, pollution des eaux, ammoniac...) et pour le partage des ressources (en terre et en eau). Concernant les animaux, leurs conditions de vie se dégradent parallèlement à l’augmentation de la consommation.

Pourtant, cette année encore, le Salon International de l’Agriculture ouvrira ses portes en vantant le côté terroir des élevages français. Une façade qui ne résiste pas dès que l’on entre dans les élevages.



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Source : L 214

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