Veaux, vaches, moutons : les épizooties dépeuplent un salon de l’élevage
Le salon international de l'élevage de Rennes, le 16 septembre 2025. - © Anna Sardin / Reporterre
Le salon international de l'élevage de Rennes, le 16 septembre 2025. - © Anna Sardin / Reporterre
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Dans les allées du salon de l’élevage de Rennes, plus de la moitié des animaux attendus sont absents. Le reflet d’un monde agricole durement touché par les épizooties, comme la fièvre catarrhale ovine et la dermatose.
Rennes (Ille-et-Vilaine), reportage
La situation a peut-être échappé aux visiteurs de passage, mais les habitués l’ont bien remarqué. Plus de la moitié des animaux attendus manquent à l’appel du salon international de l’élevage de Rennes — le Space —, en raison des multiples épizooties qui touchent les troupeaux français : fièvre catarrhale ovine (FCO), dermatose nodulaire, maladie hémorragique épizootique (MHE)...
Les visiteurs, qui ont afflué massivement depuis le 16 septembre, passent à côté de rangées entières de stabulations vides, dissimulées derrière du matériel agricole. L’événement attire chaque année plus de 100 000 personnes, ce qui en fait l’un des plus importants d’Europe dans ce domaine.
Sur les 560 vaches, taureaux et veaux prévus, seulement 200 sont finalement présents. On compte environ 100 ovins sur les 150 prévus. La tente des caprins, elle, est vide : toutes les chèvres ont été testées positives à la fièvre catarrhale ovine.
Plus de 7 400 foyers de cette maladie — qui, contrairement à ce que son nom laisse penser, touche tous les ruminants — ont été recensés en France depuis le 1er juin. Elle ne nécessite pas l’abattage des animaux, contrairement à la dermatose, mais peut causer leur stérilité, contraindre à des avortements et générer un affaiblissement qui affecte la quantité de lait produite.
« Nous n’imaginions pas un Space sans animaux, c’est une vitrine génétique à l’international », argumente Jean-Yves Rissel, le responsable des présentations agricoles, au beau milieu du concours des Salers. « Mais pour maintenir une présence minimale, nous avons appliqué un protocole très strict : tous les animaux présents sont testés et négatifs. Nous avons réalisé entre 700 et 800 tests PCR ». Le planning des concours a été entièrement revu et certains ont été annulés.
« On estime que 80 % des troupeaux ont été touchés, à minima », ajoute Jean-Yves Rissel. Une situation sanitaire inédite, puisque l’année dernière, malgré quelques craintes, la FCO n’avait pas touché la Bretagne, et le salon s’était maintenu en l’état. « Maintenant, il faudrait développer un vaccin multi-sérotype et mieux inciter à la vaccination, voire obliger. »
« Les éleveurs touchés ne sont pas accompagnés du tout »
Installés à côté de leurs animaux, certains éleveurs ont tenu à venir malgré tout, comme Marina Durand, éleveuse laitière en Ille-et-Vilaine. À côté de 3 des 65 prim’holstein que compte son troupeau. « Je viens au Space depuis que je me suis installée, en 1998, dit-elle. Ça aurait été étrange de ne pas être là cette année, d’autant que mes vaches n’ont pas plus de chance d’être contaminées ici que sur l’exploitation… Si vous demandez ici, tout le monde vous dira qu’il a été touché par la FCO. »
Elle a choisi de vacciner l’intégralité de son cheptel contre toutes les maladies, ce qui lui a permis de passer l’été sans trop de dégâts, mais au prix d’un bon supplément de travail, puisqu’elle prenait la température de chaque animal matin et soir, et de dépenses supplémentaires, les vaccins tournant entre 25 et 30 euros par bovin et nécessitant parfois des rappels.
Lorsqu’on évoque la suite de la saison et l’année prochaine, elle « touche du bois », pour que la situation épidémique se calme et que sa production de lait ne soit pas trop impactée. Quant aux potentielles aides de l’État en cas de mortalité ou de pertes significatives, elle n’y croit pas du tout.
« Gestion intolérable de la crise sanitaire par l’État »
Elle n’est pas la seule : au détour d’une allée, devant le stand du ministère de l’Agriculture, quelques éleveurs de la Confédération paysanne sont allongés sur le sol en guise de protestation, symboliquement « tués par l’agrobusiness, le fric, le numérique et l’abattage ».
Ils dénoncent « une gestion intolérable de la crise sanitaire par l’État », en particulier en Savoie, ou des abattages de troupeaux entiers ont été menés sans concertation après des cas de dermatose nodulaire, et dans le Grand Ouest, où « l’arrivée de la FCO n’a pas été anticipée et les éleveurs touchés ne sont pas accompagnés du tout ».
Samuel Dugas, représentant du syndicat pour l’Ille-et-Vilaine, et les responsables régionaux et nationaux demandent « un plan d’aide d’urgence et des moyens pour mettre en place une prévention efficace, complète et en concertation avec les premiers concernés », au risque d’« éradiquer les éleveurs ».
Présente sur le salon au même moment, la ministre démissionnaire de l’Agriculture, Annie Genevard, n’a pas fait d’annonces et a assuré aux éleveurs présents que, suite à la campagne de vaccination, lancée tardivement en juillet, ils seront « mieux immunisés l’année prochaine ».